La noblesse d’une grande voix

Jean-François Lapointe
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Jean-François Lapointe

Jean-François Lapointe avait attiré une belle assistance au Conservatoire, dimanche. Un parterre choisi, dans lequel on reconnaissait quelques légendes du chant québécois — Joseph Rouleau, Nicole Lorange, Fernande Chiocchio —, mais aussi Frédéric Antoun, qui s’apprête à partir pour l’Opéra de Paris, où il préparera Cosi fan tutte sous la direction de Philippe Jordan, dans une mise en scène d’Anne Teresa De Keersmaeker. Chose édifiante : sur les six chanteurs qui fouleront la scène du palais Garnier dans Cosi, trois seront Québécois, puisqu’on retrouvera Michèle Losier et Philippe Sly, aux côtés du ténor.

Jean-François Lapointe a ouvert la voie, en Europe, à cette génération dorée du chant québécois. Un chanteur de cette stature, simplicité et constance a été l’ambassadeur rêvé pour promouvoir outre-Atlantique le talent d’ici.

Le récital de dimanche a montré que ceux qui ont fait confiance à Lapointe ces dernières années (c’est-à-dire la terre entière sauf les institutions du Québec) ne se sont pas trompés. Le timbre est d’une suprême noblesse, et la puissance extrêmement impressionnante. Voilà un chanteur qui n’aurait aucun mal à passer la rampe de la salle Wilfrid-Pelletier. Alors, dans la salle du Conservatoire, cela fait un peu course de Formule 1 dans le stationnement du Tigre Géant du coin.

Cette voix impressionnante, Lapointe ne l’a pas modérée ni tempérée pour l’occasion. Le chanteur a fait un tabac dans « Di Provenza il mar » de Traviata, « Être ou ne pas être ! » du Hamlet d’Ambroise Thomas et « Avant de quitter ces lieux » du Faust de Gounod. Le public ne s’est pas trompé. D’ailleurs, il était connaisseur et respectueux. Très élégamment la Société d’art vocal, organisatrice du concert, a remercié Le Devoir, attribuant à notre portrait de samedi les « nouveaux visages » repérés dans l’auditoire.

En première partie, Lapointe avait sélectionné des mélodies de Fauré, Duparc et Poulenc. Les chansons gaillardes de ce dernier ont rallié les suffrages. Il est vrai que Lapointe incarnait ces textes avec un délice proportionnel à leur grivoiserie (cf. L’offrande). Dans cette partie, Lapointe a beaucoup jonglé entre mi-voix et voix timbrée. Le registre mi-voix dans les nuances piano m’a paru un peu voilé. La partie opératique, jouant sur le timbre, a balayé ces petites réticences, levées aussi dans les rappels : La légende du petit navire de Missa et Les mots d’amour de Daunais.

Mots en musique

Mélodies. Fauré : Poème d’un jour, op 21 (Rencontre, Toujours, Adieu). Duparc : Phidylé, Extase, Testament. Poulenc : Chansons gaillardes. Airs. Rossini : Guillaume Tell (« Sois immobile »). Verdi : La Traviata (« Di Provenza il mar »). Bizet : Les pêcheurs de perles (« L’orage s’est calmé »). Thomas : Hamlet (« Ô vin dissipe la tristesse » ; « Être ou ne pas être ! »). Gounod : Faust (« Avant de quitter ces lieux »). Jean-François Lapointe (baryton), Michael McMahon (piano). Conservatoire de musique de Montréal, dimanche 6 novembre 2016.