Les souffles salutaires de Catherine Durand et Richard Séguin

Richard Séguin se produisait à L'Astral vendredi soir.
Photo: ©Jean-F.LeBlanc Richard Séguin se produisait à L'Astral vendredi soir.

On l’a dit, ce Coup de coeur francophone, trentième du nom, célèbre l’anniversaire en regardant droit devant. Même les artistes qui ont participé souvent à la fête automnale de la chanson d’ici ne se reposent pas sur les acquis de répertoires aimés. Ce vendredi soir, Catherine Durand au Lion d'Or (en programme double avec Jason Bajada) et Richard Séguin à L’Astral proposent pour l’essentiel le matériel de nouveaux albums : c’est à leur première montréalaise que nous sommes conviés. Autrement dit : la suite de leur monde. La suite du monde.

Et si Catherine Durand s’amène d’abord seule, et que son familier picking de guitare acoustique lance tout doucement Coeurs migratoires, il est précisément question de bouger. D’aller voir ailleurs. Et dès la deuxième chanson, nous voilà partis à l’aventure de l’album La pluie entre nous, avec la bien-nommée Au fond de tes bois et sa longue séquence instrumentale à dominante de basse au pic. Suit Toit de pierre, sur lit de claviers comme sur des feuilles fraîchement tombées : on est portés. Tant que le vent me lance a la frappe rock, Première gelée est presque électro, Marcher droit résolument pop-rock : on est loin du « folk contemporain » auquel on associe un peu trop automatiquement l’auteure-compositrice-interprète. Ce sont les mélodies qui font le lien entre la Catherine d’hier et la Catherine de maintenant : cette manière d’arriver aux refrains sans qu’il n’y paraisse, sa manière douce.

Les chansons d’avant bénéficient de ces habits neufs : Point de départ, avec Catherine à la guitare électrique entre les claviers de Jean-Luc Huet et la batterie de José Major, prend de l’ampleur, s’achève sur une autre séquence instrumentale, crescendo puissant. L’aube t’attendra plane, avec ses arpèges claviers-guitare en boucle (avec la boule miroir du Lion d'Or en action, pour accentuer l’effet). C’est la Catherine Durand musicienne qui prend sa place, plus que jamais : le bond en avant lui a donné confiance, et cela s’entend. Et cela se sent : ce pari d’avenir, le renouvellement de la forme, la relance, et la fébrilité des premiers instants du spectacle se transforme en joie. Et ça ne l’empêche pas de revenir à l’acoustique ici et là : elle peut aller où elle veut, comme elle veut, et on la suit.

L’espoir à perte de vue

Je la laisse à son bonheur peu avant la fin : je dois rallier L’Astral à temps pour la deuxième partie du nouveau spectacle de Richard Séguin. Quand j’entre, c’est fou, j’ai l’impression que la rue Sainte-Catherine, par les portes de la salle, donne directement sur un très vaste espace, comme si c’était un autre dehors. Et pas seulement à cause du décor et des éclairages, fragments de forêt. C’est plutôt les harmonies, les guitares, le violoncelle, la voix de Richard. Je suis chez lui. Tout le monde est chez lui. Pas à Saint-Venant-de-Paquette. Chez lui. Au coeur du coeur de Richard-Coeur-de-Lion. Dans ce lieu que rien n’abat, où l’espoir continue de pousser envers et contre tout, telle de l’herbe folle impossible à couper pour de bon.

Ce n’est pas rien, parce que le Richard des dernières années a beaucoup douté de la suite. Une grande traversée, un long sentier. Ce n’est pas pour rien que son plus récent album s’intitule Les horizons nouveaux. Richard, aujourd’hui grand-père d’une fillette de dix ans, a eu très besoin de ne pas désespérer du monde : c’est encore plus vital quand c’est menacé, quand on remet en question la mission d’une vie. Oui, même lui. « Quand tout semble perdu/Le vent, le vent entend ta voix », chante-t-il sur fond d’ancestral et intemporel bluegrass des Appalaches. Et puis il appelle Félix Leclerc à la rescousse, le temps de Tirelou. « Aide-nous à planter nos choux », entonne-t-il en harmonie pour quatre voix : Richard est moins seul, nous sommes moins seuls.

Et ce n’est pas du tout un hasard si le spectacle, avant le rappel, se termine sur Rester debout. Si Richard Séguin, on le comprend très intensément, chante encore et toujours, c’est pour se donner du courage, et nous en donner aussi. Sa voix, son harmonica, sa guitare, l’accompagnement de Simon Godin, Myelle, Hugo Perreault, c’est du souffle. Il n’y a plus de plafond, pas de murs. Il y a des chansons et de la musique, et un grand vent. « Rester debout/Jour après jour et malgré tout… »