Le retour au jeu des Dales Hawerchuk

L’avantage des années, c’est que Pierre Fortin, les frères Sylvain et Sébastien Séguin et Charles Perron connaissent leurs forces et s’en tiennent à ça. Avec eux, le guitariste Olivier Langevin.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’avantage des années, c’est que Pierre Fortin, les frères Sylvain et Sébastien Séguin et Charles Perron connaissent leurs forces et s’en tiennent à ça. Avec eux, le guitariste Olivier Langevin.

Cinq longues années se sont écoulées depuis le dernier disque du groupe rock Les Dales Hawerchuk, et depuis plusieurs mois, les quatre vieux potes du Lac-Saint-Jean avaient gardé le silence radio. Tellement qu’on pensait qu’ils avaient peut-être accroché leurs patins. Les voilà qui effectuent un retour au jeu avec un quatrième album avec des mots moins naïfs, mais un son toujours abrasif.

Arrivés dans la mi-trentaine, les gars du groupe ont en effet levé le pied un certain temps pour se concentrer entre autres sur leurs familles, explique le batteur du groupe, Pierre Fortin, qui porte aussi le titre de réalisateur pour ce disque intitulé Désavantage numérique.

« Au début du groupe, on a été excessivement productifs, on a fait trois albums en huit ans, ce qui est quand même un bon rythme pour un band comme le nôtre. Les gens étaient habitués de nous voir souvent. Chaque fois que j’allais au Lac, le monde me demandait ce qui se passait avec les Dales. »

Il y a eu quelques rencontres au sommet, bière(s) à la main, et tout le monde était motivé à relancer la machine. À une condition : que ce soit le pied dans le tapis.

« C’était plus que jamais nécessaire que ce soit abrasif, énergique, comme le premier disque, dit Pierre Fortin, qui joue aussi avec Galaxie. On est rentré dans le studio, on a joué tous ensemble, le gaz au bout, dans le tapis. Je ne voulais pas aller dans le fignolage. »

L’avantage des années, c’est que Fortin, les frères Sylvain et Sébastien Séguin et Charles Perron connaissent leurs forces et s’en tiennent à ça. « Tu ne demanderas pas à un joueur comme Andrew Shaw de faire de gros jeux de finesse », dit Fortin en s’inspirant du joueur d’appoint du Canadien.

Moins naïf

Les Dales Hawerchuk — du nom d’un ancien joueur des Jets de Winnipeg — ne deviennent pas sur ce nouvel album des poètes de haute voltige, mais les frères Séguin ont poussé la plume un peu plus loin.

« Les gars ont moins le goût de dire des niaiseries, c’est là où la maturité paraît le plus. Il y a le fait qu’on a moins le temps de composer en gang, et c’était souvent dans ces moments-là où une joke devenait une toune. »

Les titres Pandore et Commando évoquent leur travail de musicien, Désastre s’inspire de la sombre Corée du Nord. Il reste quand même quelques titres tout simples, comme Lemmy — un hommage au défunt chanteur de Motörhead — ou Mon amour pour les machines.

« C’est dans la logique de l’âge qu’on a, on est conséquents à quelque part. Il faut avoir le goût de chanter ça. »

S’ennuyer du brut

Désavantage numérique compte 10 titres qui défilent en 27 petites minutes. « Ce sont des tounes de deux minutes dans le tapis, comme des long shifts au hockey. Comme des shifts de Kovalev quand il n’écoutait pas le coach ! » rigole Pierre Fortin.

Le musicien s’ennuie d’ailleurs d’entendre des groupes rock québécois, qui selon lui tendent à prendre moins de place dans le décor musical. « C’est pas le même style, mais quand je croise les gars de Malajube, je leur dis : “ Faites de quoi ! ” Quand je croise Joe [le bassiste] des Breastfeeders, je lui dis : “ Allez au local, faites-moi du bien, faites de quoi ! ” Je comprends qu’en musique, les ordinateurs ça a une utilité, et ça permet l’exploration, mais j’aime encore beaucoup le brut d’une guitare dans la distorsion. »

Le titre du disque, justement, n’évoque pas uniquement l’expression issue du hockey, mais aussi « le désavantage du numérique », décortique Pierre Fortin, évoquant entre autres le streaming.

« On est dans une génération de pont. Au début il y avait juste MySpace, il n’y avait pas de streaming, on vendait énormément d’albums, on en vendait quatre fois plus. On n’était pas plus riches individuellement, mais c’était quatre fois plus d’argent qui rentrait pour nous permettre de faire plus de musique, dans de meilleures conditions. » Vrai que le plafond salarial est assez bas pour beaucoup de musiciens.

Dès février, Les Dales Hawerchuk monteront sur scène, et déjà leur agenda estival commence à se remplir. « Les diffuseurs sont contents, il n’y a pas beaucoup de groupes qui vont là où on va. Les francophones aussi, ils aiment ça le rock ! Ça fait partie de notre folklore québécois moderne. » Au même titre que le hockey.

Désavantage numérique

Les Dales Hawerchuk, La meute/Sélect