Le rock contre l’assimilation

Pour Mario Lepage (centre), chanteur, guitariste et principal auteur-compositeur du trio Ponteix, il faut vraiment avoir confiance en soi pour faire du rock en français dans les Prairies canadiennes.
Photo: Kenton Doupe Pour Mario Lepage (centre), chanteur, guitariste et principal auteur-compositeur du trio Ponteix, il faut vraiment avoir confiance en soi pour faire du rock en français dans les Prairies canadiennes.

Dure, la vie de tournée d’un musicien ? Parlez-en à Mario Lepage, chanteur, guitariste et principal auteur-compositeur du trio art rock Ponteix, qui en a entrepris une l’été dernier, après avoir lancé son EP J’orage : « Notre voyage était un peu crazy », en minivan jusqu’à Victoria, puis 16 heures pour retourner à Saskatoon, cap ensuite sur Winnipeg, un saut au Québec, d’où il a repris l’avion pour Vancouver… Faire du rock en français en Saskatchewan le condamne à une vie d’exil, « mais ça fait du bien ensuite de revenir dans ma grande maison à Saint-Denis », petit village voisin de Saskatoon.

Découvert lors de la dernière édition des Francouvertes, Ponteix a bien tiré son épingle du jeu en atteignant les demi-finales du concours. La proposition avait à la fois quelque chose de familier, rock songé héritier de Karkwa et Radiohead, « deux influences majeures sur notre son », mais aussi richement articulé par ce trio de musiciens doués. Structures rythmiques complexes, guitares saillantes, nuances dans les orchestrations, ils remettent cela ce mardi soir, 21 h 30, au Divan Orange à l’invitation de Coup de coeur francophone, puis le 19 novembre à la Sala Rossa, pendant M pour Montréal.

« Avec la musique qu’on fait, y a disons seulement trois salles qui nous conviennent à Saskatoon, pour la taille et l’acoustique. » La dernière fois qu’ils ont joué au Capitol Club, un peu au nord du Central Business District de la plus grosse métropole saskatchewanaise, ils ont attiré près de 250 spectateurs. En tête d’affiche, Ponteix avait invité en première partie un groupe de surf rock anglophone issu de Winnipeg. « La majorité des spectateurs étaient anglophones », une cohabitation linguistique nécessaire à la survie d’un jeune groupe rock francophone, mais aussi pour tout groupe underground de sa région.

Même combat

Les chansons de Ponteix ne sont pas de la chair à radio commerciale, pour ainsi dire, ce qui rend encore plus ardue sa diffusion hors de sa province. On aurait même tendance à dire que Ponteix est une anomalie… « Il faut avoir confiance en soi pour faire du rock en français » dans les vastes Prairies canadiennes, estime Mario Lepage, 23 ans.

« Faut vraiment vouloir le parler pour continuer à en faire, du rock en français. Moi, je suis allé à l’école en français. Aujourd’hui, la majorité des gens avec qui j’y suis allé n’utilisent plus le français dans leur vie de tous les jours. Ce sont mes parents qui m’ont transmis cet amour de la langue ; je sais que le sentiment est le même au Québec, mais imagine-toi la même chose, le même combat… trente fois plus difficile. »

Le développement d’une carrière musicale en français à l’ouest de Sudbury représente un défi qu’on imagine colossal. Lepage peut heureusement compter sur le soutien de la province, par l’entremise de son programme Creative Saskatchewan, et sur le coup de main de diffuseurs qui se consacrent aux artistes francophonesdans le Rest of Canada, tels que le Réseau des grands espaces, incontournable vecteur de propagation de chanson francophone sur plus de la moitié du territoire canadien.

Pour Lepage, le jeu en vaut la chandelle. Son rock, sa langue, sa fierté, incarnés dans le nom du groupe : Ponteix, petit village fransaskois de 500 âmes planté au sud de la province, à une heure seulement de la frontière avec le Montana.

« J’ai choisi ce nom pour son exemple, dit Mario Lepage. Ce village, c’est un peu le symbole d’un combat contre l’assimilation. Ça représente mon authenticité, l’importance de rester fidèle à ce que je suis. »

1 commentaire
  • Hélène Gervais - Abonnée 8 novembre 2016 06 h 44

    C'est bien pour dire ....

    au Kébek les noms des groupes sont quasiment tous en anglais, comme si c'était honteux d'avoir un nom de groupe français, et ils chantent en anglais, et en Saskatchewan, il y a un groupe qui a assez de force de caractère pour chanter en français sans en avoir honte.