Charles Richard-Hamelin livre un album sans compromis

Pour son second album, Charles Richard-Hamelin a été enregistré en public au Palais Montcalm de Québec, le 11 mai dernier.
Photo: Elizabeth Delage Pour son second album, Charles Richard-Hamelin a été enregistré en public au Palais Montcalm de Québec, le 11 mai dernier.

Un début de la saison classique aussi chaud que la météo permet de combattre toute tentation de morosité, tout défaitisme et tout renoncement. Après une Virée classique ralliant 60 000 personnes et un concert d’ouverture de l’OSM donné quatre fois, c’est le concert de Charles Richard-Hamelin lançant mercredi soir la saison de la salle Bourgie qui a demandé l’organisation de trois représentations supplémentaires ! Le pianiste y jouera le programme de son nouveau disque, paru vendredi dernier.

Pour son second CD, Charles Richard-Hamelin a été enregistré en public au Palais Montcalm de Québec le 11 mai dernier, avec quelques corrections subséquentes, comme il est d’usage lorsqu’un concert est appelé à devenir un disque.

Il n’y a, dans le disque Charles Richard-Hamelin Live, ni compromis dans la qualité de l’exécution ni dérangements qui résulteraient d’un public bruyant. On perçoit quelques toux, celle qui gêne le plus se trouvant dans l’exposition de la 3e Ballade de Chopin, et de rares extinctions de notes un peu chuintantes, qu’on aurait sans doute éradiquées en studio. Le Palais Montcalm, un récent CD Atma des Violons du Roy dans Vivaldi nous l’a prouvé, est par ailleurs un excellent lieu pour enregistrer, et les ingénieurs du son en ont profité.

De nouveaux chemins

Le CD témoigne d’une grande intelligence dans l’enrichissement du répertoire. Le nom de Charles Richard-Hamelin reste associé à Chopin, mais le pianiste sort du « tout-Chopin » en abordant Beethoven et en ramenant au répertoire la 2e Suite d’Enesco (ou Enescu en roumain).

Sous-titré Des cloches sonores, cette suite en quatre mouvements (toccata, sarabande, pavane, bourrée) est une pure merveille. Charles Richard-Hamelin y supplante nettement, dès la toccata, la terne et prudente version de Cristian Petrescu (intégrale Enesco chez Accord), car il est plus vif, plus fluide, plus sonore et mieux phrasé. Il devance aussi, à mon sens, la version tirée nouvelle intégrale en cours de Josu de Solaun chez Grand Piano (distributeur Naxos), car son imaginaire sonore est plus vaste.

Production sonore

Richard-Hamelin donne vraiment à l’Opus 10 d’Enesco un caractère de suite en style ancien alors que De Solaun est davantage obnubilé par la puissance et la carrure rythmique, faisant sonner Enesco comme du Rachmaninov.

Nous avons déjà parlé à de nombreuses reprises du sens de la production sonore de Charles Richard-Hamelin. Le disque nous amène à mettre cette fois l’accent sur la conduite des phrases, qui donne un caractère inhabituel à son approche d’Enesco et fait le prix de ses Rondos op. 51 de Beethoven et de ses interprétations de Chopin, en général, et de la Polonaise op. 53, jamais assénée, en particulier. Le piano de Charles Richard-Hamelin respire avec une sorte de naturel inné, faisant du Nocturne op. 55 no 2 le sommet du disque.

Nous reviendrons plus en détail sur cela lors du commentaire du concert à venir, mercredi — attention : il ne reste qu’une centaine de places pour la supplémentaire du 19 septembre, les trois autres concerts sont complets. D’ores et déjà, le disque permet à chacun de se connecter, chez soi, à cet univers qui fait chaud au coeur.

Charles Richard-Hamelin Live

Beethoven : Rondos op. 51 nos 1 et 2. Enesco : Suite no 2, opus 10. Chopin : Ballade op. 47, Nocturne op. 55 no 2, Introduction et rondo, op. 16, Polonaise op. 53. Analekta AN2 9129