Musique classique - Le Nouveau Monde en musique

C'est dans le cadre de Montréal en lumière que Kiya Tabassian et Constantinople, auréolés de leur fort mérité prix Opus 2004 dans la catégorie «découverte de l'année», présentent un concert qui aurait pu s'appeler «Lumières sur le Nouveau Monde». En effet, ce programme «Nuevo Mundo», auquel se joignent le Boston Shawm and Sackbut Ensemble et le ténor et cornettiste Michael Collver, part à la quête des premiers échos sonores sur le continent américain. Il s'agit de musiques ultérieures à celles que Constantinople aborde habituellement puisque ce répertoire de la fin de la Renaissance, tiré de plusieurs manuscrits espagnols, portugais et mexicains, fait la part belle à la polyphonie et même à une polyphonie avancée, à laquelle l'ensemble bostonien apportera la couleur de ses chalémies et dulcianes.

Après un travail de recherche d'un an, Kiya Tabassian et ses amis ont composé ce programme qui retrace la migration de la musique espagnole vers le Nouveau Monde:«Nous avions beaucoup exploré la Méditerranée, c'est-à-dire que nous allions toujours vers l'Est. Là, nous avons décidé de mettre le cap à l'Ouest dans le cadre d'un grand projet qui s'étendra sur plusieurs années. Nous bénéficions aussi de l'expérience de l'ensemble de Boston, qui existe depuis plus de 20 ans et a déjà travaillé sur ce sujet, notamment avec Boston Camerata», confie le directeur de Constantinople.

«Nuevo Mondo» privilégie le répertoire profane, correspondant à cette musique de cour savante qui a vite trouvé écho en «Nouvelle-Espagne», à Puebla notamment, la culture mexicaine étant le produit d'une fusion entre les traditions indigènes et espagnoles. Composé de villancicos et de romances d'Espagne, du Portugal et du Mexique datant de 1550 à 1690, le programme revoit en musique cette période marquée par les conquêtes et les découvertes. Kiya Tabassian note que si «la première génération a reproduit les modèles espagnols en essayant de les imposer, on note dans les compositions de deuxième et troisième générations, à partir de 1650 environ, l'émergence d'un langage prenant en compte des influences rythmiques et mélodiques locales».

Tous ceux qui ont suivi la formidable saga discographique de la musique en Amérique du Sud, entamée il y a plus de dix ans par le label français K.617, auront plaisir à retrouver ce soir les Dell Enzina, Lobo, Guerrau ou Escobar dont ils ignoraient jusqu'à l'existence il y a une décennie encore.