Le haut-parleur abitibien

Le duo Groenland jouera sur scène son nouvel album, «A Wider Space».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le duo Groenland jouera sur scène son nouvel album, «A Wider Space».

À chaque rentrée depuis 2003, Rouyn- Noranda se transforme en capitale québécoise de la musique populaire grâce au Festival de musique émergente qui, cette année encore, s’attend à rassasier près de 35 000 mélomanes. Un seuil de fréquentation atteint l’année dernière et qui, assure son fondateur Sandy Boutin, ne sera jamais dépassé, lui qui prône « l’évolution plutôt que la croissance ».

Faite de découvertes, de valeurs sûres et d’exclusivités, la programmation du Festival de musique émergente (FME) d’Abitibi-Témiscamingue est, comme toujours, des plus fastueuses. Voyez donc cela : cette année, les festivaliers auront droit aux premières sur scène d’Effets spéciaux, nouvel album d’Avec pas d’casque, d’A Wider Space, celui de Groenland, et de Springtime Devil, des Deuxluxes. Des aperçus exclusifs des prochains albums d’Abakos (Pierre Kwenders et Ngabo), de KNLO (d’Alaclair Ensemble) et de We Are Wolves. Des découvertes nommées Royal Caniche, Le Carabine et Partner, tout ça en plus des concerts attendus de Half Moon Run, des Barr Brothers, de Galaxie, des Goules, de Dead Obies et de Koriass, pour ne nommer qu’eux. Du costaud.

Événement national

« On fait un événement national qui a lieu en Abitibi-Témiscamingue, pas un événement régional qui fait parler de lui dans les journaux à Montréal », martèle Boutin, infatigable organisateur du FME.

Soit dit en passant, avec d’autres de ses collègues organisateurs de « petits festivals », le producteur, patron de la maison de disques Simone Records et fier Abitibien, rencontrait cette semaine à Québec la ministre du Tourisme Julie Boulet pour discuter de la révision des programmes d’aide que son ministère accorde aux événements culturels touristiques comme le sien.

Il compte plaider pour une meilleure flexibilité des programmes, eu égard au nombre de touristes qu’il aide à attirer en Abitibi. « La difficulté qu’ont les petits festivals, c’est que nos défis ne sont pas les mêmes. Quand bien même je voudrais attirer plus de touristes, ce n’est tout simplement pas possible, puisque toutes les chambres d’hôtel sont occupées durant le FME. Je ne peux juste plus héberger les gens ! » En contrepartie, Boutin fait valoir qu’avec ses 120 professionnels de l’industrie musicale québécoise accrédités, plus les nombreux journalistes étrangers invités, il contribue au rayonnement de sa région.

« Lorsque je fais parler de mon festival, c’est bon pour l’Abitibi, avance-t-il. Grâce à ces efforts, je réussis à faire de la rétention de jeunes, j’anime mon milieu de vie. Mes objectifs vont bien au-delà de mettre un groupe de musique sur une scène devant une gang de jeunes. Nous avons un rôle à jouer dans le rayonnement culturel et l’accès à la culture en région, tout en aidant sur le plan touristique. »

Bien que près de 40 % des festivaliers qu’il accueille proviennent de l’extérieur de sa région (principalement de Montréal), Boutin souligne qu’il monte l’événement pour les Abitibiens, ce qui justifie la prépondérance d’artistes établis sur son affiche, tout en laissant une part belle à ces « émergents ».

« La question qu’on se pose toujours est : est-ce que tel ou tel artiste a encore besoin de nous, de notre plateforme ? Yan Perreau, par exemple, a-t-il encore besoin d’être au FME ? Je pense que la réponse est oui. Lorsque ces artistes viennent au festival, ils font des salles combles, mais je ne pense pas qu’ils y parviendraient s’ils venaient à un autre moment de l’année, même s’ils ont une longue carrière et plusieurs albums. Avec pas d’casque, ce n’est pas encore une majorité de Québécois qui connaît ça. C’est toujours notre rôle de diffuser et de faire connaître, et pas uniquement de la découverte. »