Beethoven ailé

Anthony Marwood, au violon, et Bernard Labadie, de dos
Photo: Christina Alonso Anthony Marwood, au violon, et Bernard Labadie, de dos

Le Festival de Lanaudière propose un intéressant diptyque de concerts faisant se succéder Les Violons du Roy, vendredi, et I Musici, ce samedi, avec Jean-Marie Zeitouni dirigeant la 5e Symphonie de Beethoven. Vendredi, c’était donc le Concerto pour violon, pratiquement contemporain de la 5e Symphonie, par Bernard Labadie et le premier artiste invité des Violons du Roy, le violoniste et chef Anthony Marwood.

Le temps orageux avait, à nouveau, minoré l’assistance sur la pelouse, mais le parterre lui aussi était assez modestement rempli, par rapport au succès du concert d’ouverture misant sur des oeuvres cossues et spectaculaires. Dommage pour les absents, car, cette fois, il y avait de la musique d’excellent niveau : un orchestre jouant ardemment avec une écoute mutuelle parfaite, malgré nombre de surnuméraires et de remplaçants (doubles croches de violons en alternance avec des phrases de violoncelle seul dans le 2e mouvement de Haydn) ; un chef interprétant les oeuvres « au-delà des notes », avec idées et parti pris, et un soliste possédant pleinement son sujet et la maîtrise de l’oeuvre interprétée. Bref, un concert festivalier dans les faits, et non pas sur une affiche. Il méritait plus d’attention, mais le marketing a ses raisons que la musique ne connaît pas.

L’expérience, vendredi, était forcément intéressante, puisque, comme nous l’avons déjà écrit, la « révolution baroque » qui a gagné l’interprétation des compositeurs classiques, pré-romantiques et romantiques, s’est exercée sur les symphonies bien plus que sur les concertos, souvent prisonniers des traditions.

Avant Beethoven, Labadie dirigeait vendredi son cher Haydn : une ouverture en tour de chauffe et la moins connue des Symphonies londoniennes. Le chef paraît en pleine forme : il donne des impulsions à l’orchestre de manière plus détendue et moins obsessive tout en ne perdant rien de la précision et de la netteté d’articulation. Tout au long de cette 95e, le chef a fait d’excellents choix, par exemple les points sur les notes à la fin du 2e mouvement jouées comme des tenuti et non pas avec sécheresse. À noter, l’excellent solo du violoncelliste Benoit Loiselle dans le trio du 3e volet.

Que donne un Concerto pour violon de Beethoven sans compromis stylistique ? Peu d’interprètes (Mullova-Gardiner, Zehetmair-Brüggen, Huggett-Mackerras, Teltzlaff-Zinman) ont tenté cette approche, car, globalement, les violonistes baroques qui peuvent rivaliser avec Milstein, Ferras et Oïstrakh sont aussi rares que les chefs conscients de devoir revoir leur copie et leurs habitudes. Avec Marwood et Labadie, nous avons été fixés dès les cinq notes de timbale du début : un vrai allegro (ma non troppo), puis un son avec un vibrato contingenté. Dans cette vision, l’Opus 61 est plus allant et, surtout, repose sur une différenciation très nette entre les forte et fortissimos. Les traits sont beaucoup plus légers, beaucoup moins appuyés qu’à l’habitude (maintes nuances jouées forte sont plus « tamisées », plutôt mezzo-piano). Le mouvement central triomphe de cette relecture : c’est un vrai Larghetto, plus diaphane, très émouvant par la subtilité des nuances.

Avec délicatesse et tact, ce Beethoven ailé est d’autant plus touché par la grâce que Marwood se montre d’un surprenant niveau, y compris dans des cadences très personnelles.

Le Festival de Lanaudière peut s’enorgueillir de ses programmations du Concerto pour violon de Beethoven ces dernières années. Après Mullova-Järvi, Marwood et Labadie en ont donné une lecture éminente.

Festival de Lanaudière

« Haydn et Beethoven au goût du chef ». Haydn : L’isola disabitata, Symphonie n° 95. Beethoven : Concerto pour violon, op. 61. Anthony Marwood (violon), Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, vendredi 15 juillet.