Musique classique - Rachmaninov-Hamelin: décoratif

Scène inhabituelle à l'OSM: à l'entrée de la Salle Wilfrid-Pelletier, des mélomanes anxieux cherchent en vain une place. Le concert de dimanche semble le plus couru de la saison 2003-2004. Il démarre avec une partition bien connue de John Adams, Short Ride on a Fast Machine, caractérisée par un ostinato de «woodblocks» au caractère «presque sadique», selon les mots du compositeur. Cinq minutes pour nous mettre sur les nerfs et un peu plus pour installer le piano. On a perdu un quart d'heure. L'après-midi commence bien!

Arrive enfin le héros du jour. Cela fait des mois qu'on l'attend, le «Rach3» par Hamelin. L'attente a-t-elle renforcé la frustration? Le fait est qu'on ne retire pas grand-chose de l'exercice, à part quelques phrases d'une agilité extrême. On espérait surtout qu'Hamelin file droit, qu'il n'enfonce pas les portes ouvertes du faux «hollywoodisme» rachmaninovien. Et voilà qu'il paraît en faire encore plus, tant le contraste, entre les accès de volubilité, d'une mobilité presque fuyante, et le miel qui englue les épisodes langoureux, est accentué. La posture de grand romantique éperdu ne sied pas à Marc-André Hamelin. Pire encore, ce yoyo rend très difficile tout dialogue avec l'orchestre, notamment les vents. JoAnn Falletta essaie de faire coïncider ses interventions orchestrales avec ce piano qui reste dans sa bulle. Où vont-ils, à quel tempo? Si le premier mouvement est fort déstabilisant, le second rétablit un certain équilibre, surtout dans un magnifique passage central, avec un jeu sublimement perlé du pianiste. Le finale, hormis dans l'efficace coda, accentue une désagréable impression de manque de matière sonore au piano, déjà ressentie dans le premier volet: les fortes claquent, mais le piano n'impose pas sa présence. Manque de dialogue, manque de parti pris par rapport à la partition, méforme passagère? Hamelin ne nous a pas semblé avoir trouvé la clé de ce concerto.

La bonne surprise de la journée est venue en seconde partie, avec la Quatrième de Brahms très cohérente de Madame Falletta. Sans doute intéressée par les essais de Kleiber et Berglund en la matière, JoAnn Falletta allège la matière sonore, opte pour des tempos assez rapides. Il y a encore un manque de priorité, de tenue rythmique et de temps forts dans le premier mouvement, et l'épineuse question de l'intégration de la variation à la flûte dans le finale n'est absolument pas réglée, JoAnn Falletta laissant son soliste se vautrer avec contentement dans sa jolie mélodie. Par contre, les mouvements médians sont parfaitement tenus, avec de très beaux équilibres et un chant éperdu mais jamais factice dans l'andante. On aurait aimé profiter d'une démarche aussi rigoureuse de la part de tous les protagonistes dans le Rachmaninov.