Concerts classiques - Les plaisirs de la complicité SMCQ

Raynald Arseneault: Dunes, op. 6; Vincent Collard: Eaux de lune (2004); Luciano Berio: Sequenza 1 per flauto solo; Claude Vivier: Pièce pour flûte et piano (1975); Kaija Saariaho: NoaNoa (1992); Giacinto Scelsi: Quattro Illustrazioni pour piano; Serge Arcuri: Fragments (1997); Pierre Boulez: Sonatine (1946). Lise Daoust, flûte; Louise Bessette, piano. Salle Pierre-Mercure, le 19 février 2004.

Sitôt les premières notes du concert entonnées, on se retrouve immédiatement dans une atmosphère conviviale. On le sait un peu, on le sent beaucoup, l'amitié et la longue association entre Lise Daoust et Louise Bessette ne laissent pas indifférent. Alors, que ce soit dans Dunes de Raynald Arseneault, la Pièce pour flûte et piano de Vivier ou la Sonatine de Boulez, la connivence, l'ensemble et la communauté de compréhension de la lecture et de l'interprétation font merveille. Un son part de la flûte, et le piano ou bien s'en fait l'écho, ou bien le rompt au moment juste.

L'inverse est aussi vrai: on suit sensiblement comment un son est attaqué au piano pour ensuite se prolonger dans le souffle de la flûtiste. Cette chimie n'est pas celle des gens qui jouent en même temps car on compte la mesure; elle est de celle, rare, d'artistes qui respirent la musique au même rythme. Donc, sur le strict plan de la musicalité, on est ravi.

Certes, peut-être que Lise Daoust aurait pu projeter un peu plus — le souvenir de grands soirs teinte ici l'écoute — et que Louise Bessette aurait pu mieux timbrer son instrument plutôt que de simplement le faire sonner. Il manquait ce tout petit brin d'électricité pour que le confort technique ne fasse que nous laisser sur notre siège. Ceci étant, si on étudie le menu, on admire certaines choses.

D'abord, le fait que Vincent Collard a livré, dans ce genre si impossible de la musique pour flûte et piano, une belle oeuvre. Il use peut-être un peu trop des changements d'instruments (piccolo, flûte et flûte alto), mais cela reste secondaire tant il cherche au-delà de ce que l'instrument peut donner, forçant donc l'interprète à aller plus loin.

Ensuite (pardon pour le chauvinisme), la Pièce pour flûte et piano de Vivier, une oeuvre au fond un peu mineure dans le corpus de ce compositeur, montre encore toute sa force et fait pâlir bien des imitateurs en ce temps d'hiver. La partition est toujours vraie, les interprètes le sont tout autant, la musique qui en ressort aussi. La Sonatine du jeune Boulez retrouvait également toute sa force contestataire de l'époque de sa création, où Ravel était un musicien moderne.

Le grand moment du concert a été NoaNoa, de la Finlandaise Kaija Saariaho. Ici, électronique et instrument se marient à la perfection grâce à la vision de la créatrice et à la façon de faire de l'interprète. Sons neufs, environnement complètement ouvert sur les horizons qui ne savent se contenter de l'héritage acoustique et émotif, voilà ce qui fait le cadre, qui pourrait n'être que superficiel. Avec Lise Daoust, cette manière de faire la musique, de la penser et de la jouer envahit la salle de manière tellement naturelle et stimulante qu'on reste accroché à suivre comment le mot du texte (car il y a parole comme notes) devient note de solfège — ou vice-versa — et que la musique arrive à nous ouvrir des territoires impensés de sensibilité.

La Sequenza de Berio pour flûte comme les Illustrazioni de Scelsi laissent malheureusement plus froid. Flûtiste comme pianiste, ici entendues en solistes, ne s'investissent pas trop, se contentent de faire de la musique alors qu'ailleurs elles faisaient la musique. Techniquement, aucun reproche, que des éloges. Artistiquement, un léger flou, celui non pas de l'indifférence mais du côté mécanique du métier. Ce n'est pas mauvais: simplement, cela laisse un soupçon d'ordinaire face aux achèvements dans lesquels on aimerait toujours pouvoir nager.