«Cantates» de Bach, version fervente

Bernard Labadie nous avait réservé un traitement de choix : le retour de la lumineuse soprano Lydia Teuscher.
Photo: Source Marc Giguère Bernard Labadie nous avait réservé un traitement de choix : le retour de la lumineuse soprano Lydia Teuscher.

La salle Bourgie était pleine à craquer pour la première prestation de Bernard Labadie dans le cadre du cycle des Cantates de Bach qui s’étirera sur huit saisons, comme l’excellente série télévisée Homeland, apparemment. Hier, nous en étions à l’épisode 2 de la saison 3.

Une fois n’est pas coutume, Bernard Labadie avait programmé la cantate du jour, BWV 52, en début, et non en fin, de programme. Comme les autres chefs, il a dirigé la foule dans le choral conclusif. J’ai bien aimé son préambule : « Levez-vous et tenez votre feuille [partition] bien droite : cela impressionnera votre voisin et vous pourrez écrire dans votre CV que vous avez chanté avec les Violons du Roy ! » Cette BWV 52 réserve une surprise puisque son introduction orchestrale fournira son 1er mouvement au Concerto brandebourgeois n° 1.

L’épisode 2 de la saison 3 marquait un progrès plus que substantiel par rapport à l’épisode 1, dans lequel des instrumentistes tentaient de ne pas trop mal paraître, à un par partie. Nous sommes ainsi passés d’un quasi-bricolage à un concert de niveau international. Sans proposer du caviar à toutes les séances, la Fondation Arte Musica serait bien avisée de définir une sorte de minimum artistique vital, celui en deçà duquel cette entreprise ne peut désormais plus descendre. Avoir un « vrai concert » comme celui de dimanche aide à y voir clair.

Pour mettre des mots sur la différence, il suffit de souligner que Pascale Giguère a montré (BWV 84 et air de la soprano de la BWV 58) comment un violon solo se doit d’accompagner un soliste. Le violoncelliste Benoit Loiselle, aussi, a ouvert le chemin d’un continuo noble, magnifiquement entouré de Thomas Annand à l’orgue et de Richard Paré au clavecin. Chapeau bas, aussi, à la hautboïste Marjorie Tremblay — parfaitement disposée sur scène, en face du chef — pour ses excellents solos.

Bernard Labadie nous avait réservé un traitement de choix : le retour de la lumineuse soprano Lydia Teuscher. L’explication technique du « miracle Teuscher » est que l’intégralité du souffle est convertie en voix timbrée. On perçoit l’effet de cette lumière dardante dans les récitatifs, tel le premier de la Cantate BWV 84, le nectar du concert étant la symbiose entre la voix de l’âme (soprano) et le cor anglais dans le duetto final de la BWV 58.

En matière de sûreté et stabilité de projection vocale, Tyler Duncan est lui aussi très efficace. Il dégage ainsi une noblesse et une assurance qui ont fait mouche dans la fameuse cantate « Ich habe genug », BWV 82. Je subodore que cette cantate a été proche du coeur et de l’esprit de Bernard Labadie il y a deux ans, alors qu’il était à deux doigts de « quitter ces lieux ». Il y avait une ferveur extraordinaire dans sa direction, notamment dans l’entrée, comme un nuage sur lequel se posait le hautbois, et sur l’incarnation orchestrale des mots « Sommeillez, yeux épuisés, fermez dans la douceur et le calme. Monde, je ne reste plus ici… ».

Des mots répétés, ressassés par Bach et que le chef a vécus dans sa chair.

Intégrale des Cantates de Bach, an 3

Cantates BWV 52, « Falsche Welt, dir trau ich nicht » ; 82, « Ich habe genug » ; 84, « Ich bin vergnügt mit meinem Glücke » et 58, « Ach Gott, wie manches Herzeleid ». Lydia Teuscher (soprano), Tyler Duncan (baryton), avec Maude Brunet (mezzo) et Jacques-Olivier Chartier (ténor), Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Dimanche 30 octobre 2016.