Safia Nolin au-delà des apparences

En spectacle, l’artiste a pris l’habitude d’offrir quelques reprises.
Photo: David Afriat Le Devoir En spectacle, l’artiste a pris l’habitude d’offrir quelques reprises.

De toute l’absurde saga qui a entouré la chanteuse Safia Nolin après son passage au Gala de l’ADISQ, il est possible de tirer une simple et si ancienne leçon : il ne faut pas se fier aux apparences. L’adage a pris encore un autre sens vendredi, alors que la jeune femme a lancé sans préavis un disque de reprises épurées de titres québécois qui ne sont pas vraiment au goût du jour. Chansons qui, malgré des habits poussiéreux, profitent d’un regard neuf pour se révéler joliment.

Les huit chansons sont apparues en ligne aux aurores. Sur des guitares arpégées — celles de Joseph Marchand, acolyte habituel de la Révélation de l’année — et avec sa voix lancinante, feutrée et effritée, Safia Nolin chante Julie Masse (C’est zéro), Offenbach (Ayoye), Céline Dion (D’amour et d’amitié), Claude Dubois (Laisser l’été avoir 15 ans), Éric Lapointe (Loadé comme un gun), La Chicane (Calvaire), Marie Carmen (Entre l’ombre et la lumière, en duo avec Carmen) et la traditionnelle Le sentier de neige. Rien de très « 2016 », quoi.

« Ce sont des chansons qui ont été très bien écrites, très bien interprétées, mais qui, je pense, ont juste mal vieilli, raconte Nolin au bout du fil. Ça appartient aussi beaucoup au public de faire vieillir des chansons?; je pense qu’on leur a fait la vie dure. C’est devenu des classiques des karaokés. Écouter du Offenbach, c’est devenu un peu ridicule pour certaines personnes, alors que je ne comprends pas ça. Pourquoi Queen est genre un énorme band aux States et qu’ici Offenbach c’est quelque chose de dénigré ? »

En spectacle, Safia Nolin a pris l’habitude d’offrir quelquesreprises, mais surtout d’artistes américains, comme Rihanna ou Lady Gaga. Sur ce disque intitulé simplement Reprises vol. 1, elle a plongé dans du « really original gangster québécois », lance-t-elle en rigolant. Et pourtant, elle souligne qu’elle ne rit pas du tout de ces chansons.

« Ça se peut, avec tout ce qui s’est passé, que le monde s’imagine n’importe quoi, même que j’ai calculé ça, dit-elle en évoquant le timing de cette parution, prévue il y a un bout de temps. Mais en même temps, ces chansons-là, je les respecte au boutte, et ça paraît dans la façon dont je les joue. »

Poésie et tristesse

La chanteuse native de Limoilou a elle-même été étonnée de ce qu’elle a trouvé dans les textes de ces chansons, « à part sur Calvaire, qui est vraiment de la marde, sauf la grosse mélodie ». Elle évoque Gerry Boulet — on se souviendra du gaminet à son effigie qu’elle arborait à l’ADISQ — et des paroles comme « immigré de l’intérieur » et « nous retournerons ensemble / Comme cendres / Au même soleil ». Safia souligne aussi les paroles d’Éric Lapointe : « Je suis sûr que le vide est rempli de lumière ». « Il a des paroles incroyables. Stéphane Lafleur [d’Avec pas d’casque] aurait pu écrire ça, comprends-tu ? » Question de perspective, comprend-on.

Reprises vol. 1 reste dans la lignée musicale du premier disque de l’auteure-compositrice-interprète, soit dans une bulle lente et sombre. « Je suis la reine de la deepness, dit-elle en riant. Mon créneau, c’est la musique triste, mais sur ce disque, on dirait que le poids est déposé ailleurs que sur mes chansons. »

Le titre du disque évoque d’emblée d’autres reprises à venir de sa part, même si aucune autre n’est encore écrite. « Mais c’est une méchante porte ouverte, disons ! » La chanteuse se concentrera dans les semaines à venir sur ses propres compositions, et se rendra d’ailleurs au Banff Centre for Arts and Creativity pour une résidence d’écriture. On peut espérer une toute petite chanson lumineuse ? « Non ! tranche-t-elle en éclatant de rire. Ça ne m’inspire pas, la joie. C’est plate, être heureux. »