Le poète et la chanteuse: un tandem gagnant

Marie-Nicole Lemieux
Photo: Yves Renaud Marie-Nicole Lemieux

Voilà un spectacle qui donne à réfléchir et appelle à être repris non seulement en régions, mais aussi dans des pays de la francophonie ou des festivals autour de la langue française. L’invitation au voyage apparaît d’ailleurs comme un incontournable au palmarès des prochains prix Opus, car l’approche neuve (du moins ici), pertinente et éclairante atteint son but.

La mélodie émane de la poésie, mais les deux genres ne se rencontrent pas habituellement sur scène. L’invitation au voyage, autour de la poésie de Baudelaire, scénarisé et mis en scène par Raymond Cloutier, mêle les deux arts et montre, sans tomber dans une démarche didactique ou répétitive, comment le poète nourrit le musicien et comment le grand musicien (immense dans le cas d’Henri Duparc) illumine le poète.

Le spectateur perçoit aussi très bien comment un compositeur impose un rythme contraignant à un texte, rythme auquel on préfère parfois celui imprimé par l’acteur, surtout de la trempe de Raymond Cloutier. L’albatros, qui ouvre le spectacle et qui est resservi en rappel, est un excellent exemple à mes yeux de la possible supériorité de l’épure des mots. La transition vers « Le Poète est semblable au prince des nuées… » est trop magique dans la bouche d’un grand acteur. Par contre, Duparc apparaît vraiment comme « le » musicien de Baudelaire, avec La vie antérieure (ah !, cette hallucinante moiteur sur « Des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs… ») et L’invitation au voyage.

Ni didactique ni répétitif : le parcours marche bien parce que Raymond Cloutier et Marie-Nicole Lemieux, qui restent en permanence sur scène — l’une sur une méridienne, l’autre assis à une table, quand le partenaire est à l’oeuvre — ont résisté à la tentation de juxtaposer trop souvent le même poème, en version parlée puis chantée.

Le rythme est bon : 7 poèmes, 12 mélodies. Le dispositif est juste, les projections de tableaux aussi. L’alternance permet de mieux concentrer et sur l’un et sur l’autre et au final tout le monde sort gagnant : Baudelaire et les compositeurs, dont l’art est si bien éclairé par le contexte, la diction et l’engagement de Marie-Nicole Lemieux.

Ce spectacle, par nature, peut toucher les amateurs de poésie, de théâtre et de musique. Au final, il devrait amener un public nouveau à la mélodie française.

L’invitation au voyage

Baudelaire en paroles et en musiques. Mélodies de Chausson, Duparc, Ferré, Fauré, De Séverac, G. Charpentier et Debussy sur des poèmes de Baudelaire. Poèmes dits par Raymond Cloutier, mélodies chantées par Marie-Nicole Lemieux et accompagnées par Daniel Blumenthal. Scénario et mise en scène : Raymond Cloutier. Théâtre Outremont, mardi 4 octobre 2016.

1 commentaire
  • Serge B. Melançon - Abonné 5 octobre 2016 13 h 16

    SB SB Melançon, fidèle abonné des prestations de Diva Lemieux au QC

    Monsieur Huss, j'apprécie la justesse de vos commentairesur quant aux performances de la Diva et de l'Acteur, vous auriez toutefois pu reconnaître l'interprétation éclatante mais respectueuse du pianiste Daniel Blumenthal.
    Peut-être l'avez vous simplement oublié... il était entre la méridenne et la table!