Hommage à Sonia del Rio, une artiste flamboyante

Abitibienne de naissance, Sonia del Rio s’est embarquée pour l’Europe dès 1960 dans le but d’atteindre les plus hauts niveaux.
Photo: Juan de Gyenes Abitibienne de naissance, Sonia del Rio s’est embarquée pour l’Europe dès 1960 dans le but d’atteindre les plus hauts niveaux.

À la fois danseuse de ballet espagnol et de flamenco, Sonia del Rio (Boivenu) a fait vibrer son art sur les plus grandes scènes internationales, avec les plus importants chorégraphes de son époque, alors que dès 1960 elle s’embarquait pour l’Europe dans le but d’atteindre les plus hauts niveaux. En 1998, elle reçut le Lazo de Dama de la Orden de Isabel la Católica, la décoration la plus élevée accordée à une artiste étrangère : un exploit pour cette Abitibienne de naissance qui est honorée pendant toute la durée du 5e Festival flamenco de Montréal.

« Elle montera sur la scène les 15 et 16 septembre pendant mon spectacle et celui de la Otra Orilla », explique Caroline Planté, la guitariste, codirectrice et directrice artistique du festival. « J’ai demandé aux artistes de lui dédier une pièce de leur spectacle et, dans le mien, on projettera des extraits de vidéos d’elle. Il va aussi y avoir mon père Marcel, le chanteur El Chele et Kristin Molnar, qui l’ont accompagnée. Sonia vient d’une génération flamboyante. Elle a connu l’époque des gros ballets flamencos et s’est produite à La Scala. Elle est aussi flamboyante que son époque. »

Nous avons joint quelques autres artistes du festival qui ont également collaboré avec la pionnière, à commencer par la violoniste-chanteuse Kristin Molnar, qui fut bercée par elle. « Ce qui est intéressant, c’est que Sonia a précédé 1967 et la vague d’immigration qui est arrivée par la suite. J’ai fait mes premiers pas de danse de flamenco avec elle. À Montréal, il y en a plusieurs qui ont commencé avec elle. » Même que le guitariste Marcel Planté l’avait remarquée à la Place des Arts vers 1963-1964, alors qu’elle faisait partie de la troupe de Jose Greco. « Sonia est une passionnée qui va toujours être amoureuse de son flamenco et de sa danse espagnole. Elle a plus d’énergie que bien des gens de 40 ou 50 ans. »

Quant au guitariste Pierre Le Duc, il l’avait remarquée lorsqu’elle avait fait la couverture de la section Perspectives de La Presse en robe de flamenco devant une grange. « Elle avait de bonnes castagnettes, ce qu’on voit moins souvent aujourd’hui. Elle dansait bien et avait un port très altier, ce qui est sa marque de commerce. »

En mars dernier, Monique Khouzam-Gendron et Pascale Garber ont fait paraître Vivre ma vie et danser, une excellente biographie de Sonia del Rio. Jointe par téléphone en France où elle habite maintenant, la danseuse parle de sa démarche. « Je maîtrise les quatre formes de danse espagnole : la danse stylisée, le folklore du sud de l’Espagne, l’école du boléro et le flamenco. Je me sens beaucoup mieux dans ce qu’on appelle la danse stylisée. J’adore danser les grands maîtres comme Albeniz et Manuel de Falla. Le flamenco, je le ressens, mais lorsque je dansais dans les compagnies, ce qu’on remarquait de moi, c’était plutôt la danse stylisée, classique et dramatique. Je suis également concertiste aux castagnettes. On n’est pas beaucoup, dans le monde, à faire ça. »

Sonia del Rio se dit dans la lignée d’Antonio Gades, avec qui elle a débuté en 1961. Elle parle aussi de ce qu’elle considère comme « l’explosion du flamenco à Montréal » depuis 2005. Elle nomme les anciens, comme Roger Lapierre et Marcel Planté, mais aussi les plus jeunes, parmi lesquels Chloé Brûlé, Myriam Allard et Marie Parisella, qui seront au Festival flamenco. À 76 ans, Sonia del Rio est encore un moulin à paroles.

Le festival Flamenco de Montréal

À la Sala Rossa, au théâtre Rialto, au théâtre Outremont et dans d’autres lieux, du 10 au 17 septembre. Renseignements : 514 969-6128.