Les Goules: sourire et sacrer en même temps

Les punks costumés se sont construit une réputation à coups de spectacles explosifs et d’albums aux propos engagés à prendre avec un grain de folie.
Photo: Jay Kearney Les punks costumés se sont construit une réputation à coups de spectacles explosifs et d’albums aux propos engagés à prendre avec un grain de folie.

Après neuf ans de silence discographique, le quintette punk Les Goules est revenu à lui avec Coma, vénéneux quatrième album qui, grâce à ses textes mordants, cyniques et parfois loufoques, se révèle être l’antidote espéré à l’ambiance politique et sociale délétère. Pile poil, le timing ne saurait être plus propice au retour du groupe-culte de Québec, en concert ce samedi soir au Club Soda, à l’invitation du Coup de coeur francophone. À la demande générale, Les Goules s’en viennent nous donner la volée et, croyez-le, c’est pour notre bien.

« C’est comme si on n’était pas parti, la fibre des belles années est restée intacte, comme s’il n’y avait pas eu de pause, en fait », dit Keith Kouna. Assis à côté de lui, le claviériste Rabin Kramaslabovitch hoche la tête. « On a fait une superbelle tournée, aussi… », ajoute Kouna. Son voisin le coupe : « Je pense que c’est la plus belle tournée qu’on ait faite. On avait une bonne organisation. » Des chambres de motel à eux tout seuls, s’exclame à son tour Kouna, « avec un lit chacun, c’est quand même très cool ! On surpartageait, dans le passé… »

Le dernier concert des mythiques Goules remontait à novembre 2007, dans la foulée de la parution de l’album Les Animaux, et c’est dans cette atmosphère d’austérité, de désillusion politique et d’appréhension d’une victoire républicaine plus au sud qu’on réalise combien ces gars-là nous ont manqué. Voir Les Goules en concert, c’est libérer la bête en soi, communion de la colère, mais une bière à la main. « Les Goules, c’est un exutoire, dit Kouna. Y’a de la révolte, de la rage, de la joie, du plaisir, c’est agressif mais jamais violent, dansant sans être pop. On a créé une espèce de bain dans lequel tu peux retrouver ta révolte personnelle en même temps que ta joie de vivre. »

Les punks costumés se sont construit une réputation à coups de spectacles explosifs et d’albums aux propos engagés à prendre avec un grain de folie. « Y’a ce côté chez Les Goules qui a toujours été là, précise Keith Kouna : on se tient loin du message », loin de la cause à embrasser et à défendre, loin de l’opinion à enfoncer dans les tympans, « comme le fait Bad Religion, disons », ajoute Kramaslabovitch. Kouna : « On est en tabarnak, on est en tabarnak, c’est tout, c’est une pulsion. On ne forme pas un groupe qui va décider de revendiquer quoi que ce soit. Les Goules, c’est un projet artistique avant tout. Ensuite, si t’es pas con, tu réussis à cerner, à travers les paroles des chansons, à travers notre démarche, nos shows, notre attitude, ce que l’on dénonce. Et ce qu’on dénonce, surtout, c’est le conformisme, la rigidité, le sérieux, la mode, suivre les courants, les moutons qui suivent. »

« Sourire et sacrer en même temps », résume le claviériste. La fibre est intacte : il y a 10 ans, ils ont fait la pluie et le beau temps dans « cette zone où on s’était sorti de l’underground, sans être devenus populaires », estime Kouna. Il leur a néanmoins fallu prendre une pause, « parce que les gamins, les boulots, la fatigue. Mais on ne s’est jamais vraiment dit que c’était la fin… »

Entre-temps, les gars n’ont pas chômé, à commencer par Keith Kouna, qui, sans son costume de Goule, s’est révélé, ces dernières années, être un auteur-compositeur-interprète d’une sensibilité jusqu’alors insoupçonnée, brillant de poésie sur Du plaisir et des bombes (2012) et Le Voyage d’hiver (2013), sa relecture de Winterreise de Franz Schubert. Kramaslabovitch aussi a son projet solo, d’autres groupes sont issus aussi des rangs du groupe. En 2013, une poignée de concerts spéciaux — pour l’anniversaire de l’Esco, à Montréal, et du bistro Scanner, à Québec — ont fourni l’étincelle pour rallumer le brasier.

Le temps était mûr pour un retour des Goules, il faut croire. « Le temps nous donne un peu raison, c’est ce qui est intéressant, croit Kouna. Même disparu, y’avait encore beaucoup d’intérêt pour notre groupe. Le public s’est renouvelé, et, avec les années, il s’est construit une espèce d’aura de culte autour de nous. »

En nomination pour l’album alternatif de l’année au dernier gala de l’ADISQ, Coma, récent album du groupe, rappelle avec bonheur l’impulsivité et l’urgence de son premier disque. Les concerts livrés depuis la sortie du disque, en mars, ont démontré la pertinence de ce retour ; l’été dernier, au complexe La Méduse, pendant le OFF-Festival d’été de Québec, ce n’était rien de moins que la folie sur scène et dans le public, complice des excès de plaisir et de colère des musiciens.

En conclusion, un appel aux troupes de fans venant de Kouna : « Hurlons, y’a pas de limite au désordre ! »