Une génération inventive

Sabrina Schroeder, Taylor Brook, Adam Scime et Symon Henry de ECM+ Génération 2016
Photo: ECM Sabrina Schroeder, Taylor Brook, Adam Scime et Symon Henry de ECM+ Génération 2016

Le projet Génération 2016 a pour but de mettre en valeur de jeunes compositeurs canadiens. L’ECM + emmène les oeuvres sélectionnées à travers le Canada. Banff, Edmonton, Victoria, Vancouver, Montréal, Toronto, London, Ottawa et Québec sont au programme de la tournée 2016, la 9e du genre. À l’issue de celle-ci seront décernés un prix du public (1500 dollars) et un prix du jury (5000 dollars).

Le concert Génération 2016 se distingue par une heureuse initiative : une contextualisation et une présentation de la musique. Cet aspect didactique est important pour faciliter l’accès aux oeuvres ou, à tout le moins, cerner quelque peu l’univers des compositeurs, avec lesquels Gabriel Dharmoo s’entretient quelques instants. Deux ou trois extraits significatifs sont joués à cette occasion.

Avec Génération 2016, l’ECM + a choisi des « personnages », c’est-à-dire des compositeurs à la démarche affirmée et distincte. Symon Henry, Québécois de 31 ans, est le rêveur de la bande. Il compose, il écrit des poèmes, il peint. En fait, il regroupe les trois : des titres comme d’énigmatiques inspirations et des partitions visuelles, comme des tableaux. Son but est de « représenter des sonorités par des dessins ». Plus le trait est foncé, plus la nuance est forte. Dans les faits, la musique semble assez aléatoire et spontanée. C’est assez clairement de la recherche sonore et le chercheur n’est pas au bout de ses peines.

En contraste total, l’Albertain Taylor Brook, qui a étudié à Montréal (avec Brian Cherney), Bruxelles et New York, sait assurément où il va. Le titre est tiré d’un roman chevaleresque hispanique, mais le projet est d’explorer, à travers un concerto pour flûte et piccolo (joués par la même instrumentiste) et un orchestre comportant des cordes désaccordées, des intervalles plus restreints, des « microtons ». La flûtiste est sollicitée de A à Z, et les intervalles inhabituels font naître des atmosphères intrigantes.

Adam Scime, lui, a tout compris. Il demande aux auditeurs de chercher l’intéressant, plutôt que le beau — c’est, en général, l’attitude qu’il convient d’avoir en la matière. Par rapport à Brook, Scime utilise des moyens traditionnels pour s’intéresser à la production sonore (vents) et, surtout, à une musique« architecturale », créant des espaces sonores qui vont stimuler l’imaginaire de l’auditeur. Scime compose la musique la plus forte parmi les quatre créateurs présentés. Alors qu’une certaine musique contemporaine cherche beaucoup, Scime fonce tête baissée, sûr de son fait avec une énergie vitale vraie et tenue tout au long de la pièce, qui devient un vrai tour de force. Ce cheminement presque féroce se conclut par une pirouette très inattendue. Même si ce n’est pas ma tasse de thé, cette inspiration force le respect.

Ce respect, Sabrina Schroeder le mérite pour son imaginaire sonore. Les cordes graves des violons, alto et violoncelle, les seules utilisées, sont totalement relâchées et produisent des sons graves. Pour les autres instruments, des transducteurs génèrent des vibrations, notamment sur la grosse caisse. Bone Games — Shy Garden est une pièce assez étale qui ne mise que sur le caractère abyssal et mystérieux de ces grains sonores variés, dans les 50 teintes de gris (entre l’anthracite et le foncé). C’est original, mais reste à savoir où ça va. Le cheminement est moins tangible que chez Adam Scime : c’est une pièce qui joue sur les sensations.

Coup de chapeau à l’ECM +, Véronique Lacroix et ses musiciens, souvent jeunes, pour leur engagement et le choix du substrat, d’une intéressante variété.

Génération 2016

Symon Henry (Québec) : Debout, un respir grand comme. Taylor Brook (Alberta) : Tirant lo Blanc. Adam Scime (Ontario) : Liminal Pathways. Sabrina Schroeder (Colombie-Britannique) : Bone Games — Shy Garden. ECM +, Véronique Lacroix (chef), Marie-Hélène Breault (flûte solo), Gabriel Dharmoo (présentateur). Salle du Conservatoire de musique de Montréal, jeudi 27 octobre 2016.