Le retour de la bête

Le groupe montréalais Despised Icon s’est illustré grâce à son croisement de death métal et de hardcore.
Photo: David Afriat Le Devoir Le groupe montréalais Despised Icon s’est illustré grâce à son croisement de death métal et de hardcore.

On ne l’attendait plus. Despised Icon s’était séparé au sommet de sa carrière en 2010 après une énième tournée mondiale, certains de ses membres voulant retourner dans leur chaumière, d’autres pour fonder une famille. Mais avec Beast, le septuor mythique de deathcore montréalais se réveille après une hibernation de six ans.

« Les enfants ont grandi, je vais justement à la garderie chercher mes jumelles de cinq ans », explique Éric Jarrin, guitariste pilier de la formation, sur le mains-libres dans sa voiture, lorsque Le Devoir l’a joint. « Ce sont nos premiers fans, même si elles tripent autant sur Adèle, Pharell Williams que sur Rammstein ou Iron Maiden », ajoute-t-il en riant.

Despised Icon est réputé pour son croisement de death métal — des compositions rythmées aux voix gutturales — et de hardcore — le punk extrême friand de breakdown et de beatdown. Lorsqu’ils ont débuté en 2002, ils étaient parmi les premiers à faire ce mélange. Aujourd’hui, ils sont considérés comme les fondateurs du genre. Leur créativité en a fait l’un des rares groupes québécois francophones à avoir connu un succès international : l’album Day of Mourning (2009) s’était ainsi classé 162e au Billboard — un chemin que devrait emprunter Beast, meilleur vendeur selon Éric Jarrin —, alors que plus de mille représentations ont eu lieu sur les quatre continents. Et cela, toujours à l’ombre du regard médiatique. « Je me souviens toujours de Malajube à Tout le monde en parle [en 2009], se remémore Éric Jarrin. Ça se roulait à terre parce qu’ils avaient fait cinq concerts aux États-Unis. Nous, on trouvait ça drôle, car trois fois par année on faisait une run de 40 spectacles là-bas. »

Retour aux sources

Beast est le cinquième album studio du groupe. En choisissant ce titre, les Montréalais ont fait une allégorie de leur propre situation. « Le concept de l’album s’est développé à mesure qu’on écrivait les chansons et les textes, mais c’est une bête dormante depuis plusieurs années qui se réveille et qui constate que le monde va de mal en pis, qui se révolte et qui veut donner une bonne leçon à l’ensemble du monde, dit le guitariste. Comme pour le groupe, qui était absent, revient sur la scène pour montrer à tout le monde de quel bois il se chauffe et qui ne s’est pas ramolli avec les années. »

Car après ce long hiatus, l’évolution du groupe s’est retrouvée dans ses origines. « Quand on s’est assis pour écrire, on est vraiment allé avec les recettes qu’on a toujours appliquées. Despised Icon n’est pas la place pour essayer : c’est de la musique extrême, brutale, rappelle Éric Jarrin. On a revisité notre catalogue : on l’a réécouté, on s’est permis de ramener des éléments qui nous plaisaient des plus vieux albums et mettre de côté ce qu’on aimait moins. »

Despised Icon ne le cache pas : à côté de textes sur l’introspection ou les sujets personnels, d’autres sont dans l’air du temps, celui de la peur et du pessimisme. « C’est un constat qu’on dépeint qui n’est pas jojo. Présentement, la planète est un gros Presto qui est sous pression. Quand on voit tout ce qui se passe, les tueries aux É.-U., les policiers ciblés, les Noirs tués, ça va pas très bien. Quand le groupe a arrêté il y a six ans, ce n’était pas mieux, mais pas si pire que ça, déplore-t-il. Il faut trouver une façon ou une autre de diminuer la vapeur, sinon ça risque de sauter. »

Seul rayon de soleil : le groupe a signé avec l’étiquette Nuclear Blast un contrat pour trois albums. Despised Icon reprend bien du poil de la bête.

Nos choix à Heavy Montréal

Mastodon (samedi, 19 h 15, scène Molson Canadian) : les nommés aux Grammy Awards 2015 seront d’excellents chauffeurs de fosses pour la première soirée.

Nightwish (samedi, 20 h 15, scène Heavy) : connus pour leurs concerts de métal symphonique rythmés par les effets pyrotechniques, les Finlandais promettent de jouer les prolongations du festival des Feux d’été.

Hatebreed (dimanche, 15 h 45, scène Heavy) : après plusieurs annulations, le groupe hardcore américain fait office de remplacement de luxe. On ne boudera pas ce choix.

À Heavy Montréal, dimanche, sur la scène Molson Canadian, 14h