Rire pour ne pas pleurer

La formation Sonido Pesao a été réduite à six: les deux MC, le guitariste-claviériste Ian Lettre, qui signe la majorité des musiques, deux autres musiciens et la choriste Catherine Molnar.
Photo: Géraldine Brière Sonido Pesao La formation Sonido Pesao a été réduite à six: les deux MC, le guitariste-claviériste Ian Lettre, qui signe la majorité des musiques, deux autres musiciens et la choriste Catherine Molnar.

On les appelle les falleros, ces huit jeunes créateurs qui ont construit une immense oeuvre collective de 35 pieds de haut qui sera enflammée samedi soir dans un geste qui symbolise la renaissance selon une tradition de Valence. Pour accompagner, quelques centaines de bénévoles et de brillants artistes montréalais qui se joignent à la Falla, cette fête offerte gratuitement par la Tohu sur son site de jeudi à samedi. Au programme : des activités de cirque, une exposition, du cinéma en plein air et de la musique avec Nomadic Massive, Fwonte, Vuyo, Papagroove, Ayrad, le Duo populaire, Afrikelektro et Sonido Pesao, anciennement connu sous le nom de Heavy Soundz, les rappeurs latinos de Saint-Michel qui ont remporté en juin dernier le Prix de la diversité en musique.

Rencontre avec Ronald Lemus Barrientos, dit Chele, et Marco-Antonio Abal Aguilar, dit Lunatico, les deux MC de Sonido Pesao. « Pourquoi nous avons changé le nom ? Parce que Heavy Soundz ne décrivait pas nécessairement le band actuel. C’était plus proche de nos débuts avec du gros sample, de l’anglais, de l’espagnol, du gros rap. Maintenant, il y a beaucoup plus de musique latine et de chant », dit Chele. « On a traduit le nom et on a coupé le “pesado” pour que ça sonne slang latino », ajoute Lunatico.

En français, « pesado »signifie « lourd », « pesant ». Le groupe est sorti de l’ombre après cinq ans d’underground avec la parution de Tumba parlantes, un troisième disque révélant les flows rapides du rap et l’énergie punk, mais aussi le lyrisme mélodique latino et une panoplie de musiques latines, dont une dose de salsa brava. Pendant longtemps, le groupe était composé de cinq musiciens et de cinq MC, mais on a réduit la formation à six : les deux MC, le guitariste-claviériste Ian Lettre, qui signe la majorité des musiques, deux autres musiciens et la choriste Catherine Molnar. Entouré de plusieurs invités, dont Tomás Jensen, Cuervo Loomi, Madhi, Face T, Baby K et le Gypsy Kumbia Orchestra, le band a fait paraître en mai dernier l’excellent Reir para no llorar, un disque plus électro, plus funk, plus chanté, avec plus de cumbia, un peu de merengue et moins de salsa brava qu’auparavant.

Lunatico commente : « La cumbia, ça a beaucoup à voir avec nos origines. Moi, mes parents viennent du Guatemala, et la cumbia est la musique qui se joue là-bas. Même chose pour Chele. Ses parents viennent du Salvador. » Chele complète : « Ça a rapport avec le départ de Rila, l’un des fondateurs du groupe. C’est lui qui apportait le côté salsero. On s’identifie maintenant beaucoup plus à la cumbia. Un ami me disait que c’est le nouveau reggae. »

S’imprégner du rap

Et le rap là-dedans ? Il demeure à la base de la création. Chele s’inspire de la polyvalence d’un Kendrick Lamar et de l’imaginaire de Joe Baras ou de Calle 13. Parmi les artistes qu’ils écoutent, les deux citent aussi les Dominicains de Lapiz Conciente, la Vénézuélienne Gabylonia et les Chiliens de Movimiento social. Lunatico est plus old school, écoute beaucoup de hip-hop des années 1980-1990 : « J’aime pas mal tout ce qui est très agressif, et ce que je vois dehors m’inspire beaucoup. Il faut qu’il y ait de la rage, même si c’est une chanson joyeuse, pour que le monde y croie », souligne-t-il.

Ce que lui et Chele ont d’abord vu se passait à Saint-Michel : « C’était hardcore avec la police dans les environs du métro et, dans nos textes, on tient compte de toutes ces expériences-là. Mais, il y a moyen que ça ne soit pas lourd, d’amener de la conscience et du knowledge en aidant les gens à avoir du fun, conclut Chele. C’est le sens de Reir para no llorar : rire pour ne pas pleurer. »