Le spectacle, c’est la santé

Le vénérable Charles Aznavour
Photo: Jorge Guerrero Agence France-Prese Le vénérable Charles Aznavour
« La retraite ? Je n’y pense pas », déclarait le vénérable Charles Aznavour la semaine dernière, à l’antenne d’Europe 1. De vous à moi, la question était vaine : à 92 ans, le géant de la variété française n’a, à l’évidence, pas l’intention de faire autre chose que ce qu’il fait depuis six décennies, c’est-à-dire chanter pour son public, pour autant que les os tiennent le coup et que les cordes vocales suivent. Vingt-cinq chansons à ce programme d’une durée de près de deux heures présenté hier soir au Centre Bell, lui plus souvent debout qu’assis. Une force de la nature, ce monsieur.

Et le voilà reparti pour une énième tournée internationale. Plus tôt cette semaine, il s’arrêtait au Madison Square Garden de New York et au Wang Theater de Boston. Dimanche, il visitera le Centre Vidéotron, puis Miami mardi… Serait-ce son dernier spectacle à Montréal? se demandaient hier soir ses admirateurs dans la file devant le Centre Bell. À le voir si vif d’esprit, si généreux dans ses anecdotes, la voix d’aplomb, il nous est encore permis de croire qu’on le reverra bientôt.

Certes, le timbre n’est plus aussi éclatant qu’autrefois, on le comprend, même pas besoin de le pardonner. Or, le ton est remarquablement juste, jusqu’à la fin du programme pour la généreuse enfilade de ses grands succès : Comme ils disent, Les plaisirs démodés, La Bohème, Emmenez-moi, vous les connaissez tous. 

On a vu des légendes beaucoup plus jeunes terminer de peine et de misère un concert d’à peine une heure, la voix n’étant qu’un lointain rappel de ce qu’elle fût. Bien au contraire, monsieur Aznavour a offert hier un tour de chant irréprochable de professionnalisme, gavé de moments d’émotion. Chanter « Plus je m'enfonce dans ma vie/ Plus je ne peux que constater/Qu'au vent léger de mes folies/Je n'ai pas vu le temps passer » prend un sens plus grave aujourd’hui qu’à sa première à l’Olympia de Paris en 1978… 

Et même lorsque, solennel, Aznavour échappe « Où sont-ils à présent, à présent mes vingt ans » à la fin de Hier encore et que notre gorge se noue, on garde plutôt les moments légers et festifs de cette soirée qui n’a pas manqué d’humour. L’âge n’est plus une source de soucis, plutôt une bonne raison d’en rire. « Je ne vois presque plus, je n’entends presque plus… Enfin, je ne suis pas sourd, je suis sourdingue », nous a-t-il raconté en début de concert. D’où, expliquait-il, la nécessité de recourir à des télésouffleurs, pour l’aider en cas de trous de mémoire (là encore, avec un répertoire de plus d’un millier de chansons, on peut bien l’excuser). On a ri de sa blague encore plus fort lorsque, durant le dernier tiers, il s’est penché pour lire ce refrain, « Mes amis, mes amours, mes emmerdes », durant l’un des moments les plus enjoués de la soirée. 

Le concert avait quand même débuté sur une note politique, la seule, d’ailleurs : avec la belle Les émigrants, composée il y a près de trente ans, d’une actualité patente. Charles Aznavour a ensuite enchaîné les classiques avec quelques moins connues, vieilles ou toutes récentes (Avec un brin de nostalgie, tirée d’Encores, son 51e album, paru l’an dernier). Derrière lui, un orchestre de huit musiciens, dirigé par Eric Wilms, donnait du coffre à son répertoire, mais c’est lors des quelques moments d’intimité piano-voix que les frissons étaient sismiques et traversaient les quelque 8300 spectateurs venus l’accueillir. 

Nous reste encore en tête ce moment où, durant les énergiques dernières mesures de Emmenez-moi, Aznavour fait mine de retraiter en coulisses en boitant un peu… pour se retourner d’un coup sec et revenir à l’avant-scène en faisant des steppettes et en battant la mesure avec ses bras. Le concert ne s’est pas terminé sur un au revoir, mais un « À bientôt ! » 
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 22 octobre 2016 14 h 43

    bonne vie et beaucoup de bonheur

    quel homme et quel arménien, etre un pays a lui seul c'est unique, peut etre que ce sont les causes qui font les hommes, il est vraiment a l'image de son pays, je lui souhaite vraiment l'éternité, monsieur Charles Aznavour c'est le monde qui a besoin de vous