Musicians Without Borders, ou l’espoir par la musique

Laura Hassler souhaite ramener la musique au cœur de la vie.
Photo: Laura Visser Laura Hassler souhaite ramener la musique au cœur de la vie.

Pendant que certains veulent ériger des murs, d’autres s’appliquent à créer des ponts. C’est le cas de Musicians Without Borders, qui utilise le pouvoir rassembleur de la musique dans des milieux dévastés par la guerre et dans des camps de réfugiés. L’action de l’organisation s’insère bien dans le cadre du 6e Mundial Montréal qui invite Laura Hassler, la fondatrice de Musicians Without Borders ce mercredi à la Maison William-Notman.

« Vous pouvez être pauvre, vous avez peut-être une maison délabrée, vous avez peut-être perdu votre emploi, mais cette chanson vous donne de l’espoir », avait dit Nelson Mandela. Laura Hassler est inspirée par cette affirmation : « Une bonne partie du travail que nous faisons repose sur la façon dont la musique peut créer des connexions entre les gens et renforcer l’empathie. Nous voulons créer un espace sûr où tout le monde peut se sentir musicien d’une façon ou d’une autre. Quand les gens se sentent acceptés et créatifs, il en ressort de la joie et de l’espoir. »

Musicians Without Borders a implanté une école de rock à Mitrovica au Kosovo et formé un choeur de femmes en Bosnie, alors qu’en Hollande où Laura Hassler est installée depuis 1977, on intervient avec les réfugiés. Ailleurs, on offre des programmes d’enseignement de la musique en Palestine, au Rwanda, en Tanzanie, en Ouganda et en Irlande du Nord. Partout, l’organisation s’associe à des partenaires locaux et dit engager des musiciens locaux. Au Rwanda, en Tanzanie et en Ouganda, on cible les jeunes affectés par le sida : « On ne guérit pas les jeunes de la maladie qu’ils ont, mais lorsqu’ils sont impliqués dans le projet, ils sont plus enclins à aller à l’école et à s’impliquer dans leur communauté. On les entraîne à devenir des professeurs pour les plus jeunes enfants », explique Laura Hassler.

En règle générale, l’organisation intervient après la fin des conflits, mais en Palestine, on a parfois dû interrompre les activités à cause de la proximité de la violence. Sur le plan du contenu, on favorise parfois l’apprentissage de cultures traditionnelles mises au rencart, comme c’est le cas au Rwanda, alors que, dans d’autres lieux, on donne de l’espace au rock et au rap. Laura Hassler raconte : « À Mitrovica au Kosovo, on s’est rendu compte qu’une soi-disant musique traditionnelle avait été utilisée pour diviser les gens pendant la guerre. Avant le conflit, le rock avait été la voix des jeunes, très souvent dans une perspective de protest song interethnique. Le genre avait été réprimé pendant la guerre et, si tu en écoutais, tu pouvais te faire battre par les nationalistes. C’était donc intéressant pour nous de comprendre le rock en tant que véhicule pour revenir à cette tradition multiethnique de la ville. »

Et le rap ? « Dans la région de Bethléem en Palestine, nous avons demandé aux responsables de centres culturels dans trois camps de réfugiés de nous proposer des participants. Les jeunes retenus étaient tous rappeurs, sans équipement et non acceptés par leur communauté. Ils travaillent maintenant dans les hôpitaux et les centres pour jeunes malades chroniques. Ils sont maintenant appréciés par tous. »

Laura Hassler conclut l’entrevue par une question : « Comment comprenons-nous la musique ? Est-elle un art extérieur à l’être humain que nous étudions et apprenons ? Cela est une idée relativement nouvelle de l’évolution humaine. Ne serait-elle pas plutôt partie prenante de la vie de chacun ? Notre objectif est de la ramener au coeur de la vie. »


Mundial Montréal en bref

À la fois vitrine musicale et festival, Mundial est le seul événement du genre entièrement consacré aux musiques du monde en Amérique du Nord. Presque exclusivement tourné vers les talents locaux et nationaux à ses débuts, l’organisme propose cette année une dizaine d’artistes de l’extérieur, dont les Sud-Coréens Coreyah, les Estoniens de Trad.Attack!, les Gallois de 9Bach et les Finlandais de Frigg qui offriront des vitrines. Parmi les musiciens québécois invités, mentionnons Betti Bonifassi, Moe Clark, Paulo Ramos et Wesli. Le festival se terminera vendredi par la présentation de trois concerts de qualité : les ex-Montréalais de Niyaz en spectacle multimédia, la Yegros avec sa new cumbia argentine qui partagera un programme double avec las Cafeteras et enfin, un triplé 2.0 avec Poirier Migration Sound System, Boogat et Sonido Pesao.

Les vitrines musicales de Mundial Montréal

Au Lion d’Or, au Petit Campus, au Divan orange, au Balattou, au théâtre Outremont, au National et au Club Soda, du 15 au 18 novembre. Aussi: conférence de Laura Hassler, à la Maison William-Notman, mercredi 16 novembre à 13 h 30.



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