Disques - Invitation au voyage

Photo -Marie-Reine Mattera - Daniel Lavoie célèbre 30 ans de carrière avec un nouvel album intitulé Comédies humaines.
Photo: Photo -Marie-Reine Mattera - Daniel Lavoie célèbre 30 ans de carrière avec un nouvel album intitulé Comédies humaines.

Après quelques années consacrées à des comédies musicales (Sand et les romantiques, Notre-Dame de Paris, Le Petit Prince), Daniel Lavoie revient à la chanson française avec Comédies humaines, un album à la poésie somptueuse qui coïncide avec ses 30 ans de carrière.

Au café-bistrot, les têtes se retournent et les sourires apparaissent; Daniel Lavoie vient d'entrer. Cette façon d'être flamboyant avec modestie fonde le charme du chanteur et détermine tout autant l'élégance de son dernier CD, intitulé Comédies humaines. Les quatorze chansons qui le composent ont été écrites par Brice Homs et Patrice Guirao, deux paroliers trouvés alors que Daniel Lavoie composait des chansons destinées à d'autres interprètes et mises en musique par l'auteur-compositeur-interprète d'Ils s'aiment.

Univers ouvert

En écoutant Comédies humaines, on ne peut pas ne pas penser aux poèmes de Baudelaire mis en musique par Léo Ferré. Le climat intime, les ambiances orientalisantes ou feutrées créées par les arrangements et l'instrumentation, la chaleur de la voix ainsi que l'audace de l'écriture, tout suggère ce lien. Et ce n'est pas un hasard: «J'ai souvent écrit des musiques pour les poèmes de Baudelaire, pour le pur plaisir de la chose. Ses poèmes et ceux de Théophile Gautier sont de vraies chansons, déjà, explique-t-il. Quant à Ferré, c'est mon préféré parmi tous les chansonniers français. J'aime sa langue, sa façon de gueuler, de se prendre au sérieux. Leclerc, Vigneault, Charlebois, Ferland m'ont aussi marqué; ils correspondent à l'époque où j'ai découvert la chanson française.»

Daniel Lavoie avait le goût de faire un album comme il aime en écouter: «Ce CD constitue un nouveau chapitre dans le livre de ma vie. Il propose un univers ouvert. On ne fait pas de la musique que pour soi; la musique doit être ouverte sur le monde. J'ai tenté d'arriver à un résultat qui soit le plus proche possible de ce que je suis.» Et quel résultat! Raffiné, à la fois intime et théâtral, fidèle à l'image qui apparaît sur le vert céladon qui domine le coloris de la pochette où on peut voir en gros plan le visage du chanteur dont la moitié droite a été maquillée en blanc, rouge et noir, à la manière des maquillages du nô, alors que l'autre moitié apparaît nue, au naturel. «Cela donne un visage troublant, presque tragique, qui correspond bien à la dualité que je sens en moi.» Les chansons parlent de tendresse et de séduction autant que de violence, d'attente et de peur. Cela s'appelle la vie.

«Devant ton paravent chinois / J'attends parfois des heures barlongues / Que se dévoile un peu de toi / Sur le bleu tendre du Mékong» (Les Paravents chinois).

«L'amour est juste un sentiment / Après lui, rien n'est comme avant / L'amour est juste et justement / C'est pour ça qu'on lui ment souvent» (L'amour est juste).

«Sombre est le coeur des hommes en peine / Rempli de larmes et de douleur [...] Lourd est le front des hommes en peine / À écouter battre son coeur» (Comédie humaine).

En faisant ce CD, Daniel Lavoie est parti à la découverte «le coeur ouvert, sans oeillères. Je voulais créer quelque chose qui soit stimulant pour l'imaginaire et pour les oreilles. Saint Augustin définissait le beau comme "ce qui est agréable à regarder". Pour moi, c'est ce qui est agréable à écouter. Comme je n'ai pas écrit les textes, je peux donc les vanter et dire que je les trouve très réussis!» (Il ne faut pas juger la nouvelle cuvée Lavoie d'après Bénies soient les femmes, la chanson plus diffusée actuellement, qui ne donne pas une juste idée de l'album.)

Les fruits de la comédie musicale

«L'expérience de la comédie musicale a enrichi mon approche de la chanson», constate Daniel Lavoie. «Avec Notre-Dame de Paris, je me suis rendu compte qu'on pouvait faire quelque chose d'atypique qui puisse vivre en dehors des modes. Replaçons-nous à la fin des années 90, quand Notre-Dame a été lancé: ce n'était pas si évident! Belle est une mélodie sans batterie, un air à la musicalité complexe et pas si facile à retenir pour l'auditeur. Personne n'y croyait... Et pourtant!» Après l'avoir chantée 700 soirs de suite, sept fois par semaine, la voix se renforce ou casse: «J'ai développé beaucoup de technique, de subtilité, de registre.» Un travail aussi constant donne des résultats. Dans Comédies humaines, les mélodies de Daniel Lavoie coulent naturellement, veloutées, sans effort. «Le spectacle Notre-Dame... était bien construit et demandait un maximum de concentration chaque fois. Dans ces circonstances, il est impossible de sombrer dans la monotonie. Il faut dire que j'avais la chance de jouer un personnage complexe, intéressant, dont je ne me suis jamais lassé.» Après 30 ans de carrière, il éprouve encore le trac: «Mais j'aime le trac, je l'ai encore quand je vais me défendre moi-même. Il me donne la sensation d'un danger gérable et me remplit d'adrénaline. Je redoute sa disparition lorsque je joue quelque chose à long terme.»

Depuis 1976, année où il a signé un contrat de disque chez RCA avec Jean-Claude Vannier, Daniel Lavoie a séjourné tous les ans en France, quelques mois et souvent davantage. En revenant récemment au Québec, il a été frappé par une vitalité créatrice qui l'émerveille et aussi par la facilité avec laquelle les gens se remettent en question ici. «La chanson constitue un pont solide entre le Québec et la France, remarque-t-il. J'ai vraiment beaucoup de plaisir à travailler là-bas. Je m'y sens aussi chez moi et j'ai appris beaucoup au contact du public européen. Mais je suis toujours content de retrouver le public d'ici, et j'ai hâte de chanter cet automne, à Paris, au Corona à Montréal, puis à Québec.» L'année 2005 sera entièrement consacrée à une tournée nationale et internationale.

Comédies humaines

Daniel Lavoie

GSI Musique

SMAC-6256