Lakou Mizik, parce que la vie continue

Lakou Mizik est une belle brochette d’artistes issus de générations et de styles différents.
Photo: Thomas Freteur Lakou Mizik est une belle brochette d’artistes issus de générations et de styles différents.

Mis sur pied après le séisme haïtien de 2010, Lakou Mizik est une équipe de rêve composée de musiciens de générations, de religions et de styles différents. À sa musique à la fois rasin (racine) et twoubadou, le groupe intègre aussi des éléments de rap et de dancehall. Entre l’ivresse des rituels vaudous sortis du temple et la ferveur du soul ou du gospel dans les chants, Lakou Mizik est une belle histoire humaine et une véritable bouffée d’air frais dans le paysage musical. Il offre le concert de clôture de la dixième édition du festival Haïti en folie ce dimanche au parc Lafontaine.

Le groupe a récemment fait paraître son premier disque : Wa Di Yo. Le titre sous-entend « nou la toujou », ce qui signifie au complet en français « Vous leur dites que nous sommes toujours là ». Le chanteur-guitariste Steeve Valcourt raconte : « Après le tremblement de terre, tout le monde était bouleversé et certains pensaient que c’était la fin du monde. On voulait créer une chanson pour apporter un peu de vie. On s’est regroupé, on a fait un vidéoclip et le groupe est né. Jonas Attis et moi, on se produisait dans les camps parce qu’il n’y avait plus de clubs de musique. On y allait pour voir si on pouvait mettre de l’ambiance et les gens nous demandaient de revenir. On a pris l’habitude de retourner pour leur donner de l’espoir. »

Puis les deux complices ont trouvé Zach Niles, le producteur du documentaire sur le groupe Sierra Leone’s Refugee All Stars, et, avec lui, ils ont trouvé les musiciens. Steeve Valcourt est le fils du chanteur Boulo, Jonas Attis est un jeune poète qui a survécu au naufrage d’un ferry et Nadine Remy, une chanteuse à la foi chrétienne et adepte du chant vaudou. Reste Lamarre Junior, Woulele Marcelin, Peterson Joseph, James Carrier, Belony Beniste et le dernier, non le moindre, Louis Lesly Marcelin, dit Sanba Zao. « C’est lui qui nous apprend les rythmes », dit Steeve Valcourt. « On en a plus de 300 en Haïti, ils se jouaient dans les lakous[lieux de culte vaudou], et c’est l’une des personnes qui les a popularisés. Il est un pionnier de la musique rasin. »

Qu’en pense Sanba Zao, le doyen du groupe à 62 ans ? « On a pris des rythmes qui viennent du Bénin, du Congo et du Nigeria. C’est l’héritage d’Haïti que j’essaie de trouver du nord au sud et de l’est à l’ouest. Il y a des gens qui ne veulent pas dire “vaudou” parce que ça évoque la religion. La musique rasin, c’est une chanson qui a quelque chose de la révolte. On chante aussi pour l’amour, pour des choses qui ne sont pas anormales. »

Lakou Mizik renferme donc beaucoup de culture et de paroles de la vie. Sanba Zao a composé Anba Siklòn, qui traite de ceux qui ont fait du fric sur le dos des sinistrés. De son côté, Jonas Attis vient de Jérémie, un terreau de la poésie haïtienne. Il écrit sur la nature, l’amour, et réécrit aussi des pièces traditionnelles, un processus qui est expliqué par Steeve Valcourt : « Parfois, on ne connaît qu’un couplet de la chanson et on est obligé de recréer l’histoire. On fait alors approuver notre travail par nos grands-parents. » À l’écoute des pièces de Lakou Mizik, on se croirait parfois en folk sous la tonnelle avec guitare acoustique et accordéon. Ailleurs, le son est rythmé sans être frénétique ou plus carnavalesque avec les cornets. Toujours vivant.

Quoi d’autre au festival Haïti en folie ? Des 5 à 7 avec DJ Stuba et DJ Rocksteady, la version créole de la pièce Les monologues du vagin, le défilé carnavalesque avec Rara Soley, la foire artisanale et les spectacles de musique avec Gaya, Ensemble Afrovibes et 4MULA.

10e festival Haïti en folie

Aux Jardins Gamelin, à la salle Marie-Gérin-Lajoie, au parc des Compagnons et au parc Lafontaine, du 26 au 31 juillet. Lakou Mizik au parc Lafontaine, dimanche 31 juillet à 18 h 30. Renseignements : 514 882-3334.