Musique classique - Un funambule aux Violons du Roy

Ma première rencontre musicale avec le violoniste Giuliano Carmignola remonte à dix ans. En 1994, l'étiquette suisse Divox a édité une version des Quatre Saisons, de Vivaldi, qui venait arrêter un cercle vicieux entamé trois ans plus tôt avec la parution des Quatre Saisons très théâtrales de Fabio Biondi (Opus 111) et avait connu son point de non-retour avec le décapage ultime d'Enrico Onofri et d'Il Giardino Armonico, en perpétuel équilibre entre musique et cirque. Au-delà d'Onofri, on basculait dans la caricature, et c'était hélas la tendance en cours. Carmignola et son ensemble de l'époque, les Sonatori de la Gioiosa Marca, ont su rétablir un équilibre, remettre au goût du jour un esprit de finesse et replacer la tête sur les épaules des auditeurs.

Ce qui est merveilleux dans la personnalité musicale de Carmignola, c'est que ses capacités violonistiques pouvaient, justement, lui permettre tous les funambulismes, tous les excès. Mais il est resté à l'écart de la mode pour nous livrer le soleil, l'ardeur vivaldienne, sans fard et sans hystérie. Ce petit miracle a été suivi, en 1995 et 1996, par deux réussites équivalentes: «Le Humane Passioni» et «Concerto per la Solennità», toujours chez Divox. Évidemment, les prouesses violonistiques et musicales de Carmignola sur les disques du petit éditeur suisse ne sont pas restées inaperçues. Il a été remarqué par Sony Classical, étiquette pour laquelle il a enregistré depuis des disques Vivaldi importants, certains comportant d'ailleurs les premières mondiales de concertos tardifs du «prêtre roux».

La carrière de Giuliano Carmignola, natif de Trévise, qui connaît aujourd'hui son apogée, avait pourtant débuté beaucoup plus tôt, avec ses prix au concours Città di Vittorio Veneto, en 1971, ainsi qu'au concours Paganini de Gênes, en 1973. Ses collaborations avec Claudio Abbado, Peter Maag et Giuseppe Sinopoli, comme avec des ensembles tels que I Virtuosi di Roma, attestent la versatilité de son talent. Même si, aujourd'hui, on le connaît uniquement pour ses prestations dans le domaine de la musique baroque italienne, Carmignola est autant à son aise avec le violon baroque qu'avec l'instrument moderne. Il a d'ailleurs étudié avec Nathan Milstein et Henryk Szeryng et a joué en première audition italienne l'Arbre des songes, de Dutilleux. Carmignola, professeur au conservatoire de Venise durant 10 ans, a été premier violon de l'orchestre du théâtre de La Fenice, de 1978 à 1985, et a été nommé professeur de violin à la Hochschule de Lucerne, en 1999.

C'est un grand artiste que Les Violons du Roy ont invité à nous rendre visite cette semaine. On sera très heureux de l'entendre, pour changer de «l'ordinaire», dans un programme Bach fort bien composé par Bernard

Labadie.

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GIULIANO CARMIGNOLA ET LES VIOLONS DU ROY

Jean-Sébastien Bach: Concertos pour violon BWV 1041 et 1042. Concerto pour deux violons BWV 1043. Sinfoniae des cantates Am Abend aber desselbigen Sabbats, BWV 42, Ich geh' und suche mit Verlangen, BWV 49, Der Herr denket an uns, BWV 196, Ich hatte viel Bekümmernis, BWV 21, Ich steh mit einem Fuss im Grabe, BWV 156 et Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, BWV 12. Giuliano Carmignola (violon) et Nicole Trottier (2e violon), Les Violons du Roy, direction: Bernard Labadie. Lundi 16 février, 20h, salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec, et mardi 17 février, 20h, salle Pollack de l'université McGill (concert enregistré par Radio-Canada pour radiodiffusion ultérieure). Réservations: (418) 643-8131 pour Québec et (514) 987-6919 pour Montréal.