Le kaléidoscope de l’Orchestre de la Francophonie

Des oeuvres dirigées par Jean-Philippe Tremblay, on retient les compositions québécoises.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des oeuvres dirigées par Jean-Philippe Tremblay, on retient les compositions québécoises.

Au coeur de la saison de son 15e anniversaire, l’Orchestre de la Francophonie, dirigé par Jean-Philippe Tremblay, proposait au Centre Pierre-Charbonneau un concert populaire intelligemment conçu, associant un répertoire français romantique et du début du XXe siècle à des oeuvres québécoises de Claude Champagne à nos jours, avec, pour épicer le tout, une danse du Haïtien Ludovic Lamothe (1882-1953).

L’ordre des oeuvres avait été interverti et pour lancer une première partie qui avait du mal à lever, j’aurais volontiers choisi l’entraînante Danse villageoise de Claude Champagne plutôt que Kaléidoscope de son élève Pierre Mercure, oeuvre de jeunesse (1948) brillante, hélas sans grands lendemains.

Côté découvertes, il y avait le tourbillon très rafraîchissant d’Airat Ichmouratov, confirmant la veine mélodique féconde de ce compositeur. Je ne sais pas pourquoi il a conçu Jeunesse en une sorte de perpetuum mobile : l’oeuvre aurait pu être raccourcie de moitié et dire exactement la même chose…

Aspect inattendu du concert, Jean-Philippe Tremblay avait invité son chef associé, Simon Rivard, à diriger la Barcarolle d’Offenbach, la Danse de Lamothe, la Pavane de Ravel, le Concertino de Chaminade et son orchestration de l’Hommage à Ravel de Honegger. Ce geste fort généreux n’a pas eu d’incidence notable sur la qualité du propos, sauf dans la Barcarolle, dont les phrases avaient du mal à couler d’un pupitre à l’autre. L’orchestration de Honegger témoignait d’une belle connaissance des couleurs des musiques de film de ce dernier, et la flûtiste Lindsay Bryden a livré une solide prestation dans le Concertino de Chaminade.

Des oeuvres dirigées par Tremblay on retient les compositions québécoises. Le concerto de Saint-Saëns exposait trop précocement une violoncelliste saguenéenne de 17 ans, talent prometteur, certes, mais qui aurait dû se cantonner à l’Élégie de Fauré, ou alors se mesurer à Saint-Saëns lors d’un concert gratuit, avec des risques et périls consentis par tous. Il n’est pas sage de faire ses classes en visant trop haut, trop tôt dans un concert professionnel payant. Le Boléro était donné dans un arrangement adapté aux 62 musiciens que compte l’orchestre cette année. La seconde intervention soliste, décalée rythmiquement, donnait froid dans le dos et les trompettes se frottaient passablement à la fin, mais la chose faisait son effet habituel.

Rendre compte d’un Concert populaire c’est, hélas, aussi, parler d’irritants. Certains totalement stupides, comme l’idée de passer dans les haut-parleurs des chansonnettes de Justin Timberlake juste après Saint-Saëns à l’entracte. Certains scandaleux, comme cette taxation honteuse de 12 dollars pour venir placer sa voiture pendant 2 heures 30 dans le stationnement devant la salle pour écouter un concert « populaire » dans Hochelaga. Desservir la culture plus que cela, c’est quasiment impossible.

Enfin, l’amplification était plus ou moins heureuse avec des vents et des fréquences graves surdosés et des violons minorés. Difficile de parler de nuances et de balances dans ces conditions, mais c’est une esthétique que les habitués des lieux apprécient peut-être. Par contre, un bruit de masse continu et un ronflement du micro dédié aux solistes ne font pas partie de la catégorie « des goûts et des couleurs ».

Concerts populaires de Montréal

Pierre Mercure : Kaléidoscope. Offenbach : Barcarolle des Contes d’Hoffmann. Claude Champagne : Danse villageoise. Saint-Saëns : Concerto pour violoncelle no 1. Airat Ichmouratov : Jeunesse, ouverture pour l’OF. Ludovic Lamothe : Danse no 4. Honegger : Hommage à Ravel. Chaminade : Concertino pour flûte, op. 107. Ravel : Pavane pour une infante défunte, Boléro (réduction d’Alexandre David). Lindsay Bryden (flûte), Marie-Pier Simard Gagnon (violoncelle), Orchestre de la Francophonie, Jean-Philippe Tremblay et Simon Rivard. Centre Pierre-Charbonneau, Montréal, jeudi 28 juillet.


 
2 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 29 juillet 2016 17 h 47

    Les ornières de la québécitude.

    Ainsi donc, si l'on en croit Christophe Huss, "Kaléidoscope", oeuvre de jeunesse de Pierre Mercure, est brillante mais hélas sans grands lendemains.

    Je ne savais pas que la "Cantate pour une joie" (1955), le "Divertissement" (1957), "Tryptique" (1959), ainsi que "Lignes et points" (1965) étaient des oeuvrettes négligeables produites par la plume d'un insignifiant. Merci de me l'apprendre.

    Quant à Claude Champagne, même s'il ne peut pas prétendre être un très grand compositeur, il a néanmoins écrit des choses bien plus intéressantes que cette très folklorisante "Danse villageoise" dont on nous rabat les oreilles depuis des lustres. Sa musique ne se résume pas à ce type de bluette un peu défraîchie qui donne joyeusement dans le cliché et la célébration de sa mémoire mériterait beaucoup mieux. Qu'est-ce qu'on attend au juste pour bien faire?

  • Christophe Huss - Abonné 30 juillet 2016 14 h 30

    lendemains

    Sans lendemains dans cette veine.

    La carrière trop brève de Pierre Mercure s'est hélas très et trop vite transformée en celle de chercheur.

    Il aurait été passionnant de voir, si Dieu lui avait prêté vie, quand il se serait rendu compte que ces recherches menaient à une impasse. Car, lui, avait la dimension d'avouer qu'il y avait, in fine, un mur.

    Quant à Champagne, on doit à JP Tremblay d'avoir au moins enrergistré Hercule et Omphale, en 2008, ce qui fait à peu près 100% de plus que ce que nous ont servi les autres... La programmation de la Danse villageoise tombe sous le sens dans un Concert populaire.