Concerts classiques - Non à Sauron

Howard Shore l'a clamé haut et fort son ambition symphonique qu'il a présentée devant une salle pleine de groupies de l'oeuvre de Tolkien et des films de Peter Jackson. Dans le domaine du divertissement (cet entertainment hollywoodien qui pollue de plus en plus la Terre du Milieu que nous habitons), il est assurément efficace orchestrateur. Dans le domaine de l'art, c'est le Sauron que le Gandalf en moi doit pourfendre.

Shore veut l'Anneau, quoi qu'il en dise; «l'événement» le prouve, et tous les privilèges qui l'accompagnent, et dénature la musique. Son orchestre est amplifié avec une vulgarité repoussante pour qui sait ce qu'est le son d'un orchestre et il y avait lundi soir légions d'enfants et d'adolescents — vrais comme attardés — qui auraient pu bénéficier de cette première rencontre charnelle avec la musique. Naturellement, Hollywood ayant sa pernicieuse influence, on ne leur en a servi qu'un ersatz qui fut ovationné tant le système de consommation est bien rodé alors que le grand prêtre Shore ne rôde pas dans l'art.

Tout est suprêmement efficace pour camoufler la vanité de la coquille. On se retrouve dans la même situation qu'au XIXe siècle, à la naissance de la musique à programme. On peut lire sur le programme les divers épisodes de l'action, mais comme on ne fait pas confiance à l'alphabétisation du public, on joue sur sa bêtise en lui resservant les illustrations des livres — de manière fort gauche et niaise pour qui côtoie un peu les arts technologiques. Voilà la «profondeur» du «concept»!

On voulait créer un événement, oui, cela fut un événement social — et peut-être un peu sociétal. Jamais pourtant on ne fera croire à quiconque que cela est de l'art actuel. Il existe plein et plein de petits organismes, de musiciens indépendants qui n'ont pas le centième des moyens financiers mis à la disposition de ce genre de tromperie et où la vie se joue. Ici, l'existence vaine se donne en spectacle et se conforme dans une messe nouvelle manière menée par Shore.

Ce n'est pas désolant, seulement absolument révoltant. Ici on ne parle pas de changements ou d'évolutions: seulement de fruits qui se talent, désespérément pour offrir du fast food musical à un public qu'on espère pas trop instruit. Le public, Mahler entre autres l'a montré, vaut mieux! (Et il fallait voir les musiciens de l'orchestre bâiller sur scène... image fort explicite).