Les métissages lumineux de Solawa

Solawa renferme tout naturellement cette lumineuse sagesse apaisante qui s’élève tout doucement au-dessus des modes.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Solawa renferme tout naturellement cette lumineuse sagesse apaisante qui s’élève tout doucement au-dessus des modes.

Lauréat de quatre coups de coeur à la Vitrine des musiques locales métissées l’an dernier, Solawa est l’une des plus belles découvertes montréalaises de la dernière année. Aux confins des métissages entre culture autochtone, chanson québécoise ou latino-américaine, spoken word, jazz et autres musiques métissées d’un parfum d’Orient et de sonorités juives, le quintette lance lundi son premier disque à la Vitrola. Solawa renferme tout naturellement cette lumineuse sagesse apaisante qui s’élève tout doucement au-dessus des modes.

« Il faut libérer nos histoires, nos paroles, nos chansons. Il faut les goûter, les toucher et favoriser l’expérience sensuelle », disait l’artiste métisse multidisciplinaire Moe Clark dans une entrevue accordée au printemps. Cette semaine, nous avons rassemblé les quatre autres membres du groupe ; chacun à leur façon, ils ont parlé du caractère naturel des métissages qui se dégagent de, ou plutôt qui engagent leur création. Jean Félix Mailloux, contrebassiste aux notes rondes et denses, a mis le projet en oeuvre à l’automne 2014. « Dès le début, ç’a été plus un mélange qu’une suite de compositions que chacun apporte. C’est ce que j’avais envie de créer et ç’a été au-delà de mes espérances. Dans les autres projets, mes compositions sont plus achevées, mais ici, je crée des pièces pas finies pour laisser de la place aux autres. »

Dans chacune des pièces, chacun apporte ses couleurs et sa personnalité. Moe Clark chante et raconte des histoires dans la musique, Damian Nisenson fait respirer ses saxophones et ses chansons poétiques, Jean Félix Mailloux apporte une teinte de jazz voyageur, pendant qu’Éveline Grégoire-Rousseau fait de douces vagues à la harpe et que Ziya Tabassian explore aux percussions des sonorités qui ne sont pas qu’orientales. « Ce sont cinq univers qui se marient de façon très naturelle, dit-il. Ça m’a fait grandir, dans le sens où il y a plus de chansons et où j’étais moins habitué à en jouer. Je suis allé chercher un peu de batterie et j’utilise aussi le tombak, mais j’ai laissé ça ouvert, sans forcer. » Ailleurs, on a connu Ziya avec Constantinople ou par ses projets très singuliers de construction rythmique. Actuellement, il mène les destinées de Golestan et on le retrouve aussi dans le groupe Regard persan.

Depuis une douzaine d'années, j'ai voulu démystifier la harpe. J'arrive à faire un peu tous les styles et tous les styles m'influencent. 
 

 

Tout au long du parcours de Solawa, la harpiste Éveline Grégoire-Rousseau se fond dans la finesse de l’ensemble avec un son fluide, en offrant des clins d’oeil au piano à pouce africain, à la guitare rythmique sud-américaine et même aux cordes orientales. Elle s’accompagne en chantant les étoiles, improvise et offre aussi quelques subtiles claques rythmiques. De formation classique, elle contribue, avec les Sarah Pagé des Barr Brothers ou Emilie Ogden, au regain d’intérêt pour son instrument. « Depuis une douzaine d’années, j’ai voulu démystifier la harpe. J’arrive à faire un peu tous les styles et tous les styles m’influencent. J’ai une harpe électrique, des pédales à effets, de la distorsion et du délai, mais avec Solawa, je joue de la grande harpe classique avec les mécanismes à pédale. »

Dans le groupe, chacun compose, alors qu’Éveline écrit des textes teintés de nature, que Damian se livre à des images abstraites pourtant inspirées de la vie et que Moe libère en cri des plaines ou en anglais les images de son bagage culturel. « Il y a tellement de musique dans ses paroles, même si on ne les comprend pas. Ce qui rend un texte poétique, ce n’est pas seulement le contenu émotionnel et ce que dit Moe, c’est surtout la façon dont elle le dit : ça voyage, c’est d’une douceur, c’est d’une profondeur extraordinaire. » Avec ses complices, elle fait rêver en créant un climat de douce euphorie.


Solawa - Légende

Solawa

Solawa Malasartes. Concert de lancement à la Vitrola, le lundi 3 octobre à 20 h.