Une anthologie de violon chez Deutsche Grammophon

«111 – The Violin» ne contient que 42 CD, alors qu’un cube « standard » en renferme 50 et certains, même, 55.
Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse «111 – The Violin» ne contient que 42 CD, alors qu’un cube « standard » en renferme 50 et certains, même, 55.

Universal publie sur étiquette DG un coffret cubique, 111 – The Violin, consacré à des « enregistrements légendaires » de son catalogue. En vaut-il la peine ?

Avant de se pencher sur le contenu du coffret, il convient d’en expliquer l’intitulé. Le chiffre 111 a été mis en exergue en 2009 à l’occasion du 111e anniversaire de la Deutsche Grammophon. Deux coffrets de « grands enregistrements », avec respectivement 55 et 56 CD, ont été publiés en 2009 et 2010, avant les déclinaisons Mozart 111 en 2012 et 111 – The Piano en 2015. Un coffret violonistique est donc une suite logique.

La première constatation est que 111 – The Violin ne contient que 42 CD, alors qu’un cube « standard » en renferme 50 et certains, même, 55. La chose n’est pas moins chère pour autant et le contenu n’aurait pu que se bonifier par l’ajout de huit disques.

Un abécédaire

111 – The Violin, un beau coffret avec les disques en pochettes originales, rend hommage aux violonistes de l’histoire de DG, classés de A, comme Accardo, à Z, comme Zukerman. Pour monter à 42 CD, certains violonistes ont droit à plusieurs CD, sans que l’on comprenne vraiment la logique des choses : deux disques pour Giuliano Carmignola, Hilary Hahn, Gidon Kremer, Schlomo Mintz, Itzhak Perlman, Gil Shaham et Simon Standage, et même trois pour Anne-Sophie Mutter, alors que deux monuments de l’histoire du violon tels Nathan Milstein et Christian Ferras (ce dernier ayant été le seul — avant Mutter — à enregistrer avec Karajan) n’ont droit qu’à un disque. Certes, inclure le Sibelius de Ferras ou le Brahms de Milstein aurait doublonné, mais des doublons, il y en a déjà… On aurait donc pu passer à 50 CD en enrichissant l’offre.

Côté anachronismes, le CD 22 illustre par le titre Mendelssohn : Violin Concerto l’enregistrement Milstein-Abbado du concerto Tchaïkovski (certes, en LP les deux étaient couplés, mais pas ici). Par ailleurs, un « génie » du marketing chez DG avait décidé un jour que Gil Shaham avait fait son temps et l’avait remplacé par Ilya Gringolts. Or aucun des cinq disques sans lendemain de Gringolts n’a été inclus — la carrière de Shaham va très bien, elle ; merci ! Autre oubli incroyable : Vadim Repin, engagé à grands frais il y a quelques années. DG n’a cependant pas oublié que David Garrett a débuté sur ce label alors qu’il avait 15 ans !

Un manque d’archives

Si les révélations sont très rares, c’est aussi et surtout parce que, comme l’illustre un récent coffret DG – The Mono Era, jusqu’à la fin des années 1950 DG était essentiellement un label local germanique. Or le violon en Allemagne dans les années 1930 et 1940, c’étaient Kulenkampff et Schneiderhan. Et ils n’ont pas joué juste très longtemps…

De Schneiderhan, le coffret garde le meilleur enregistrement : le concerto de Beethoven avec Jochum. Kulenkampff (qui enregistrait surtout chez Telefunken) a laissé pour DG avant la guerre une Sonate à Kreutzer avec Wilhelm Kempff que l’on trouve ici.

Grosso modo, les choix sont bien faits et les enregistrements retenus (Caprices de Paganini pour Accardo, concerto de Glass pour Kremer, Brahms et Beethoven pour Mutter….) le sont de manière avisée.

Pour le collectionneur, les raretés ne sont pas légion, mais il y en a. On notera l’excellente tenue du très oublié Schmuel Ashkenasi dans les Concertos nos 1 et 2 de Paganini. Ces enregistrements de 1968 ont été éclipsés depuis 40 ans par ceux d’Accardo. On trouve aussi les deux disques Decca américains (1944-1946) de Jascha Heifetz, avec des pièces de virtuosité. Moins rare, le Concerto de Dvorák par Johanna Martzy et Ferenc Fricsay est habilement couplé aux concertos de Bruch et Glazounov par Erica Morini, héroïne, par ailleurs, d’une des grandes raretés du coffret : le couplage de la Sonate K. 296 de Mozart et de la 3e Sonate de Beethoven avec Rudolf Firkusny, dont le compatriote tchèque Vasa Prihoda joue 25 minutes de Dvorák et de Smetana (immense rareté).

Tibor Varga a enregistré en 1962 pour DG la 1re Sonate pour violon et piano et la Sonate pour violon seul de Bartók : on l’avait oublié. Enfin, les gravures d’oeuvres de Kreisler réalisées par Ruggero Ricci en 1961 ont été couplées à des incunables : Kreisler jouant ses propres oeuvres, entre 1910 et 1912.

C’est alléchant, certes, mais un peu court pour qui a déjà une discothèque bien fournie.

111 – The Violin

« Legendary Recordings ». Deutsche Grammophon 42 CD 479 6220.