Kent Nagano succédera à Dutoit

Photo Newscom - Kent Nagano ne renouvellera pas le contrat de trois ans qui le lie au DSO de Berlin.
Photo: Photo Newscom - Kent Nagano ne renouvellera pas le contrat de trois ans qui le lie au DSO de Berlin.

La voie est désormais libre pour la venue de Kent Nagano à Montréal à titre de directeur musical de l'Orchestre symphonique de Montréal. De fait, selon les informations obtenues par Le Devoir, le chef prendra l'orchestre en charge à compter de la saison 2006-07.

Par un communiqué de presse, le Deutsches Symphonie-Orchester (DSO) de Berlin indiquait hier que son directeur artistique et chef principal Kent Nagano poursuivrait sa collaboration au-delà de l'année 2006, mais non plus ès qualité. Lors des saisons 2006-07 et 2007-08, Kent Nagano dirigera à Berlin quatre productions par an et supervisera le développement musical de l'orchestre jusqu'à la nomination d'un nouveau directeur artistique. «De cette manière, Kent Nagano pourra continuer à imprimer sa marque sur le développement et la reconnaissance internationale du DSO. [...] Les musiciens du DSO se sentent étroitement liés à leur chef et le remercient de sa décision de se consacrer pleinement jusqu'en 2006 à poursuivre la voie entamée depuis plusieurs années.»

Cette annonce, fort positive, est cependant la reconnaissance d'un état de fait: Nagano ne renouvellera pas pour une seconde fois son contrat de trois ans qui le lie au DSO de Berlin.

C'est donc fait, officiellement depuis hier matin: Kent Nagano est libre de prendre en main la destinée de l'orchestre de Montréal en 2006-07. L'information se précisait de plus en plus depuis quelques jours mais il était impossible d'en dire plus avant cette annonce officielle en provenance de Berlin. En effet, il est évident que Kent Nagano (qui, à compter de 2006, sera en même temps directeur musical de l'Opéra de Los Angeles, directeur musical de l'Opéra de l'État de Bavière et directeur musical de l'OSM, sans compter sa fidélité, depuis 25 ans, au Berkeley Symphony Orchestra, dans sa ville natale, ni sa participation au Conductor Collegium de l'Orchestre national de Russie) n'aurait pas pu mener de front deux orchestres sur deux continents différents. Comme il le dit lui-même sur son site Internet, «the schedule gets thick»!

Le contrat de Nagano aurait bel et bien été signé au cours des dix derniers jours, selon des sources proches du dossier. L'état d'hébétude constaté chez Van Walsum Management, l'agent artistique de Nagano à Londres, s'apercevant que nous savions et ne démentant ni ne confirmant, en dit déjà long sur la fiabilité de cette information.

Le DSO a raison de remercier Nagano «de sa décision de se consacrer pleinement jusqu'en 2006 à poursuivre la voie entamée depuis plusieurs années». Cela témoigne de la droiture morale de ce chef qui n'a pas voulu précipiter ni chambouler quoi que ce soit.

Qui assurera l'intérim avant 2006?

En revanche, cette droiture, si elle sera profitable à Montréal à long terme, met forcément l'OSM dans l'embarras. Les saisons 2004-05 et 2005-06 devant être comblées avec une solution transitoire, cela fera en tout quatre saisons «blanches» que l'orchestre aura connues au moment où son nouveau chef le prendra en main.

Quatre solutions s'offrent à l'OSM pour ces intersaisons, pour lesquelles à notre sens aucune décision n'est encore arrêtée: renouveler le contrat de Jacques Lacombe dans sa forme actuelle; faire tourner des chefs invités, si possible de marque; s'assurer la contribution de deux (ou trois) chefs qui travailleraient à raison de deux ou trois semaines d'affilée chacun (ce fut la solution adoptée par l'Orchestre de Paris avec Sawallisch, Donhanyi et Brüggen dans l'interrègne entre Bychkov et Eschenbach); enfin, trouver un chef invité qui aurait la confiance de tous. À l'heure de mettre sous presse, nous n'avions toujours pas eu d'information de la part de Van Walsum Management à savoir si cet agent artistique épaulera l'OSM dans l'organisation de ces deux délicates saisons.

L'OSM, soulagé d'un grand poids avec l'arrivée de Nagano, doit enfin cette clarté au public québécois. En effet, du côté des artistes invités, on entend de plus en plus souvent frémir les échos de la difficulté de travailler avec l'administration de l'orchestre, d'obtenir des réponses précises à des questions précises. Sans compter les artistes qui hésitent à s'engager pour 2005-06, craignant que le planning ne soit chamboulé par le nouveau directeur artistique. Pour comprendre cette épineuse situation, il suffit de savoir que les grands chefs ou solistes ont de nombreuses sollicitations et qu'entre un engagement sûr aux États-Unis et un point d'interrogation à Montréal, beaucoup préfèrent choisir la sécurité.

Rappelons que ce n'est pas la première fois que le nom de Nagano apparaît dans la course à la succession de Charles Dutoit. Candidat de coeur de longue date de l'OSM, il aurait même été sur le point de signer, il y a tout juste un an, lorsqu'il avait préféré ratifier le contrat de l'Opéra de Munich, qui lui proposait la succession de Zubin Mehta. Il restait alors deux options à l'OSM: insister et attendre ou miser sur un autre cheval. Or il semblerait qu'alors que les observateurs croyaient la cause perdue, au point de lancer périodiquement des noms en pâture, la ténacité des négociateurs ait fini par payer.

Kent Nagano, né à Berkeley en 1951, a été directeur musical du Hallé Orchestra de Manchester de 1991 à 2000 et de l'Opéra de Lyon de 1989 à 1999. Il a su éviter le naufrage du premier et a consolidé la notoriété internationale croissante du second à travers des projets d'envergure comme L'Amour des trois oranges de Prokofiev, Dialogue des Carmélites de Poulenc ou Trois soeurs de Peter Eötvös, dont plusieurs ont été relayés par l'ambitieuse politique audiovisuelle de la direction de l'opéra. Nagano, qui, outre l'opéra d'Eötvös, a créé la White House Cantata de Bernstein, l'opéra L'Amour de loin de Kaija Saariaho et deux spectacles de John Adams, La Mort de Klinghoffer et El Niño, a glané sa réputation dans le répertoire du XXe siècle mais se voit aussi en grand brucknérien et mahlérien. Son prochain disque (chez Harmonia Mundi) est d'ailleurs consacré à la Troisième Symphonie de Bruckner.

Après la vieille Europe (Manchester, Lyon) et l'Allemagne toute bouillonnante de sa jeune réunification (Berlin, puis Munich), Nagano remet clairement le cap sur l'Amérique du Nord via Los Angeles et Montréal. Pas plus tard que la semaine dernière a d'ailleurs été annoncé son retour, en tant qu'invité, à la tête du New York Philharmonic la saison prochaine.
1 commentaire
  • Lucie Bourassa - Inscrite 26 février 2004 08 h 40

    Autres rumeurs

    On nous annonce que Nagano succédera à Dutoit, sur la foi du raisonnement suivant: il vient de donner sa démission du DSO, ce qui le libèrera pour 2006; l'agence qui s'occupe de lui n'a pas infirmé la nouvelle... Mais l'OSM n'a rien confirmé encore.

    Or, je suis tombée, en faisant des recherches sur le Web, sur la nouvelle suivante. Daniel Baremboim démissionnera de son poste à l'orchestre symphonique de Chicago après la saison 2005-2006. Parmi six noms d'éventuels remplaçants, figurait celui de Nagano.