Des cieux jusqu’aux abysses

DJ Stingray sera de la soirée à la piscine du Parc olympique.
Photo: Facebook DJ Stingray sera de la soirée à la piscine du Parc olympique.

Deux mille personnes ont déjà réservé leur place dimanche soir pour un concert gratuit qui nous mènera de la musique expérimentale au bon vieux techno de Detroit. « Nous étions surpris de la popularité de notre événement, mais la question qu’on se pose en ce moment, c’est : “combien d’entre eux viendront avec leur maillot de bain ?” », dit Adam Shore de la Red Bull Music Academy, chargé de trouver la meilleure manière de submerger une chaîne stéréo sous l’eau de la piscine du Stade olympique, où aura lieu le concert. « Et en plus, il va y avoir un bar ! », ajoute-t-il, tout sourire.

C’est une des caractéristiques de la programmation en salle de Red Bull Music Academy (RBMA) : exploiter des lieux différents, uniques, autant que possible. Dimanche, la musique résonnera au Planétarium et autour de la piscine olympique pour un programme double, Dans les cieux/Dans les abysses, qui fait un clin d’oeil au 40e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal.

« Notre programmation musicale ne s’adresse pas directement aux fans occasionnels de spectacles de musique, mais plutôt à ceux qui en mangent, qui vont en voir cent par année, peut-être plus. Donc, s’il faut utiliser une salle déjà connue, tentons de la transformer pour proposer quelque chose d’inédit à ces fans de musique, mais essayons surtout d’exploiter des lieux inusités », explique Shore, qu’on présentera ici comme un directeur de production même s’il préfère qu’on écrive simplement qu’il travaille pour l’Academy. « On n’a pas vraiment de titres officiels, chez nous… »

Originaire de Toronto, il a bossé là-bas jusqu’à ce que Red Bull tienne l’Academy à New York, en 2013, où il habite désormais. C’est de la Grosse Pomme qu’il veille à la représentation de l’Academy aux États-Unis ainsi qu’au Canada. « Je m’occupe depuis du festival récurrent à New York […]. Aussi, je travaille déjà sur ce qu’on fera à Montréal en 2017, mais je ne peux pas encore en parler… Ce serait dommage de ne pas continuer à développer les belles relations que nous avons forgées ici avec la RBMA, n’est-ce pas ? »

Sur mesure

Le concert de dimanche est sans doute l’une des productions les plus ambitieuses que l’Academy aura déployées à Montréal. Le volet Dans les cieux, qui se déroule dans deux salles du Planétarium, est techniquement plus simple à accomplir, confirme Shore : « La chaîne stéréo du Planétarium est déjà époustouflante. »

Nous y entendrons nul autre qu’une légende de la musique d’avant-garde américaine : Pauline Oliveros, compositrice, accordéoniste, pionnière dans le développement de la musique électronique, cofondatrice (avec Morton Subotnick) et ex-directrice du fameux San Francisco Tape Music Center dans les années 1960. Aujourd’hui âgée de 84 ans, elle partagera la scène avec la chanteuse et compositrice de musique contemporaine Joan La Barbara.

Du côté de la piscine, ce sera une tout autre paire de manches. Non seulement la production a-t-elle prévu trois espaces distincts pour profiter de la musique des artistes invités — DJ Stingray, Dopplereffekt, Selfir, Cao, Sign Libra —, mais l’un deux propose d’écouter deux oeuvres commandées par l’Academy et conçues pour être écoutées sous l’eau, celles de l’Italien Lorenzo Senni et du compositeur et technicien du son Joel Cahen, « qui a conçu sur mesure pour nous une chaîne stéréo aquatique » baptisé Wet Sounds.

« Au moment où on se parle, je ne sais même plus comment on va y arriver, confesse Adam Shore. Chaque heure qui passe amène une nouvelle idée pour occuper les lieux. » Il précise également que les oeuvres « aquatiques » originales pourront être entendues même si on choisit de rester au sec : « Tu auras compris qu’on n’a pas besoin d’aller au fond de la piscine pour entendre la musique ; juste flotter sur le dos, les oreilles sous l’eau, fera amplement l’affaire. » Le son, rappelle-t-il, voyage quatre fois plus rapidement sous l’eau que dans l’air. Le RBMA a prévu toutes sortes d’objets flottants pour assurer le confort des baigneurs.

Ce qui fascine le plus Shore, c’est qu’autant de Montréalais aient répondu à l’appel, « essentiellement pour passer une soirée à écouter du techno de Detroit, dont nous sommes de grands amateurs. C’est pourquoi on a eu l’idée d’inviter DJ Stingray », une figure importante de la scène de Detroit (figure cagoulée, devons-nous préciser, le masque étant un peu sa marque de commerce) qui a accompagné le mythique duo Drexciya jusqu’à la fin de son parcours, au début des années 2000. « Drexciya était inspiré par l’afrofuturisme et la vie sous-marine », rappelle Shore ; le nom du duo serait celui d’un pays imaginaire sis au fond de l’océan et peuplé par des enfants noirs ayant appris à respirer sous l’eau.

Nul besoin d’un passeport pour visiter Drexciya, seulement de réserver sa place et de savoir nager.

Dans les cieux / Dans les abysses

Pauline Oliveros, Joan La Barbara, Lucrecia Dalt, Pan Daijing. DJ Stingray, Dopplereffekt, Selfir, Cao, Sign Libra. Le 23 octobre au Planétarium Rio Tinto Alcan et à la piscine olympique, 4801, avenue Pierre-De-Coubertin.