La Maison symphonique et la salle Bourgie soufflent leurs cinq bougies

Inaugurée le 7 septembre 2011, la Maison symphonique a permis d’améliorer l’expérience musicale des spectateurs, tout comme celle des musiciens.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Inaugurée le 7 septembre 2011, la Maison symphonique a permis d’améliorer l’expérience musicale des spectateurs, tout comme celle des musiciens.

L’année 2011 fut majeure pour la diffusion musicale à Montréal, avec l’ouverture de la Maison symphonique, le 7 septembre, suivie, le 28 septembre, par celle de la salle Bourgie dans l’ancienne église Erskine and American de la rue Sherbrooke. Cinq ans plus tard, quel bilan en tirer pour la diffusion de la musique à Montréal ?

Si la Maison symphonique de Montréal était très attendue, et depuis longtemps, la salle Bourgie est venue comme un cadeau de la part du mécène québécois Pierre Bourgie. Ces deux salles ont comblé, chacune à leur manière, un vide plus ou moins patent.

Une salle est certes caractérisée par son architecture et son acoustique, mais en premier lieu elle est définie par sa jauge (ou capacité) qui délimite son créneau d’utilisation.

La Maison symphonique est une salle d’une capacité de 1850 à 2100 sièges, selon que l’on utilise, ou non, les places situées à l’arrière de la scène. Le parterre seul a une capacité de 800 sièges, ce qui en fait potentiellement une salle de musique de chambre de luxe.

Avec 440 sièges, la salle Bourgie est, disons, une salle de musique de chambre, un rien petite par rapport aux 600 places de la salle Pollack, dont elle a récupéré un certain nombre de projets. Dans cette logique, on comprend que le Ladies' Morning Musical Club soit resté fidèle à Pollack : comme ses concerts sont remplis à 80 % par des abonnements, ces 160 sièges supplémentaires ont leur importance pour le bilan financier.

Parlons acoustique

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Inaugurée le 7 septembre 2011, la Maison symphonique a permis d’améliorer l’expérience musicale des spectateurs, tout comme celle des musiciens.

Il est toujours très périlleux de décréter par anticipation qu’une salle sera miraculeuse sur le plan acoustique. Il avait été claironné que ce serait le cas avec la Maison symphonique. Ce qu’on en a entendu le 7 septembre 2011 n’en fut que plus confondant : une acoustique présente et brillante, certes, mais une réverbération de hall de gare, un paramètre pourtant a priori calculable et maîtrisé. Le problème a été jugulé par un abaissement important du plafond modulable. Personne ne nous fera croire qu’une mesure aussi radicale était prévue. Par ailleurs, le positionnement sur scène voulu par Kent Nagano (un orchestre étagé en hauteur) a dû être abandonné. À nos oreilles, c’est la disposition utilisée par Yannick Nézet-Séguin, Valery Gergiev et Ivan Fischer, avec les contrebasses alignées au fond, qui fonctionne le mieux.

Lorsqu’ils jouent à Montréal le programme présenté la veille à Québec, les Violons du Roy doivent s’adapter en un temps record, car les caractéristiques du Palais Montcalm à Québec (riche en graves) et de la Maison symphonique (très claire et aux graves pauvres) sont opposées.

Notons que le prétendu « coefficient d’absorption » des sièges, qui nous avait été tant vanté, s’est avéré un leurre : la différence acoustique entre siège vide et siège occupé est très grande et, lorsque le parterre seul est ouvert au public, il convient de tirer des rideaux en hauteur pour absorber un peu le son qui s’y dilue.

L’acoustique de la salle Bourgie est bien plus prévisible : c’est clair, immédiat, un rien dur et facilement saturé. Au-delà d’une douzaine de musiciens, l’expérience devient assez stressante (et ne parlons pas du gamelan que j’y ai entendu une fois), mais cela convient aux pianistes, aux quatuors et orchestres de chambre (I Musici, Violons du Roy, Arion) en petite formation.

Une salle plus fonctionnelle

La Maison symphonique de Montréal répond aux besoins qui ont mené à sa réalisation : elle représente une amélioration qualitative majeure par rapport à la salle Wilfrid-Pelletier, les musiciens s’entendent mieux sur scène et sentent la présence du public pour lequel ils jouent. La présence sonore permet de programmer Haydn ou Bach et d’en livrer des interprétations aux raffinements accrus, perceptibles par le public. Ce dernier peut vivre une expérience musicale beaucoup plus physique, forte et « impliquante ».

Le passage salvateur d’une « maison de l’OSM » (illusion initiale de certains) à une salle de concerts symphoniques en bonne et due forme ne s’est pas fait complètement dans les mentalités. L’accès d’autres présentateurs à la Maison symphonique, dans les journées libérées par l’OSM, leur donne souvent des sueurs froides, d’autant que les dates libérées le sont en général 18 mois avant le début des saisons musicales, un délai trop court pour attirer certains artistes très demandés. Une salle aussi accueillante a néanmoins remis Montréal sur la carte des tournées orchestrales. L’Orchestre symphonique de Boston et, plus tard, celui du Mariinski de Saint-Pétersbourg nous visiteront en 2017.

Un marché sursaturé ?

Le « tôlier » de la salle Bourgie est la Fondation Arte Musica, qui organise en propre ou coproduit près de 90 concerts par an et loue la salle à des organismes tels I Musici, Arion ou l’Orchestre de chambre McGill. La salle Bourgie a répondu à un besoin criant au parfait moment : l’Université McGill voulant récupérer les salles Pollack et Redpath pour ses besoins propres, il y avait engorgement. Les organismes précités, mais aussi le Festival Bach ou d’autres protagonistes, ont trouvé en la salle Bourgie un lieu idéal pour se produire.

Par contre, l’offre nouvelle de plusieurs dizaines de concerts est venue sursaturer un marché dans lequel l’offre était déjà élevée par rapport à la demande. Les récitals de solistes ou concerts de musique de chambre concurrencent directement l’offre du Ladies' Morning et de Pro Musica.

Le portrait ne serait pascomplet sans mentionner l’apport majeur des équipements des deux salles. La salle Bourgie renferme une collection d’instruments anciens, collection à laquelle devrait s’ajouter prochainement un pianoforte. La Maison symphonique dispose, grâce à Jacqueline Desmarais, de l’un des plus beaux orgues symphoniques en activité et, grâce au mécène David Sela, de deux pianos Steinway exceptionnels, choisis par Emanuel Ax et Till Fellner. Ces instruments de top niveau mondial concourent évidemment à l’attractivité des lieux aux yeux des solistes internationaux.