Red Hot Chili Peppers: la grande «californication» collective

Le chanteur des Red Hot Chili Peppers, Anthony Keidis, dans ses bermudas de plage, ses collants et son chandail noirs, tout moustachu sous sa casquette
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le chanteur des Red Hot Chili Peppers, Anthony Keidis, dans ses bermudas de plage, ses collants et son chandail noirs, tout moustachu sous sa casquette

Les plaines à pleine capacité. En pleine fébrilité. Quand j’arrive, la première partie s’achève en plein délire, et c’est pourtant un complément de programme : le groupe ontarien July Talk, avant les Red Hot Chili Peppers, ça n’a rien à voir avec le triplé Neil Finn — Bryan Ferry — Duran Duran de la veille, ou la soirée francophone Julien Clerc — Fred Pellerin de l’avant-veille. En toute lucidité, les acclamations pour July Talk sont destinées aux Chili Peppers… d’avance. Comme un trop-plein, une soupape d’enthousiasme.

Ce samedi soir appartient au groupe californien et rien qu’au groupe californien. La grande « californication » collective, c’est la promesse, le désir ! Depuis plus de vingt-cinq ans, les Chili Peppers prennent les scènes d’assaut, donnent tout, finissent le plus souvent tous nus (ou presque) : vétéran pas vétéran, le groupe a fait du lâcher lousse performant la base de son combat contre l’usure. Ce n’est pas devant cette foule immense et immensément excitée qu’ils vont reculer, hein ? Pas les Chili Peppers, pas eux !

Non. Pas eux. Faut voir comment ils attaquent, à 21 h 30 pile poil : s’installent vite, Flea le bassiste, Chad Smith le batteur, Josh Klinghoffer le guitariste, se lancent dans un jam intense, têtes baissées. Quand s’amène le chanteur Anthony Keidis, dans ses bermudas de plage, ses collants et son chandail noirs, tout moustachu sous sa casquette, c’est déjà gagné.

Photo: Francis Vachon Le Devoir

Jouer rapproché

Faut voir comment chanteur, bassiste et guitariste se regroupent autour du batteur, jouent rapprochés pour mieux se déployer. Flea se met à sauter comme la furieuse puce qu’il est, Keidis s’empare de son pied de micro pour ne plus le lâcher, regarde la foule avec une telle détermination qu’il semble ne jamais cligner des yeux. C’est rap, c’est reggae, c’est funky, toujours un peu punk : la drôle de sauce forte des Red Hot Chili Peppers.

Le matériel du tout nouvel album The Getaway — leur onzième ! — n’est pas moins bondissant ni moins sainement aggressif que les pièces attendues de Stadium Arcadium, Blood Sugar Sex Magik ou Californication. Moins familier, voilà tout. De toute façon, à part Under The Bridge et la chanson-titre dudit Californication (évidemment entonnées jusque tout en haut des plaines), les Chili Peppers n’alignent pas des succès de palmarès mais des albums ingérés en entier. Avec la valeur ajoutée dans le spectacle de longues séquences instrumentales moitié punk moitié psych. Et, oui, un solo de batterie, en intro du rappel.

Faut voir Klinghoffer et Flea, se jouant dans la face l’un de l’autre, à quelques centimètres derrière Keidis sur cette scène démesurée, comme s’ils étaient au Divan Orange. Faut voir Flea marcher (littéralement) sur les mains. Faut voir, durant Californication, ce spectateur en fauteuil roulant, soulevé avec son fauteuil par tout un tas de bras : c’est collectif à ce point-là, un show des Chili Peppers. Promesse tenue, y compris Keidis et Flea torse nu à la fin.