KNLO: après le laboratoire, la rencontre

Né à Québec, Akena Lohamba Okoko habite désormais dans Hochelaga-Maisonneuve, quartier qui l’inspire dans son écriture.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Né à Québec, Akena Lohamba Okoko habite désormais dans Hochelaga-Maisonneuve, quartier qui l’inspire dans son écriture.

En 2007, le rappeur et musicien KNLO entamait la création d’une longue série de disques numériques faits d’expérimentations instrumentales oscillant autour du rap et de l’électro. Plus d’une dizaine de compilations plus tard, faites en parallèle de sa participation au réputé collectif Alaclair Ensemble, le trentenaire lance ce vendredi un premier véritable disque solo, avec ses propres rythmes et textes, question de sortir du laboratoire.

Il a de la gueule, KNLO, de son vrai nom Akena Lohamba Okoko, né à Québec d’un père congolais et d’une mère née en Mauricie. Il a le grand sourire aux lèvres, un ton de voix un peu nasillard mais plein de vie, la démarche leste du sportif, gardant un profil bas malgré son CV chargé — en plus de son travail avec Alaclair, il a été membre de K6A et de Movèzerbe.

Ce premier disque lancé ce vendredi, intitulé Long jeu, lui a permis de revenir au calepin et au crayon, ce qui comblait quelque part « l’envie de plus faire de la chanson, d’être dans la rencontre, la discussion, et moins dans le laboratoire. »

Et qu’est-ce qui a déclenché ce changement d’approche ? « Sans exagérer, je dirais la peur de perdre l’écriture. À part avec Alaclair au chalet [pendant la création des albums], j’ai fait seulement quelques “ tounettes ”, avec des lyrics en loop, j’ai vraiment pas beaucoup écrit. C’était un constat et une résolution de 2015, c’était même antérieur à l’idée de faire un album. »

Avant le disque, KNLO a fait une espèce de court-métrage musical, L’an 16, qui apparaît comme un long et magnifique clip de plus de quinze minutes. « C’est inspiré de la culture des motivationals, dans lesquels des sportifs ou des artistes sortent de leur cadre, ouvrant un peu dans le personnel. »

Profondeurs

Le personnel, il est encore là en filigrane dans Long jeu. Marié, père de deux filles, le rappeur, qui porte aussi le surnom de Kenlo Craqnuques, habite maintenant dans Hochelaga-Maisonneuve. Ce qu’il vit, ce qu’il voit, ce qu’il en pense se retrouve sur cet album qui met de la lumière sur des histoires sombres. C’est d’ailleurs au typique casse-croûte Chez Pagi, rue Sainte-Catherine près du boulevard Pie-IX, que KNLO nous a invités. La façade jaune du boui-boui se retrouve d’ailleurs sur sa pochette, aux allures de vieux disque québécois des années 1970.

« Ça parle vraiment de ce pan de rue là, de Sainte-Catherine Est, ça imbibe mon album. Ici et les autres lieux où j’ai vécu avant, y’a du Duberger, du Vanier, du Saint-Roch. C’est pas des sujets que j’aborde avec Alaclair, mais en solo, y’a des façons de s’exprimer qui flowent plus, qui permettent d’aller plus en profondeur. »

Des mélanges

KNLO est traversé du concept de métissage. Lui-même métissé, avec des enfants métissés, il explique que la musique reste un des volets de sa vie professionnelle. Menuisier de formation, il est aussi impliqué chez les jeunes, donnant des cours de basket-ball et des ateliers de production et de musique.

Long jeu mélange un peu le français avec quelques codes anglos, et croise aussi beaucoup les sons, passant avec doigté de titres plutôt soul à des airs jazz, funk ou davantage synthétiques, voire rap vieille école. Et des fois un peu tout ça ensemble, dans une ambiance très accessible et agréable.

« Des fois, avec le blend d’influences, il y a le sentiment de créer quelque chose, mais j’y crois pas, créer… » lance KNLO, sans compléter sa phrase. Profil bas, disait-on.

« Mais il y a un jeu presque malicieux sur ce disque entre les façons de créer les chansons, ajoute-t-il. Dans le fond, il y a des samples, et il y a des chansons jouées de A à Z avec des instruments. C’est un peu comme une énigme, je trouve ça drôle », lance-t-il, donnant en exemple le vétéran Madlib qui réussit à jouer au caméléon aux côtés de chansons d’autres époques.

Reste que Long jeu s’apprécie par sa relative simplicité, répercussion du désir de KNLO de mixer lui-même le disque. « Dans cette logique-là, je savais que je n’allais pas m’emporter dans une conversation avec la technologie. En plus, je suis un grand fan des prises où t’as l’impression d’entendre une perfo à la radio. Mes couplets c’est des one take, je ne colle pas des petits bouts, c’est beaucoup mon esprit. »

Long jeu

KNLO, Disques 7ième Ciel