Concerts classiques - Plein de petites perles

Le concert s'appelait Romantisme X-trême, ce romantisme relativement intimiste qui va du choeur de salon à la mélodie la plus géniale, de la partition conservatrice à la plus avant-gardiste vision. Encore une fois, Peter Schubert et ses choristes ont fait découvrir et réentendre des musiques qui ne se que fort rarement montées ici. Il y a du répertoire carrément moche, comme les suaves et trop sucrés choeurs de Saint-Saëns qui ouvrent le programme. La magie du concert réside toujours dans le fait que quand cela est bien fait, on y croit quand même, et à fond.

Dire que ce fut bien fait reste une sorte d'euphémisme. L'homogénéité du choeur, la clarté de la diction le plaisir amoureux à mettre le moindre petit détail en place, tout cela emplit à flot la salle Pollack. Il s'agissait d'un de ces moments de concert où l'interprétation transcende la composition, instants toujours gratifiants. Des petits bijoux comme cela, VivaVoce en livrera beaucoup. La liste exhaustive deviendrait fastidieuse. Certes, on déplore ici et là un léger fléchissement dans la pureté de l'intonation, une soprano à l'attaque parfois un peu fragile ou un ténor qui force un peu; nous sommes en contexte de concert-bénéfice, cela atténue les réserves. Surtout, cela rend les pièces vraiment réussies encore plus appréciées — et il y en eut beaucoup.

S'il fallait retenir un temps marquant du concert, ce serait le Friede auf Erden (Paix sur Terre), op. 13, de Schoenberg. Le choeur se divise à huit voix pour un maximum de richesse harmonique, les registres extrêmes sont archi-sollicités; le chromatisme à outrance qui côtoie les harmonies de quarte pose des problèmes sérieux aux interprètes. Ils les ont tous résolus. Peter Schubert a insufflé à son ensemble le sens de la profonde et transcendante beauté de cette page. C'est aussi d'ailleurs une chose qu'à son habitude il a fort bien expliquée au public, à savoir qu'est-ce qui fait qu'on touche musicalement au sublime. La démonstration était aussi brève qu'éloquente, rendue avec un chic unique. Il n'y a que très peu de choeurs de chambre «réguliers» à Montréal, un vide que VivaVoce commence à combler avec une qualité exceptionnelle.

Concert-bénéfice, donc invités: Marie-Nicole Lemieux et Michael McMahon. La voix de notre nouvelle star du contralto s'épanouit chaque fois davantage. Elle présentait quelques lieder de Schubert et Brahms, entre autres. Ici encore, on retient les deux extrêmes; La Jeune Fille et la Mort fut d'une indifférence épouvantable — et la cantatrice n'a même pas osé aller chercher le lugubre grave du dernier mot «Schlafen».

Cela heurte d'autant plus que la version qu'elle a livrée de la Standchen (Sérénade) avec les hommes de VivaVoce fut splendide. Ses prestations furent toujours de très bonne qualité vocale, ce qui permet de pleinement goûter son timbre splendide, généreusement déployé. Simplement, elle est encore à l'étape où elle apprivoise ce répertoire parfois lourd de sens et d'histoire. Partout, le piano de Michael McMahon fut irréprochable et bellement sonore comme agissant.

En rappel, la cantatrice se lance dans un petit tour de force, ravissant le public avec la Habanera de Carmen. Ô, Marie-Nicole Lemieux va très bientôt s'avérer une Carmen redoutable. Prenons garde à nous!