Les enregistrements historiques de Deutsche Grammophon : incunables ou rogatons ?

Le coffret cubique de 50 cd regroupe des enregistrements monophoniques de l’après-guerre.
Photo: Source Deutsche Grammophon Le coffret cubique de 50 cd regroupe des enregistrements monophoniques de l’après-guerre.

Deutsche Grammophon édite un coffret cubique de 50 CD regroupant des enregistrements monophoniques de l’après-guerre. Quel intérêt aujourd’hui ?

Après le fascinant coffret Decca – The Mono Years, mine d’or dans laquelle refaisaient surface des trésors oubliés, Universal se livre au même exercice avec le catalogue DG. Est-il aussi passionnant ?

La réponse est « pas vraiment ». Certes, il y a dans ce coffret des enregistrements gigantesques : la 10e de Chostakovitch d’Ancerl, la 2e de Rachmaninov de Sanderling avec Leningrad, la 9e de Schubert par Furtwängler ou airs de Wagner par Wolfgang Windgassen. Il y a aussi les premières gravures de Sviatoslav Richter, Lorin Maazel, Fischer-Dieskau et des disques de Fricsay, Haskil, Kempff ou même Paul Hindemith dirigeant sa musique.

Raretés pointues

Ces grands vrais jalons de l’histoire de l’enregistrement ont été disponibles sous des formes diverses lors de ces 25 dernières années. L’épine dorsale de ce type de publications, ce sont les enregistrements inédits en CD. Et là, ce que nous enseigne The Mono Era, 1948-1957, c’est que DG, dans les années 50, était, comme son nom l’indique, un label allemand, comme Erato était une étiquette française et non le porte-drapeau d’une excellence internationale, un statut que DG parviendra à acquérir dans le sillage de Herbert von Karajan. Enseignement : Karajan — qui s’est mis à enregistrer de manière soutenue pour DG à partir de 1958 — a véritablement internationalisé ce label national germanique.

Photo: Source Deutsche Grammophon Le coffret cubique de 50 cd regroupe des enregistrements monophoniques de l’après-guerre.

La placide Winterreise de Josef Greindl, les Sonates pour violoncelle de Brahms et Strauss par Ludwig Hoelscher, les enregistrements symphoniques de Ferdinand Leitner, les concertos pour violon de Mozart par Schneiderhan, celui en ré majeur pour violoncelle de Haydn avec Mainardi et Rieger à Berlin ou le pianiste Andor Foldes jouant Rachmaninov et Liszt témoignent d’une approche musicale alliant carrure et sérieux. Mais tout cela reste assez « sépia ».

Alors oui, il y a de belles redécouvertes, notamment tout ce qui est dirigé par Paul van Kempen à Berlin : des Danses hongroises de Brahms, des ouvertures et surtout un 2e Concerto de Brahms avec Adrian Aeschbacher. Autre incunable parmi les concertos : la Symphonie espagnole de Lalo avec Bronislaw Gimpel et Fritz Rieger. Quant aux disques de quatuors, ils sont pour la plupart excellents, avec une palme au Koeckert-Quartett dans Dvorak et Bruckner.

Mais tout cela s’adresse aux mélomanes et discophiles chevronnés et passionnés, d’autant que le meilleur a largement été édité et diffusé précédemment.

Deutsche Grammophon Gesellschaft

The Mono Era 1948-1957, 50 CD (+ 1 CD bonus) 479 5516