Face à face discographique pour Nagano et Nézet-Séguin

Yannick Nézet-Séguin
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Yannick Nézet-Séguin

Ce vendredi 14 octobre est la date de parution choisie à la fois par Atma pour le nouveau disque de l’intégrale Bruckner de Yannick Nézet-Séguin et par Decca pour celui de l’OSM et Kent Nagano : Danse macabre.

Danse macabre est un concept programmatique autour de Halloween. Il a été présenté et enregistré en concert fin octobre 2015. Il comprend une brève miniature de Charles Ives, Hallowe’en, et cinq oeuvres substantielles : L’apprenti sorcier de Dukas, La sorcière de midi de Dvorák, Une nuit sur le mont Chauve de Moussorgski, Tamara de Balakirev et la Danse macabre. L’oeuvre de Saint-Saëns donne son titre au disque, mais celle de Dukas l’ouvre, ce qui n’est que justice. Cet Apprenti sorcier, qui démarre presque mine de rien (sauf une gênante toux après 10 secondes), réserve d’excellentes surprises lors d’une impressionnante et spectaculaire montée en puissance.

Jadis, ce genre de programmes était voué, à l’international, au flop commercial pour une raison simple : les disquaires ne savaient pas où ranger les CD, qui finissaient dans l’oubli dans un coin, au chapitre « perles orchestrales ». La distribution devenant numérique, il sera intéressant de voir si les consommateurs achèteront des oeuvres isolées. Dans ce cas, le rare Tamara de Balakirev (la « version de référence » date de Thomas Beecham !) et L’apprenti sorcier peuvent tenter les acheteurs, La danse macabre, avec l’excellent Andrew Wan, possiblement aussi. Verdict plus partagé pour Moussorgski et Dvorák. Svetlanov pour l’un, Mackerras pour l’autre, plus quelques autres versions, nous donnent plus de vertiges orchestraux.

Yannick Nézet-Séguin poursuit au disque, pour le label québécois Atma, un cycle Bruckner avec la 2e Symphonie. Le chef croit vraiment à cette oeuvre délaissée, ici très travaillée et détaillée. Le chef québécois s’approprie de mieux en mieux l’univers du compositeur : les tempos sont plus justes, les forte plus nobles que jadis.

Cela dit, la partie plus fascinante de la « confrontation » est technique. Decca a adjoint Christopher Johns à Carl Talbot pour la plus grande prise de son jamais réalisée à la Maison symphonique de Montréal, dont on sent la respiration sonore, mais avec une inédite richesse des timbres, notamment une surprenante netteté dans les graves. Hélas, la présence du public est extrêmement perceptible et, en ce qui me concerne, gênante. Je n’achète pas un disque pour entendre des toux parasiter ainsi les passages pianos. Le poème de Dvorák est quasi affligeant de ce point de vue.

La captation d’Atma est moins riche, un peu trop sèche et crispée. Il y a une marge de progrès énorme pour l’enregistrement à venir de la 1re Symphonie. J’étais même plus satisfait du CD précédent, la 10e Symphonie de Mahler, pour laquelle des rideaux avaient été tirés au niveau balcon. Heureusement, le public est nettement moins perturbant.

Bruckner : Symphonie no 2

(édition Haas). Aussi : Danse macabre. Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Atma ACD2 2708.

2 commentaires
  • Daniel Desjardins - Abonné 14 octobre 2016 00 h 27

    Pourquoi le public?

    Serait-ce vraiment un luxe de faire l'enregistrement sans le public, le lendemain du concert?

  • Christophe Huss - Abonné 14 octobre 2016 08 h 51

    Pourquoi ? Réponse...

    Hélas oui: c'est un luxe qui se compte en pas mal de dizaines de milliers de dollars, ce qu'aucune vente de CD ne peut compenser [de toutes manières la charge des "frais artistiques" des enregistrements est supportée aujourd'hui par les orchestres].

    Depuis les disques Bernstein-DG des années 80 une expertise permet de faire des enregistrements en public lors de 2 concerts plus la générale ou 3 concerts et d'avoir le lendemain une petite séance de "patch" pour ce qui ne va vraiment pas et d'obtenir une finition quasiment identique à un disque de studio (voyez les Mozart - Nezet Séguin de DG, captés à Baden-Baden).

    Ce qui est nouveau dans Danse macabre c'est l'incroyable intensité (présence) et quantité des perturbations. Pour un peu on dirait que l'enregistrement n'a pas fonctionné pendant un des deux concerts, qu'on avait oublié de capter la générale et qu'il n'y avait pas de temps pour une session de patch et qu'un seul concert a ainsi été transféré en CD!

    De là, deux problèmes:

    Le premier est pour la suite des choses OSM-Decca. Le corrolaire d'une prise de son orchestrale aussi fabuleusement riche est-il forcément d'avoir une telle intrusion sonore du public ? Ce serait très dommage.

    Le second, pour ce disque précisément, est la tolérance d'auditeur pour ces nuisances. C'est là un facteur subjectif très individuel, qu'il est impossible de trancher. Certains vous diront "c'est insupportable" d'autres, tout aussi sincères, "je n'ai pas fait attention, tellement la musique était bien".
    Pour ma part, personnellement, et c'est bien la seule chose qui me rapproche de Pierre Boulez, le disque étant un objet de reproduction sonore, savoir à l'avance que Lucien Tremblay du siège S24 va tousser pendant le solo de clarinette à 3mn22 m'horripile. Je n'achète pas un disque pour ça, sauf si c'est un témoignage historico-artistique rare...
    CH