Quinze bourses pour la chanson

Mara Tremblay a reçu le prix Gilles Vigneault assorti d’un chèque de 10 000 $.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Mara Tremblay a reçu le prix Gilles Vigneault assorti d’un chèque de 10 000 $.

Cela se passe à pareille date chaque année, au siège social de la Banque Nationale, et cela avait lieu ce lundi : remise de prix par la Fondation de la Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec (SPACQ). C’est pour l’essentiel un souper entre gens notables du monde de la chanson et du monde de l’entreprise, avec des présentateurs de prestige et des lauréats, et surtout, des chèques à la clé. À Mara Tremblay, notamment, pour sa « carrière en marche », le prix Gilles Vigneault, assorti de 10 000 $. À l’as harmoniciste Guy Bélanger, le prix André Gagnon de la musique instrumentale : 10 000 $. Et ainsi de suite. Quinze bourses, onze fois 10 000 $, quatre fois 5000 $: faites le calcul. Beaucoup d’argent.

Cela arrive peu ou pas, un tel pactole, dans notre monde de la chanson. Ou bien on fait des neuvaines dans l’espoir d’une subvention, ou alors on décroche la timbale dans un concours. Et de plus en plus, signe de temps difficiles et de solidarité, on procède par sociofinancement pour qu’un disque existe. Que la Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec s’associe à de grandes entreprises, une institution financière, un assureur, des magnats des médias, constitue l’exception dans un système où la culture de la fondation n’est pas dans l’ordre naturel des choses.

Inespéré

Bref, ce n’est pas négligeable. Pour un Joseph Edgar et un Mehdi Cayenne, se partager le prix de la « francophonie canadienne », décerné par Édith Butler, change considérablement la donne. Même apport significatif pour Klô Pelgag et Philippe Brach : leur prix André-Dédé-Fortin ne compte pas pour des prunes. Pour le « pilier de la chanson acadienne » Ronald Bourgeois, un tel prix relève du franchement inespéré.

La Fondation souligne aussi l’ensemble de l’oeuvre d’artistes vétérans : au podium ont été appelés les François Guy, Marc Drouin, Michel Pagliaro, Claude Dubois, Diane Dufresne, René Dupéré, Roch Voisine, Robert Charlebois. On ne débattra pas ici du mérite des uns et des autres, ni du processus de sélection, mais c’est chaque année l’étrangeté de cette remise : un petit côté on-se-récompense-entre-nous. Ainsi, lundi, Robert Charlebois remettait le prix Robert Charlebois à Roch Voisine, et le prix Sylvain-Lelièvre revenait à… Robert Charlebois.

Cela n’aura pas empêché une Mara Tremblay de sortir heureuse et honorée. C’est encore le meilleur calcul.