Musique classique - Avec un sourire dans la voix

Comment ne pas craquer devant tant de sincérité? Dans un documentaire, diffusé à Télé-Québec lundi prochain à 21h, Marie-Nicole Lemieux apparaît au naturel, avec ses émotions, ses rires et ses pleurs, une certaine forme de candeur aussi. Le festival Montréal en lumière l'accueille ce soir dans un concert qu'elle partage avec l'ensemble vocal Viva Voce.

En recueillant au téléphone les impressions de Marie-Nicole Lemieux sur le film qui lui a été consacré, on éprouve une sensation rare: celle d'entendre une personne qui sourit en vous parlant. Le parcours, fulgurant, est connu, depuis l'année 2000 qui fut digne d'un conte de fées pour la contralto née à Dolbeau en 1975. Six ans après le début de ses études au conservatoire de musique du Québec à Chicoutimi, elle remportait le prix de la Ville de Trois-Rivières lors du concours de l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières (en mars); le prix Joseph-Rouleau (premier prix) et la bourse Richard-Verreau au Concours national des Jeunesses musicales du Canada (en mai); puis, en juin, le prix de la reine Fabiola (premier prix) et le prix spécial Lied lors du Concours musical international Reine-Élizabeth de Belgique. Elle a également glané, ensuite, le prix Opus «Découverte de l'année» du Conseil québécois de la musique et le prix Virginia-Parker du Conseil des arts du Canada. Beaucoup se seraient brûlé les ailes en tentant de cueillir trop vite les fruits de tant d'honneurs dans des projets trop ambitieux. Pas Marie-Nicole Lemieux.

Choix assumé

Que la chanteuse doit beaucoup à Marie Daveluy, son professeur au Conservatoire de musique de Montréal, qui l'inscrivit, un peu comme un pari perdu d'avance, au Concours Reine-Élizabeth, le documentaire le montre bien. Il est un peu plus discret sur la face cachée et les risques de la gloire subite. Marie-Nicole Lemieux en parle aujourd'hui très sereinement: «Dans le documentaire, quand je pleure, c'est pour cela; le tourbillon qui a résulté de ce prix. Il y avait une tournée de concerts avec orchestre, des appels de festivals, un enregistrement. Tout se bousculait [...] Je devais gérer un calendrier et tenir compte de choses que je ne connaissais pas: les voyages, les décalages horaires, les cachets, mais aussi la fatigue vocale qu'engendre l'apprentissage de nouveaux répertoires. Cela s'est tassé uniquement un an après.»

Il est étonnant de voir Marie-Nicole Lemieux se livrer autant devant la caméra, à une époque où les artistes cultivent une certaine distance avec leur public. Le choix est assumé: «J'ai hésité à accepter ce projet, car je suis superstitieuse: j'avais peur que ce soit trop extravagant, trop encenseur. Une fois que c'était accepté, j'y suis allée comme dans tous mes projets, sincèrement, en me donnant complètement. Donner une image d'inaccessibilité, ce n'est pas moi et cela aurait été dangereux de le prétendre. Quand je me couche le soir, il faut que je puisse me dire que j'ai été honnête, que j'ai été moi-même. À la longue, cela va me rapporter. J'apparais peut-être plus vulnérable ainsi mais, au fond, je serais plus vulnérable si je jouais un jeu.»

Le concert de ce soir affiche une thématique qui convient bien à Marie-Nicole Lemieux: «romantisme extrême». «Peter Schubert, le directeur artistique de l'ensemble Viva Voce, a une démarche didactique qui me plaît beaucoup: il va chercher à expliquer et à illustrer les thèmes du romantisme: la mort, la nature, etc. Je chanterai essentiellement des lieder et, avec choeur d'hommes, Ständchen de Franz Schubert.»

L'année 2004 se fera sans projet d'opéra pour Marie-Nicole Lemieux. Elle espère trouver ensuite un équilibre entre opéra et récital, avec un maximum de trois projets lyriques par an. Elle commencera par Tancrède de Rossini avec la grande contralto polonaise Eva Podlès. Pour l'heure, elle garde la tête froide: elle ne veut chanter ni Dalila de Samson et Dalila de Saint-Saëns, ni Carmen. Mais elle rêve de commencer, dans un petit théâtre, à aborder le rôle d'Erda dans la Tétralogie de Wagner.

Les choses arriveront sans doute à point pour une artiste si attachante et raisonnable.

Romantisme X-trême, avec Viva Voce et Michael McMahon (piano), est présenté à la salle Pollack de l'université McGill, samedi 21 février à 20h. (514) 398-4547. Et Marie-Nicole Lemieux, une voix humaine, à Télé-Québec, lundi 23, à 21h.