La Banda Morisca: les métissages anciens et contemporains

La Banda Morisca s’inspire de tous les courants musicaux qui ont traversé la région qui séparait, au Moyen-Âge, le royaume arabo-andalou de Grenade des royaumes chrétiens d’Aragon et de Castille.
Photo: Ana Solinis La Banda Morisca s’inspire de tous les courants musicaux qui ont traversé la région qui séparait, au Moyen-Âge, le royaume arabo-andalou de Grenade des royaumes chrétiens d’Aragon et de Castille.

Après le choc politique, l’ouverture artistique, et même historique, alors que des musiciens s’amènent de l’Espagne, ce vendredi, au théâtre Plaza, pour nous rappeler la Banda Morisca, cette ligne fluctuante qui séparait au Moyen-Âge le royaume arabo-andalou de Grenade des royaumes chrétiens d’Aragon et de Castille. Dans cet univers, nomades et fugitifs chrétiens et musulmans y auraient rencontré les premiers gitans arrivés dans la péninsule en créant des amorces de ce qui allait devenir le flamenco. La Banda Morisca, le groupe, s’inspire de tous les courants musicaux qui ont traversé la région en les mariant brillamment avec plusieurs styles contemporains.

« La Banda Morisca incarnait le mélange. Il s’est créé dans cette frontière une culture moderne, une idée du métissage que nous aimons », raconte Jose Cabral, joueur d’oud, de guitare mauresque, de bouzouki et de banjo à six cordes, dans la formation de Jerez de la Frontera, dans la province de Cadix, en Andalousie. Il vient surtout de la musique médiévale andalouse, mais il marie ses premières amours avec celles de ses compères qui sont issues de plusieurs des plus importants groupes de traditions espagnoles, comme Radio Tarifa, La Jambre ou la Musgaña.

Dans le répertoire de la Banda Morisca, le sud et le nord de la Méditerranée se rencontrent avec son lot de muwashahas, ces poèmes chantés de la tradition arabe classique, nés en Andalousie de chaâbis maghrébins, de flamenco, de rock andalou et de jazz. Un processus de création que Jose Cabral commente : « En Méditerranée, les musiques se mélangent assez facilement. Elles ont toutes en commun le caractère modal, et il est facile de créer à partir du flamenco, de la musique folklorique de l’Andalousie, de celle de l’Afrique du Nord et même de celle du Moyen-Orient. »

L’écoute d’Algarabya, le disque que la Banda Morisca a fait paraître au printemps, permet toutefois de déceler quelques harmonies qui viennent d’ailleurs : « Oui, on intègre quelques musiques harmoniques du Nord dans cette période globalisée, mais nous sommes essentiellement un groupe de musique modale », poursuit le créateur de la Banda Morisca. Leur batteur vient du jazz, et cela s’entend. Le saxophoniste vient du monde classique, mais il joue aussi le dulzaina, un instrument de la famille des hautbois anciens. Quant au bassiste et au chanteur Jose Maria Cala, ils ont trouvé leurs premières muses dans le flamenco : « Jose s’inspire d’un flamenco plus ancien, du début du XXe siècle, des années 1910 aux années 1930, la période des premiers enregistrements du flamenco. Ils se sont pratiquement perdus et nous essayons de les récupérer. On a qu’à penser à Tio Borrico et à la Niña de los Peines. »

Dans la Banda Morisca, on chante en espagnol et en arabe andalou, un dialecte régional, selon Jose Cabral. Il décrit aussi les textes des pièces : « Ce sont des chansons d’amour, parce qu’on s’inspire beaucoup des poètes andalous du XIIe siècle. Ce qui est intéressant, c’est que l’amour est traité avec ambiguïté, entre l’amour divin et l’amour profane. » À la manière soufie ? « Oui, l’influence soufie s’est fait sentir dans la poésie andalouse. Sinon, d’autres chansons portent sur notre terre, le vent, le climat, le soleil. Nous avons aussi les romances frontalières que l’on chantait il y a quatre ou cinq siècles. »

Qu’en est-il d’Algarabya, le titre du plus récent disque ? Réponse du musicien : « Cela veut dire : la langue de l’Occident, mais on utilise aussi le terme à propos d’un groupe de gens qui font du bruit en criant, en riant et en chantant. C’est un mot très joyeux, pour nous, c’est comme une fiesta. » Voilà qui sonne comme de la douce musique, en ces lendemains de veille troublants.

La Banda Morisca

Au théâtre Plaza, le vendredi 11 novembre, à 20h, www.festivalarabe.com