L’orgue en partage

Andrew Wan et Cho-Lian Lin ont interprété, avec quelques musiciens, le plus fameux des concertos pour deux violons de Vivaldi : sonorité moelleuse et entame de concert rassurante.
Photo: Koralie Woodward Andrew Wan et Cho-Lian Lin ont interprété, avec quelques musiciens, le plus fameux des concertos pour deux violons de Vivaldi : sonorité moelleuse et entame de concert rassurante.

Ce concert, qui s’inscrivait aussi dans le cadre du Festival Bach, coïncidait avec le lancement du 75e Concours OSM-Manuvie, consacré cette année à l’orgue et aux cordes. Dès mercredi, six organistes se mesureront lors des épreuves éliminatoires à l’église Saint-Jean-Baptiste. Les finales auront lieu samedi à la Maison symphonique, et le concours peut être suivi sur le site Internet de l’OSM.

Qui dit concours, dit jury. Ce sont donc les juges qui se sont vu offrir un concert, mardi soir à la Maison symphonique. Cette excellente idée a rallié les foules, qu’un habile titre, comprenant le mot « Boléro », avait attirées.

La soirée s’est amorcée par un hommage impromptu à Leonard Cohen avec une exécution à l’orgue Pierre-Béique d’une transcription de Hallelujah, jouée par Jean-Willy Kunz en forme de crescendo. Ce geste a beaucoup plu.

Andrew Wan et Cho-Lian Lin ont interprété, avec quelques musiciens, le plus fameux des concertos pour deux violons de Vivaldi : sonorité moelleuse et entame de concert rassurante. L’exécution sur quatre orgues positifs du Concerto pour quatre claviers de Bach ne s’est pas faite au détriment de l’articulation.

La partie strictement consacrée à l’orgue et exécutée sur l’orgue Pierre-Béique débutait par la suite, avec un Mendelssohn par Christian Lane sans doute de bon aloi, mais que j’ai déjà oublié au moment d’écrire ces lignes. Paul Jacobs a davantage utilisé les ressources de l’instrument dans la Fantaisie de Reger. Il est curieux de voir à quel point ce compositeur austère a captivé le public, malgré la longueur inhabituelle de cette première partie (70 minutes).

Le meilleur venait après la pause. Rachel Demers a interprété deux mouvements d’une très habile sonate post-franckiste de Raymond Daveluy, décédé en septembre dernier. Très heureuse initiative et très heureux contrastes dans les registrations souvent oniriques. Tout comme dans sa Toccata et fugue en ré mineur, lors de l’inauguration de l’instrument, Olivier Latry a fait de la Passacaille et fugue BWV 582 de Bach un substrat musical pour décliner l’éventail le plus vaste possible de couleurs. Il l’a fait en trouvant une symbiose entre la démonstration et l’éloquence musicale.

Le plat de résistance, fort attendu, n’a pas déçu. Cette transcription du Boléro, commandée par l’OSM et réalisée par John Burge pour l’orgue de la Maison symphonique, mobilise quatre organistes : deux à la console détachée sur scène et deux en hauteur, où se nichaient également Serge Desgagnés et sa caisse claire. Par l’utilisation de jeux variés, l’impression de diversité des interventions est préservée au sein d’un crescendo progressif et bien mené. Ce n’est certainement pas la dernière fois que l’on entend cette adaptation ici ; elle a un bon profil pour être un centre d’intérêt populaire lors de la prochaine Virée symphonique.

De Bach au Boléro : 5 orgues pour 5 organistes

Vivaldi : L’Estro Armonico, Concerto pour deux violons, RV 522. Bach : Concerto pour quatre orgues, BWV 1065. Mendelssohn : Sonate pour orgue n° 3. Reger : Fantaisie et fugue sur le nom B.A.C.H., op. 46. Daveluy : Scherzo et Final de la Sonate n° 5. Bach : Passacaille et fugue BWV 582. Ravel : Boléro (arr. pour quatre organistes de John Burge). Paul Jacobs, Isabelle Demers, Christian Lane, Olivier Latry et Jean-Willy Kunz (orgues), Ensemble de musiciens de l’OSM et de juges du Concours OSM-Manuvie. Maison symphonique de Montréal, mardi 22 novembre.

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1 commentaire
  • François Juteau - Inscrit 23 novembre 2016 08 h 10

    Rachel Demers ?

    C'Était bien sûr Isabelle Demers (vous deviez penser à Rachel Laurin, une autre des élèves du regretté Raymond Daveluy). Pour le reste, votre papier est excellent et décrit bien la soirée où j'étais. Un seul regret, les applaudissements inempestifs après le premier mouvement de chacun des deux concertos baroques. Ces applaudissements, très localisés, semblaient venir d'une petite section de la foule au centre du parterre. Amateurs de Boléro, sans doute.....