Pour lui, pour son public

Céline Dion
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Céline Dion

20 h 50. La voix de Céline Dion entame, a capella, Trois heures vingt, cette chanson sur laquelle elle et ses trois fils ont fait leur entrée dans la basilique Notre-Dame lors des funérailles de son mari, en janvier dernier. La foule s’est levée d’un bond. L’émotion de la chanteuse et celle des spectateurs étaient palpables. La chanteuse, professionnelle jusqu’au bout des doigts, a dû respirer profondément avant d’entamer ce spectacle mémorable, riche en émotions.

Après le deuil, le retour. Et c’est précisément René Angélil, l’homme de sa vie comme elle le qualifie, qui lui donne toujours cette force de continuer, de chanter encore et toujours, pour lui. En France il y a quelques jours, elle avait déclaré : « Je ne vais pas monter sur scène pour pleurer pendant deux heures. » L’émotion était grande, elle était attendue chez elle, devant ses admirateurs de la première heure.

Toute de blanc vêtue, veston long sobre avec tunique en dentelle et pantalon droit, elle a chanté Encore un soir, en hommage à René.

Telle qu’on la connaît, la diva a beaucoup parlé à son public. « Je suis tellement contente d’être ici. Avant tout, je tiens à vous remercier pour tous vos mots, vos regards, vos sourires, toute cette énergie, je l’ai bien reçue, je la reçois encore. La dernière fois qu’on s’est vus, c’était dans des circonstances tristes, mais ce soir, je tiens à vous offrir un spectacle heureux. Bien sûr, teinté de fortes émotions, mais heureux. Tous les mots ont été dits. Les enfants vont bien, je vais bien. Bien sûr, en étant à Montréal, je ne peux m’empêcher de penser à René, parce que je sais qu’il est là ce soir avec nous, a-t-elle dit en regardant vers le ciel. Ce soir, je reste avec vous, je ne sors pas de scène. Je veux profiter de chaque seconde. Encore un soir. Merci d’être là. »

Puis, Scott Price, à la direction musicale, et une trentaine de musiciens dont une section de cordes, le tout magnifié par les éclairages d’Yves Aucoin, ont lancé les chansons Je crois toi, Qui peut vivre sans amour, Immensité.

Et c’est durant la sixième chanson, Et je t’aime encore, alors que la foule chantait avec elle, que la star a craqué, que les émotions, trop fortes, sont remontées. Elle a dû arrêter, les larmes au bord des yeux. Elle a regardé ses fans avec un doigt accusateur, petit sourire en coin malgré tout, l’air de dire : « Vous m’avez eue ! » Après quelques minutes d’applaudissements et de cris d’encouragement de la salle, elle a livré la pièce, avec la voix cassée, fragile, mais puissante. Cette voix unique.

Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Toute de blanc vêtue, veston long sobre avec tunique en dentelle et pantalon droit, elle a chanté «Encore un soir», en hommage à René.

Lorsque les premières notes d’Ordinaire, le succès de Robert Charlebois, qui se retrouve sur l’album en français à paraître dans moins d’un mois, ont résonné, la foule a tout de suite applaudi. Le fait que cette chanson soit réécrite par Mouffe pour Céline avec des paroles quelque peu édulcorées avait créé une petite polémique lorsque la nouvelle était sortie. Mais le public, pour qui elle chante, souligne-t-elle avec aplomb dans les paroles, a apprécié avec ferveur. Le Figaro a d’ailleurs écrit que c’était un point fort du spectacle.

Durant le concert, Céline a aussi dévoilé quelques pans de sa vie de famille, pour introduire la chanson Apprends-moi : « Je peux vous dire que je suis contente d’être de retour chez nous. Je peux vous dire aussi que les enfants ont découvert ce que ça veut dire de jouer dehors. La pêche, la chasse aux grenouilles, les fleurs… Je vous dis que j’en ai des bouquets de fleurs ! C’est tellement beau ici, chez nous, on a un beau coin de pays ! » Puis, elle s’est rappelé des souvenirs de jeunesse, avec sa famille autour d’un feu de camp. Quelques musiciens l’ont alors entourée pour recréer l’ambiance d’une soirée autour d’un feu, guimauves en moins. « Pas besoin d’un vrai feu, a lancé la chanteuse à la blague, vous êtes tellement chauds ! »

La star a interprété quelques-uns de ses plus grands succès : Pour que tu m’aimes encore, Because You Loved Me, It’s All Coming Back to Me Now, Power of Love, L’amour existe encore. Mais aussi des chansons plus intimistes ou nouvelles, telles qu’À la plus haute branche, Terre, Dans un autre monde. Sans oublier des reprises remarquées, de Starmania, Ce soir on danse à Naziland, de Prince, Purple Rain, et de Queen, The Show Must Go On.

« Vous savez, ce spectacle représente une étape importante pour moi. Vous m’avez donné tant d’amour et d’énergie, je vous en remercie. Mais comme vous savez, dans ce monde rempli de violence, l’amour restera encore et toujours la plus belle des armes. »S’il suffisait d’aimer et Vole, a capella, tel un message à René, alors qu’un long rideau avec une photo du couple enlacé fermait la scène, les lumières se sont éteintes sur ce spectacle en crescendo, devant un public survolté et ému tout à la fois, du début à la fin.

Tapis rouge

L’événement a commencé vers 18 h avec tout le gratin artistique québécois qui a défilé sur un tapis rouge digne d’Hollywood. Des admirateurs depuis les débuts de l’artiste étaient fébriles. Julie Bélanger se souvient de l’avoir vue dans sa ville natale, à Sept-Îles, lors de la tournée Incognito. « Je l’ai vue six fois en concert. Je l’aime », s’est exclamée l’animatrice-chanteuse.

Daniele Henkel l’a aussi vue plusieurs fois en spectacle, à Paris, à Las Vegas et ici, au Forum, se souvient-elle, en compagnie de son époux. « Pour moi, la chanson du Titanic, c’est toute la splendeur, le talent de Céline Dion », dit la femme d’affaires. Et interrogée sur la renaissance toute nouvelle de la chanteuse en deuil, elle se prononce : « Vous savez, je n’aime pas juger. Mais j’estime que Céline a toujours vécu sa vie comme elle l’entend, dans le respect des autres et d’elle-même. Elle fait ce qui est vrai pour elle et pour sa famille. Elle aimera toujours René, mais life goes on, et elle le sait », a lancé son mari, Mark Teitelbaum.

« Céline, c’est un plaisir, point. Et il ne faut pas bouder son plaisir. Elle chanterait Frère Jacques qu’on triperait tous », affirme le metteur en scène Serge Denoncourt. Son seul regret ce soir : « Elle ne chante pas ma chanson préférée, On ne change pas », dit-il en imitant le trémolo de la chanteuse.

Le gouvernement québécois était représenté par Lise Thériault. Bien qu’elle ait déjà ses billets pour la représentation de jeudi, la ministre ne s’est pas fait prier pour remplacer le premier ministre Philippe Couillard : « Céline est une formidable ambassadrice pour le Québec. Elle représente très bien la passion, la persévérance et la résilience. Ce soir, ce sera la cinquième fois que je la vois en spectacle. »

François Legault, chef de la CAQ, a souligné fièrement être député de la circonscription de Lanaudière, qui comprend Charlemagne. « Je suis particulièrement fier d’elle. Elle est une grande ambassadrice pour nous. »

Ex-ministre de la Culture, la députée Christine St-Pierre a eu le plaisir de voir plusieurs fois Céline Dion en spectacle : « C’est une femme fantastique. Un chapitre de sa vie s’est terminé, et elle ne l’oubliera pas. La vie continue, elle semble portée par un nouveau souffle. Ce soir, c’est un nouveau chapitre qui commence. »

« Céline accompagne nos vies depuis des décennies », a confié le député Jean-François Lisée, qui en est à son sixième spectacle. « Non seulement elle représente des sommets de qualité vocale, elle s’allie à des paroliers de grande qualité. »

À son arrivée, Dominique Michel a eu droit à des applaudissements chaleureux de la foule massée le long du tapis. Dans les années 1980, la grande Dominique Michel a imité Céline Dion, une caricature féroce qui ne passerait pas aujourd’hui, selon elle : « La liberté d’expression, on doit l’avoir, mais il faut savoir se restreindre. C’est comme les armes à feu ; on peut en avoir, mais on ne doit pas tirer. »

Est arrivé enfin sur le tapis rouge l’ex-animateur Michel Jasmin, celui-là même qui a donné à l’adolescente au physique ingrat et à la voix imposante sa première chance. Au fond, c’est un peu grâce à lui si Céline a conquis le monde : « Si ce n’est pas moi qui l’avais fait, ç’aurait été un autre », dit modestement Jasmin. « Elle avait déjà un talent tellement gros, une simplicité extraordinaire. On ne se voit pas chaque semaine, mais on sait qu’on est là l’un pour l’autre. »

Plusieurs curieux s’étaient rassemblés le long du tapis rouge, prêts à prendre des selfies avec tout ce défilé de vedettes. Certains étaient arrivés très tôt pour avoir une bonne place, d’autres soulignaient qu’ils n’avaient pas pu se procurer de billets pour le spectacle, alors ils sont venus profiter de l’atmosphère aux portes du Centre Bell.

Derrière le cordon, une mère et sa fille adolescente attendent sagement le défilé de vedettes. La première a vu Céline en spectacle une dizaine de fois ; la seconde, deux fois, dont une sur les plaines d’Abraham. « Je la suis depuis ses débuts », dit fièrement la mère. « Je la trouve magnifique, je trouve qu’elle vieillit très bien. » « J’aime beaucoup son nouveau style », dit la jeune fille à propos du nouveau statut de fashionista de la diva de Charlemagne.

Longue année

De la dernière année, on retient surtout le décès de l’homme de sa vie, le père de ses trois fils, son gérant, qui a pris ce diamant brut pour le polir et en faire la star que le monde entier connaît aujourd’hui. On se souvient qu’elle est apparue digne, mais amaigrie lors des funérailles nationales de son mari.

Mais on oublie que c’est l’année des retours pour l’artiste. Le premier au mois d’août l’an dernier à sa résidence secondaire en quelque sorte, le Ceasars Palace à Las Vegas, après une année sabbatique pour prendre soin de son époux malade. Puis le second en février dernier, à peine deux mois après la mort de René Angélil. Et c’est un retour au Québec, après sept ans d’absence. Ce dimanche, le premier de dix spectacles au Centre Bell amorçait sa tournée québécoise, puis cinq au Centre Vidéotron à Québec et deux spectacles-bénéfice pour sa fondation, à Trois-Rivières. Elle sera de retour sur la scène du casino de Las Vegas à la fin de septembre.

Céline Dion a présenté ce même spectacle au début de l’été neuf fois au AccorHotels Arena (anciennement le stade de Bercy) à Paris devant 110 000 spectateurs, puis deux fois à Anvers, en Belgique, pour une foule de 30 000 admirateurs. Cette petite tournée estivale en Europe a à elle seule engrangé près de 30 millions de dollars, la plus lucrative de l’été selon le magazine Billboard.

Au Centre Bell les 31 juillet, 1, 4, 5, 8, 12, 13 et 16 août. À Trois-Rivières les 30 et 31 août. Au Centre Vidéotron à Québec les 20, 21, 24, 25 et 27 août.

6 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 1 août 2016 03 h 37

    Comment…?

    "Céline est une formidable ambassadrice pour le Québec."
    C'est vrai, Monsieur Couillard peut le dire avec fierté parce que la fantastique chanteuse est le triste symbole vivant de la réussite politique canadienne sur les ambitions culturelles québécoises. Donnant ainsi pleine satisfaction à qui sont convaincus de l'inutilité du français et comblés par l'idée que l'anglais est la seule langue qui mérite d'être apprise partout dans le monde...
    Partout, dans ce pays du Québec qui ne mérite toujours pas selon eux de se libérer d'une majorité linguistique qui n'est pas la leur et qui décide de ce qui y est bien ou pas.
    D'ailleurs, "l'ambassadrice" en question parle tellement mieux l'anglais que sa propre langue, qu'il ne peut qu'être fait par n'importe quel francophone du monde parle à peine un peu l'anglais.
    Qu'on dise que ce n'est pas de sa faute parce que jeune, l'école n'était pas sa tasse de thé et que sa seule ambition était de devenir une star internationale de la chanson, cela ne répond pas à la difficulté à laquelle nous sommes tous confrontée comme l'est Céline elle-même.
    Laquelle de question ?
    Celle de la motivation : comment pour nous d'apprendre à parler l'anglais correctement, peut-il venir d'une motivation plus grande que celle de parler notre propre langue maternelle, si ce n'est que par dévalorisation de notre propre groupe linguistique et culturel ?
    Et donc de nous-mêmes comme individus et collectivité qui l'avons tous reçue en héritage de nos Ainés et Anciens. Et souvent, pour un nombre conséquent de nous, sous forme de seule et unique patrimoine familial...

    Tant que nous ne serons pas sortis de ce pays qui est le Canada, tant que nous n'aurons pas extirpé de nous les idées fondamentales de son identité si anglophile qu'elle en est de plus en plus ouvertement québécophobe, nous continuerons tous de voir notre langue et notre culture propres déclinées et même dévissées, comme on dévisse d'une paroi abrupte, chez nous-mêmes au Québec.

    VLQL !

  • François Dugal - Inscrit 1 août 2016 07 h 16

    Le public

    "Mon public m'aime, j'aime mon public" - Rose Ouellet, dite "la Poune".

  • Chantale Desjardins - Abonnée 1 août 2016 07 h 23

    Arrêter de parler de René...

    Il faudrait que Céline diminue son discours envers son mari car elle va souffrir davantage en cultivant le culte du deuil. Tout tourne autour de lui et la situation devient maladive. Elle devrait consulter pour pondérer ses émotions. Elle possède un grand talent mais ne doit pas encore se laisser manipuler par son mari décédé. Un équilibre serait de mise et aiderait ses enfants à vivre leur vie loin de l'ombre du défunt. Bonne chance Céline!

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 1 août 2016 13 h 21

      Elle ne vit pas dans l'ombre de son mari mais elle ne veut pas occulter le fait que c'est avec et grâce à lui qu'elle est maintenant internationale.

  • Gilbert Turp - Abonné 1 août 2016 09 h 39

    La chanson-thème du prochain James Bond

    Je verrais bien Céline Dion la chanter. Après Adèle... il me semble qu'elle est rendue là.

  • Geneviève Rouleau - Abonné 1 août 2016 12 h 14

    Ben voyons donc...

    Laissons-la chanter et arrêtons de chialer et de critiquer tout le temps...