Les mille et une nuits de Femminielli

Bernardino Femminielli est un gentil provocateur, pornocrate du bon groove, bête de scène aux chansons lubriques.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Bernardino Femminielli est un gentil provocateur, pornocrate du bon groove, bête de scène aux chansons lubriques.

Barrez vos portes, cachez vos enfants, voici Bernardino Femminielli, gentil provocateur, pornocrate du bon groove, bête de scène aux chansons lubriques, auteur d’une des révélations discographiques québécoises de l’année. Le Montréalais a présenté depuis 2012, à compte d’auteur ou par de petites maisons de disques, une dizaine de parutions sous son nom de scène, sans compter ses autres projets et collaborations musicales, Femminielli Noir ou Dirty Beaches. Son plus récent album, le mystifiant et dangereux Plaisirs américains, a attiré l’attention des médias en France et aux États-Unis, où on se régale de sa chanson disco hypersexuelle qui célèbre le stupre, la nuit et la débauche.

« Plaisirs américains… Ça vient de prendre un tout autre sens depuis l’élection de la semaine dernière, non ? » fait remarquer Femminielli, qui esquisse un sourire sous sa moustache fournie rappelant soit celle d’un joueur de hockey, soit celle d’une porn star, tous deux d’une autre époque.

Prendre un autre sens ? Seulement au premier regard, à vrai dire. Plaisirs américains, titre bref et poétique ; quiconque s’y arrête aurait pu le confondre avec celui d’un Benjamin Biolay. Dans la dégaine, la voix mystérieuse, cette façon de psalmodier héritée du regretté Gainsbourg, influence avouée sur le style de Femminielli, surtout l’album L’homme à la tête de chou. « Ce sont des esthètes, j’aime les esthètes », déballe Femminielli.

Or, pour bien saisir le moustachu personnage — car c’en est bel et bien un —, il faudrait plutôt plonger au coeur des textes de ses chansons, qui portent des titres comme Gluantes pornographies, Café Petite Chatte, Touche-Pipi… Son oeuvre, principalement ses trois ou quatre dernières parutions, s’écoutent comme une sorte de bestiaire de la nuit, recension de personnages louches ou séduisants, ou les deux à la fois. Le sexe y dégouline, strophe après strophe, les images sont crues, mais les mots ne sont jamais gratuits.

« Ma musique est un vortex sexuel », dit Bernardino, qui nous a donné rendez-vous dans cet étrange resto-bar en rénovation Bethléem XXX du boulevard Saint-Laurent, repaire des créatures noctambules de sa trempe. « Ce n’est pas le seul thème que j’aborde, mais c’en est un que je crois savoir bien écrire. C’est écrit de façon crue ? Oui, mais je crois que c’est ce que les gens demandent. Y’a un côté glauque à mes textes, mais, oui, y’a du plaisir » dans sa description du sexe et de la vie nocturne.

Bernardino Femminielli se considère d’abord comme un performeur, « un entertainer, c’est ainsi qu’il faut aborder mon travail. Un personnage qui expose différentes facettes d’autant de personnalités. Mes thèmes abordent plus généralement le divertissement de la vie nocturne, l’univers des discothèques. Ce que j’ai réussi le mieux avec Plaisirs américains, c’est d’exposer un personnage… Quelqu’un de caché en moi ».

Le plus spectaculaire dans le travail du performeur se trouve dans la musique. Ce disque, Plaisirs américains, est un pur bonheur pour les tympans — sorte de disco psychédélique et méditatif déballé avec flegme et une rage sourde, le tout en français, une démarche qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui dans le paysage musical québécois. Pensez à un Giorgio Moroder pervers qui passe d’un groove libidineux de huit minutes à une chanson plus rythmée et sertie de jouissifs solos de guitares électriques, gracieuseté de son complice Asaël Robitaille. Pour ses deux concerts à M pour Montréal, Femminielli sera aussi accompagné de Pierre Guerineau, du duo Essaie Pas, aussi obsédé par la vie nocturne.

À voir mercredi soir, 21 h, au Café Cléopâtre, puis jeudi, 22 h, à la Casa del Popolo, avec Cindy Lee et la jeune montréalaise Helena Deland.


À voir à M pour Montréal

Poirier Migration Soundsystem / Boogat / Sonido Paseo
18 novembre, 22 h, Club Soda

L’été dernier au Festival international de jazz de Montréal, la première du concert format soundsystem du producteur Poirier nous avait épatés, son retour en ville est d’autant plus recommandable qu’il partage la scène avec Boogat.

RYMZ/WordUP ! Battles / Les Anticipateurs / Shash’U / Lary Kidd / VNCE CARTER
18 novembre, 22 h, Métropolis

M pour Montréal voit grand avec son affiche hip-hop locale mettant en vedette VNCE des Dead Obies, Lary Kidd de Loud Lary X Ajust et le collectif organisateur des populaires soirées WordUP ! Battles, entre autres poids lourds de notre scène.

Rue de Bois / RYAN Playground / Thomas White / WYLN
19 novembre, Apt.200, 22 h

La relève des beatmakers locaux, à cheval sur le hip-hop et la musique électronique, dans cette soirée qui met en lumière le talent de la tribu évoluant autour de la Montréalaise RYAN Playground.