Gojira: le calme après la tempête

Le guitariste du groupe français Gojira, Joseph Duplantier, sur scène au Brésil
Photo: Tasso Marcelo Agence France-Presse Le guitariste du groupe français Gojira, Joseph Duplantier, sur scène au Brésil

Après deux décennies à repousser les frontières du métal extrême, le quatuor français Gojira présente le plus accessible, mélodieux et, paradoxalement, douloureux des albums de sa discographie. Paru il y a moins d’un mois, Magma, le sixième disque de ces nouveaux hérauts de la planète métal prend sa source dans la perte récente d’un membre de la famille Duplantier. Entrevue avec le guitariste et chanteur Joseph, à la veille du concert de clôture du Festival d’été de Québec dimanche, en première partie de Rammstein, sur les plaines d’Abraham.

« J’avais envie de chanter, dit candidement Joseph, aussi appelé Joe, leader, principal auteur-compositeur du groupe, qui comprend aussi son frère Mario à la batterie. Je sentais que, depuis le temps, j’avais fait un peu le tour de ce que je pouvais faire en hurlant. »

Trop souvent, après vingt ans de carrière, certains musiciens se barricadent dans leur zone de confort, gèrent leur patrimoine musical, commencent à considérer les tournées hommages pour l’anniversaire d’un album marquant… Or, on ne pourra certainement pas taxer Gojira d’une telle paresse : Magma est un album à part dans la discographie du groupe, la preuve, surtout, qu’il a toujours envie d’explorer. En chantant plutôt qu’en hurlant.

Et tant pis pour les puristes, particulièrement nombreux dans l’univers des musiques extrêmes : « On est généralement satisfaits de l’accueil réservé à notre album, abonde Joe, mais on est aussi conscients que ce ne sont pas tous nos fans qui l’apprécient. C’est normal, y en a qui cherchent à assouvir leur soif de structures complexes et qui déplorent qu’on se soit éloignés du death metal. Mais voilà, on forme un vrai groupe, avec nos envies, notre désir de se renouveler. On n’avait pas envie de refaire du Gojira d’avant. »

Moins brutal, plus lourd

À la décharge du groupe français, le son de Gojira a toujours été difficile à cerner. Du death metal technique. Du groove metal à tendance thrash. Du métal progressif. Tout ça à la fois. Ce qui distingue Gojira, cependant, est simple à expliquer : un jeu de guitare inventif, particulièrement sur le plan des harmonies, et le travail du batteur Mario Duplantier, terrible machine à massacrer les peaux, puissant distributeur de blast beats. S’il y a un seul reproche que nous aurions à faire à propos de Magma, c’est qu’il ne met pas assez à profit le talent immense de ce métronome de l’enfer.

Les tendances progressives des structures des nouvelles chansons de Gojira sont toujours intactes, tout comme leur imprévisible manière de déployer les grooves et les changements de rythme. Pourtant, si Magma est moins brutal que les précédents, il semble en revanche encore plus lourd, assommant. Pour le comprendre, il faut remonter à l’an dernier, au coeur de l’enregistrement de l’album : dix jours après avoir commencé à coucher sur bandes, dans le nouveau studio new-yorkais de Joe, les premières pistes du disque, la mère des Duplantier tombait gravement malade. Elle est décédée les jours suivants, et c’est toute la tristesse de l’événement qui imbibe Magma.

« Pour moi, la sortie de ce disque reste un événement heureux, avoue malgré tout Joe. Ensuite, évidemment, tout le processus menant à la création de l’album fut empreint de tristesse, chagrin, colère, incompréhension. Tout ce qu’on a vécu à l’époque est dans chaque note de ce disque, et c’est pourquoi on en est fiers. L’énergie, l’émotion qu’on vivait, on a réussi à la recycler en musique. »

Joe s’accordait quelques heures de congé chez lui, dans le quartier Queens de New York, où il réside depuis six ans, lorsqu’on l’a rejoint. Gojira vient de terminer le pan européen de sa tournée estivale et repartira ensuite sur les routes de l’Amérique : « Puisque nous sommes ici, à New York, on a décidé de donner un concert dans une petite salle de Brooklyn. Les 300 billets se sont envolés en dix minutes. C’est chouette de voir les gens se ruer comme ça sur les places de spectacle ! »

Les puristes qui ont boudé le nouvel album suivent quand même le groupe en concert. « Ah, on a nos classiques, si on ne les joue pas, nos fans vont nous en vouloir », dit Joseph. Des perles de métal d’une agressivité et d’une précision à faire tourner la tête, comme Flying Whales, de l’album From Mars to Sirius (2005), ou Ouroborus, de l’album The Way of All Flesh (2008).

« Par contre, sur scène, les nouvelles chansons se greffent très bien à ces classiques. Ça ajoute une nouvelle saveur, un piment, à notre son. Ça change, ça aère. On se donne un nouveau souffle avec Magma. »

 

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