El Kady, la trace d’un pionnier

El Kady
Photo: Freddie Icart El Kady

Il était de feu et d’exubérance, de sensualité et d’engagement, de transculture et de créolité, de poésie et de musique rassembleuses. El Kady s’est éteint le 12 septembre de l’an dernier et en guise d’hommage, d’excellents musiciens montréalais montent sur la scène du MAI ce vendredi pour recréer quelques-unes de ses chansons. Il en avait composé plus d’une centaine et en avait gravé sur disque dès le milieu des années 1980. Il fut l’un des premiers Québécois à établir des ponts artistiques entre la Guinée-Bissau ou l’Afrique de l’Ouest, d’où il venait, et le reste du monde. Il était de culture multiple et durant toute sa vie, il s’est battu pour l’éducation et la poésie.

« Avec lui, chaque instant est un instant de création, c’est la vie poétique. Chaque geste, chaque mouvement, chaque regard étaient devenus musique, surtout dans les dernières années. Il suivait ce chemin-là très intensivement, se souvient Sami, sa partenaire de vie et de création. Il était très structuré, mais en même temps très créatif. Il avait fait son service militaire au Portugal, comme parachutiste. C’était ça ou la guerre. Il a eu un parcours. Il allait de pays en pays. Il fuyait. Il y avait la guerre là-bas. En Afrique. Dans son pays. Toutes ces guerres avec les Portugais. Mais pour lui, tout était permis dans la création : il n’y a pas de fin, pas de destination, c’est un chemin. »

Combattre l’analphabétisme

Arrivé au Québec avant le référendum de 1980, il ne met pas de temps à se signaler. Le poète Yves Alavo, qui fut l’un de ses proches, en témoigne. « C’était un gars très critique de la société et dans le milieu culturel, il apportait une espèce de remise en question perpétuelle. Et pour lui, l’éducation était la chose la plus importante, son cheval de bataille. Il a consacré une grande partie de sa vie à donner des cours de français langue seconde. Il avait une approche. Il trouvait qu’il y avait une brutalité dans l’analphabétisme. Il fallait que tout le monde ait accès à la lecture, à la maîtrise des codes. Il soutenait la cause du français au Québec et voulait en faire un outil de libération et de métissage entre les identités, quelles que soient les origines des gens ».

Son verbe était métis, tout comme sa musique. Trois disques parus entre 1984 et 1995 révèlent sa musique de « l’African beat de l’an 2000 » comme il se plaisait à la présenter. Dès le début, on en retient une volonté de se démarquer de la folklorisation, mais en conservant les bases de son apprentissage : « Il avait acquis la culture profonde que lui avaient léguée ses grands-parents et il avait toujours ce lien avec les contes, les histoires et les rythmes. Il faisait de la percussion, de la guitare, il savait danser et chanter. C’est un art qui n’a pas de frontières. Pour lui, la musique était un véhicule de combat pour imposer la culture comme étant, avec l’éducation et l’agriculture, l’un des trois grands pôles de développement d’une société », explique Yves Alavo. Et ses mots étaient autant d’appels à l’unité, à la culture mondiale, aux idéaux de partage et d’entraide, aux grandes valeurs africaines, dont le respect de la personne.

Depuis deux décennies, Ricardo de Castro Fernandes Pellegrin El Kady a évolué davantage vers la qualité de la vie intérieure, la méditation et une musique plus épurée. En font foi les deux disques qu’il a fait paraître en duo avec Sami et ce tout nouveau Musicanto, magnifique solo qui fait ressortir la sensualité de sa poésie sur une musique dépouillée, trempée dans une atmosphère de liberté. Une autre trace du pionnier.


El Kady et Sami – Brave gens (paroles de Victor Hugo)

El Kady. Un héritage à partager

Avec Sami, André Faleiros, Sacha Daoud, Harold Faustin, Luc Gilbert, Vovô, Jean-Pierre Zanella et Brian Cezair au MAI, vendredi 16 septembre à 20 h. Renseignements : 514 982-1812, m-a-i.qc.ca/fr/