Une soirée de vérité pour aller mieux

Le groupe Avec pas d'casque en concert au Club Soda
Photo: Sarah Fortin Le groupe Avec pas d'casque en concert au Club Soda

De Catherine Leduc, en ouverture, on dira ceci: elle n’attend pas d’être prête. Rodage, connaît pas. Elle se lance, et puis advienne que pourra. Peut-être est-ce sa façon de désamorcer les peurs. Au même Club Soda la dernière fois, les chansons qui allaient devenir l’album Rookie avaient été jouées sans filet, pour ainsi dire encore en chantier. Ce jeudi soir, il y avait pour moitié des chansons d’un nouvel album à venir. Un peu approximatives, forcément. Pas désagréables au demeurant, mais pas mûres, disons. 

« Moi aussi, j’ai hâte au show d’Avec pas d’casque... », a-t-elle lâché comme si elle s’excusait un peu d’être là. Tout en étant très contente — euphorique, presque — de se retrouver à Coup de cœur francophone une fois de plus: tant de candeur et de lâcher-prise désarment, et la rendent plutôt attachante. On aurait voulu aimer autant les chansons. Faudra attendre le disque pour en juger vraiment. Pas grave, tout ça: l’important est qu’elle voulait les chanter, ses créations toutes neuves, et elle les a chantées. Et le public d’Avec pas d’casque a été plus qu’accueillant. « Vous êtes du ben bon monde! » 

Un grand calme bienfaisant 
L’équipe d’Avec pas d’casque était aussi relaxe qu’aguerrie: tout le monde assis sur scène, tout le monde debout dans la salle. Dès «Autour», le premier titre de l’album «Effets spéciaux», un grand calme bienfaisant a baigné la place. Tout y contribuait: la slide de Nicolas Moussette, le baryton de Mathieu Charbonneau, la frappe souple de Joël Vaudreuil, la voix pas énervée et les strummings réguliers de Stéphane Lafleur (et ses mots qui aident à vivre: « Je suis venu te dire que je ne changerai pas / Mais si tu veux t’étendre dans mes travers / Il reste un peu de vieille lumière / Autour »). 

Ce groupe, c’est le grand art de ne jamais trop en faire, mais de nous entourer de musique néanmoins. C’est vrai dans Il fait noir de bonne heure (inspirée par le fameux Hello Walls de Faron Young, classique country, l’une des plus belles métaphores de la solitude jamais trouvées), c’est tout aussi vrai dans Derviches tourneurs. 

Avec pas d’casque, je le constatais plus que jamais, c’est l’intelligence et la sensibilité au service de la beauté sans artifices. L’émotion toujours en filigrane. Y compris pour parler d’un accident dans Audrey est plus forte que les camions (une chanson incroyablement tendre et bien écrite: chaque ligne reste, gravée). Avec pas d’casque, c’est aussi de l’humour quand il en faut: poussant plus loin la référence au hockey de leur nom de groupe, Lafleur a « interviewé » son batteur, comme s’il s’agissait d’un gardien de but entre les périodes. 

La qualité d’attention était extraordinaire: c’est leur sorte de miracle, moins ils en faisaient, plus on prêtait l’oreille, et toutes les subtilités de ces délicats arrangements pénétraient pleinement corps et âme. Ça bougeait peu ou pas sur scène, comme dans la salle: quelque chose comme du recueillement. Les mots et la musique d’abord. Fallait entendre le groupe et tout le Soda murmurer Hu-Hum comme une grande rumeur apaisante: « Je suis champ de bataille / Tu es puits de lumière ». Cadeaux de la vie que ces chansons si belles et si lentes, qui permettent cette chose si rare: entendre son cœur battre. Avec pas d’casque, ce jeudi soir, donnait du courage. Pour affronter novembre. Et tout le reste.