Klô Pelgag: se battre pour sa liberté, encore et toujours

«Ma façon d’écrire est très proche de mes sentiments, même si je transforme les choses en langage plus poétique que certains, ce qui rend la chose moins concrète à l’écoute», explique Klô Pelgag.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Ma façon d’écrire est très proche de mes sentiments, même si je transforme les choses en langage plus poétique que certains, ce qui rend la chose moins concrète à l’écoute», explique Klô Pelgag.

Faire les choses pour plaire ? Très peu pour la chanteuse Klô Pelgag. Celle qui s’est démarquée avec un premier disque éclaté, poétique et coloré — qui l’a menée jusqu’au titre de Révélation de l’année à l’ADISQ en 2014 — a jusqu’à ce jour vécu par et pour l’audace et la liberté. Et à l’entendre, c’est ainsi qu’elle périra, et qu’entre-temps elle fera ses albums, dont le tout récent L’étoile thoracique.

Vous imaginez peut-être maintenant quelqu’un qui parle fort, qui brasse de l’air, qui vole la vedette dans une pièce. Voilà qui n’est pas Klô Pelgag, petit bout de femme de 26 ans au regard timide, qui pense quelques secondes avant de répondre aux questions, et qui y répond doucement.

Pourtant, lorsqu’elle compose, écrit, monte sur scène, la pianiste née Chloé Pelletier-Gagnon joue du coude, prend l’allure d’un tourbillon, ou même — un peu — d’un trublion. Sur son premier disque L’alchimie des monstres (2013) comme sur ce nouveau L’étoile thoracique, elle propose de belles chansons aux mélodies hachurées et aux champs lexicaux inorthodoxes, souvent présentées sur les planches avec des costumes — d’un squelette, d’une mariée, d’un avocat (le fruit, pas le juriste) — et des décors.

Des prix, de la pression, des ambitions

Sa musique, qui se démarque du lot, a trouvé beaucoup de paires d’oreilles et a récolté plusieurs prix. À l’ADISQ, donc, mais aussi en France, où elle a reçu non seulement le prix Barbara des mains de la ministre française de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, mais aussi le Grand Prix de la Francophonie remis par l’Académie Charles Cros. Autant d’attentions qui, lentement, peuvent faire bifurquer un créateur.

« Il faut se poser souvent des questions : “Qu’est-ce que je veux, moi ? C’est quoi, mes ambitions, dans le fond ?” », admet Klô Pelgag. Et sa réponse ? « C’est pas mal de me renouveler, et de rester vive d’esprit, et fidèle à mes principes, de rester intègre dans ce que je fais, de ne pas m’oublier pour plaire, mettons. C’est un grand danger quand tu fais de la musique. J’essaie de ne pas tomber là-dedans. »

Et dans les trois dernières années, les occasions de créer pour que « ça marche » se sont quelques fois présentées pour Klô Pelgag, entre autres en France, un marché qu’elle a beaucoup développé et qui semble réceptif à celle qui se décrit comme « la timide extravagante qui écrit des chansons de douleur tout en rythmes, déguisée en fruit ».

« C’est un combat perpétuel, de juste résister. » Au choix de tel photographe dont le travail nous ressemble peu, de telle formule scénique, de tel travail sur la promotion. « C’est sûr que je ne suis pas docile, admet-elle. Même ici j’ai dû convaincre mon équipe que j’allais tourner à six musiciens, que j’allais faire des shows spéciaux à Montréal, où on allait mettre 4000 $ dans un spectacle qu’on ne refera pas, avec des costumes qu’on ne réutilisera pas. Mais après, ils sont très contents, ils ont compris maintenant que, moi, je dois avoir du plaisir dans ce que je fais, sinon je meurs. Et le public qui me suit, il y a une part de ça qu’ils aiment en moi. »

 

Esprit orchestral

Sur son deuxième et tout nouveau disque, L’étoile thoracique, Klô Pelgag reste en totale harmonie avec ses principes, peaufinant sa plume un peu codée. Elle sent un rythme différent dans ses pièces, « quelque chose de positif et de contemplatif, de plus lent, de plus posé, je pense. Musicalement, l’effet de l’orchestration y est pour quelque chose ».

Et quelle orchestration ! À une époque où les difficultés amènent souvent la simplicité plus ou moins volontaire, Klô Pelgag a enrobé ses 13 nouvelles chansons de cuivres et de cordes. Et de beaucoup de cuivres et de cordes. « Je pense qu’il y a 30 musiciens. Je ne suis plus sûre. Ou peut-être 32. » Rendu là, deux de plus…

« Il y a des gens qui disent que trop, c’est comme pas assez. Je ne crois pas du tout à cette expression-là ! » On est étonné, tiens. Pour enregistrer tout ça, la musicienne s’est installée avec le chef Nicolas Ellis au studio 12 de Radio-Canada, utilisant un des prix encore non réclamés qui venaient avec sa nomination comme Révélation de la société d’État en 2014.

« J’ai toujours été dans cet esprit orchestral, qui va très bien avec ce que je fais. Quand je fais des maquettes, je pense aux arrangements, je les fais déjà avec ma voix. Je fais des contrepoints sans savoir que c’en est. Et je donne ça à mon frère, qui orchestre ça. »

Mémoire émotive

Quand elle compose, Pelgag fait habituellement évoluer musique et mots en même temps, les deux se nourrissant. Sur L’étoile thoracique, elle a couché sur papier « la mémoire émotive de tout ce [qu’elle a] vu dans les trois dernières années ».

Ce qui en ressort ne suit pas un fil conducteur clair, quoique quelques titres pivotent autour de la désillusion, de la mort, « du rapport à la fin », précise-t-elle, en ajoutant qu’il est aussi question d’amour.

« Ma façon d’écrire est très proche de mes sentiments, même si je transforme les choses en langage plus poétique que certains, ce qui rend la chose moins concrète à l’écoute. Ça donne plus de place à l’interprétation ensuite. Mais c’est quand même très près de mes sentiments. Je fais ce que je suis. »

Au Coup de coeur et aux FrancoFolies

Klô Pelgag présentera ses nouvelles chansons dans le cadre du Coup de coeur francophone le 4 novembre, au Club Soda. « On a vendu tous les billets en moins de deux semaines », dit fièrement la chanteuse. La pianiste, qui sera en tournée au Québec cet hiver, a aussi annoncé une nouvelle date cet été dans le cadre des FrancoFolies de Montréal, le 10 juin. Elle montera cette fois sur la scène du théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, avec pas moins de 28 musiciens.

L’étoile thoracique

Klô Pelgag, Coyote Records