Animation musicale gymnique au Parc olympique avec Nagano et l'OSM

Au final, il est dommage qu’on ait «brûlé» à cette occasion les «Planètes» de Holst.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Au final, il est dommage qu’on ait «brûlé» à cette occasion les «Planètes» de Holst.

À vue d’oeil, le rendez-vous annuel de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) au Stade olympique avait attiré foule, mais pas la très grande foule de Carmen l’an passé ou de Carmina Burana en 2014, malgré un temps pour le moins agréable. Les chiffres officiels tombés tardivement — 30 000 spectateurs (sans considérer ceux qui quittaient l’enceinte prématurément), contre 43 000 en 2015 et 40 000 en 2014 — ont finalement confirmé cette impression.

Sur le fond, la soirée, qui laisse un sentiment agréable sans plus, était imperceptiblement, mais fondamentalement, différente des précédentes. Nous avions l’habitude d’un happening de l’OSM au Stade, offrant gratuitement de la musique classique à un public métissé et assoiffé. L’univers des héros était plutôt une soirée à la gloire du Parc olympique, animée musicalement par l’OSM, qui profitait, en retour, de l’occasion pour faire la promotion de sa Virée classique.

Donné en présence du ministre Coiteux, du maire Coderre, de plusieurs dignitaires et de Roger Taillibert, le spectacle audiovisuel avec animation gymnique s’était associé le concours de plusieurs olympiens : Guylaine Bernier (aviron), Richard Rock (saut en longueur) et Louise Beaumont (handball) de l’équipe de 1976 ; Émilie Heymans (plongeon), Philippe Beaudry (escrime), et le paralympique Benoît Huot (natation), pour les éditions plus récentes.

Des témoignages diffusés en vidéo, dont ceux de Nadia Comaneci, Warren Cromartie et Jacques Doucet (pour le baseball des Expos), Anthony Calvillo (football), donnaient un rythme commémoratif au déroulement. Car le sujet n’était pas que l’olympisme, mais les 40 ans du Parc olympique, Expos, Alouettes et Impact compris.

La partie la plus captivante était l’insertion d’images d’archives de Radio-Canada des Jeux de 1976 avec ses joies (sur Vénus des Planètes de Holst) et ses souffrances (illustrées musicalement par Saturne). On y a revu avec plaisir les Nadia Comaneci, Alberto Juantorena, Lasse Virén ou le colosse Vassili Alexeiev, mais aussi, avec des sentiments mélangés, les maillots bleus des athlètes d’Allemagne de l’Est (ou rouges des Russes) aux performances désormais entachées de doutes sérieux et légitimes. Ces images d’archives évitaient d’avoir tout le temps à l’écran Kent Nagano ou les musiciens. Aux projections se greffaient diverses démonstrations gymniques en direct devant l’orchestre ou sur des trampolines.

Malgré l’animation fluide et dynamique de France Beaudoin, on retient surtout un trop-plein de discours, plombant la soirée dès le début (13 minutes avant la première note) et une musique manquant de rythme et d’enthousiasme (Saturne dans son intégralité est péniblement ennuyeux pour 30 000 non-initiés). L’élan n’est venu que lors des bis : Fêtes de Debussy et la Danse du sabre de Khatchaturian.

Au final, il est dommage qu’on ait « brûlé » à cette occasion les Planètes de Holst. Associées au nouveau film Planets, an HD Odyssey mis en oeuvre par l’Orchestre symphonique de Houston, elles auraient fait un beau projet pour une année future. Car il va falloir une proposition forte en 2017 pour récupérer le coup.

L’univers des héros

Soirée musicale avec l’Orchestre symphonique de Montréal à l’Esplanade Sun Life du Parc olympique. Oeuvres de Copland, Holst (Les planètes), Moussorgski, Debussy et Ravel. Direction : Kent Nagano. Mercredi 10 août 2016.