Kissinger Sommer: le plus discret des festivals d’élite

Le festival Kissinger Sommer («Été de Kissingen») dure un mois et fêtait cette année son 30e anniversaire.
Photo: Christophe Huss Le festival Kissinger Sommer («Été de Kissingen») dure un mois et fêtait cette année son 30e anniversaire.

Le Festival de musique de la ville thermale bavaroise de Bad Kissingen n’a rien d’un événement local. Le Devoir y a déniché un secret bien gardé pour mélomanes voyageurs, un endroit où, comme à Salzbourg, Lucerne ou Baden-Baden, on peut croiser les vedettes de l’heure, mais en trouvant des billets, qui plus est à une fraction du prix de ceux en vigueur dans ces grands centres. L’événement, le Kissinger Sommer (« Été de Kissingen »), dure un mois et fêtait cette année son 30e anniversaire.

Un peu comme l’a fait le père Fernand Lindsay à Lanaudière, le Kissinger Sommer a été créé et porté à bout de bras par une personne, Kari Kahl-Wolfsjäger, connue pour ses chapeaux, son entregent et sa pugnacité.

Après 30 ans, l’icône du Festival jette l’éponge. L’été musical 2016 tendant à ronronner au Québec, il était intéressant de voir ce qu’est en Allemagne une édition anniversaire, alors que Lanaudière prépare à souffler ses 40 bougies en 2017. La modestie des deux dernières éditions à Joliette augure-t-elle la constitution d’une cagnotte qui permettra un feu d’artifice musical l’an prochain ? On le saura dans quelques mois.

En fait, le Kissinger Sommer 2016 n’avait rien de particulier. Si Cecilia Bartoli se produisait en prélude, c’est parce qu’elle est déjà venue 12 fois auparavant et qu’elle se plaît ici. Le luxe artistique s’étale chaque année pendant un mois. C’est à cela que servent l’aura et le carnet d’adresses d’un grand directeur artistique.

Un exemple, les récitals de piano de 2016: Arcadi Volodos, Igor Levit, Grigory Sokolov, Daniil Trifonov et Lang Lang pour le postlude ! À Bad Kissingen, les orchestres en visite sont la Philharmonie Tchèque avec Manfred Honeck et Semyon Bychkov, l’Orchestre d’État de Russie dirigé par Vladimir Jurowski, l’Orchestre de Mariinski et Valery Gergiev, l’Orchestre de la Radio bavaroise mené par John Eliot Gardiner, le Symphonique de Bamberg, l’Orchestre de La Scala, et j’en passe. La proximité des distances en Europe a du bon !

Bad Kissingen, concurrente de Baden-Baden sur le marché des villes d’eau en Allemagne, accomplit ce petit miracle avec un budget de 2,5 millions d’euros (environ 3,3 millions de dollars). La Ville est le principal soutien public (1 million de dollars), l’État comptant pour 250 000 $ dans la balance. Les revenus de billetterie feront l’envie de tout un chacun ici : 1,5 million d’euros (2 millions de dollars !), le public en provenance pour un tiers d’un rayon de 50 kilomètres, pour un tiers des 200 kilomètres environnants (ce sont eux qui ont flairé les aubaines économico-artistiques !) et pour un tiers de toute l’Allemagne, notamment des curistes. Les étrangers représentent pour l’heure moins de 5 %.

Bad Kissingen a fidélisé son public : 38 % des spectateurs assistent à deux ou trois concerts, 37 % en voient de quatre à dix ! Il est vrai que les fins de semaine, il y en a jusqu’à trois par jour.

Le chef de l’heure

Avoir le privilège d’être convié à assister au feu d’artifice final de cette édition a confirmé certains enseignements et permis une découverte, celle d’un jeune pianiste cubain de 22 ans, étudiant à Paris, Jorge Gonzalez. Il se produisait pour la première fois avec orchestre et a joué le Concerto K. 414 de Mozart avec la sensibilité tactile d’un jeune Perahia. C’est l’un des faits d’armes de Kari Kahl-Wolfsjäger d’avoir mis le pied à l’étrier à de nombreux jeunes artistes au cours de ces 30 dernières années.

Les autres grands frissons ont été l’interprétation de Manfred Honceck de la Symphonie du Nouveau Monde et la prestation en apesanteur du violoncelliste Gautier Capuçon dans le Concerto en do de Haydn. Honeck a transfiguré, dans Dvorak, l’Orchestre des jeunes d’Australie, aux vents très quelconques dans le 1er Concerto de Brahms avec Hélène Grimaud qui précédait. Gautier Capuçon n’a plus beaucoup de rivaux au niveau de plus en plus stratosphérique de son jeu.

Les confirmations : Kavakos et Gergiev dans le Concerto de Brahms, l’aura intacte de la mezzo Waltraud Meier dans Mahler, le pianiste David Fray.

Quant à la grande déception : le chiqué de la soprano vedette Simone Kermes, que je n’avais jamais entendu en « vrai ». Elle s’est présentée en hybride de Diana Damrau et de Cecilia Bartoli, sans le talent de la première et avec les pires travers de la seconde.

L’an prochain, le Kissinger Sommer sera entre les mains de Tilman Schloemp, qui vient du Festival Beethoven de Bonn. Paavo Järvi et le Deutsche Kammerphilharmonie, que nous aimons tant, y seront l’orchestre résident, et la politique sera davantage tournée vers les jeunes. L’affiche vaudra sans doute le détour.

Christophe Huss était l’invité en Allemagne des Productions Attila Glatz et des festivals de Herrenchiemsee et Bad Kissingen.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 31 juillet 2016 19 h 09

    Pour un photographe amateur,

    c'est une très belle photo d'une salle qui semble merveilleuse.