Les généreuses missions de l’Orchestre de la Francophonie

Jean-Philippe Tremblay choisit le répertoire avec les profs «en fonction de ce qui est formateur et répond à nos objectifs: apprendre, innover et partager».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Jean-Philippe Tremblay choisit le répertoire avec les profs «en fonction de ce qui est formateur et répond à nos objectifs: apprendre, innover et partager».

Vous désirez vivre un spectaculaire concert orchestral à la Maison symphonique de Montréal en ne déboursant que 15 $ ? Rendez-vous le 7 août à 15 h : Jean-Philippe Tremblay y fêtera les 15 ans de l’Orchestre de la Francophonie !

Le chef québécois Jean-Philippe Tremblay et ses jeunes musiciens sont entrés cette semaine, avec un concert au Conservatoire et l’ouverture du Festival Lachine, dans le vif de leur campagne 2016, la quinzième. Dès la semaine qui vient, on retrouvera l’Orchestre de la Francophonie (OF), les 20 et 23 juillet, en résidence à la Société des arts technologiques (SAT). Le rendez-vous de mercredi, à l’Espace SAT, proposera des créations musicales avec projections. Celui de samedi, sur la place de la Paix, célébrera la musique russe.

Le Devoir suivra l’Orchestre de la Francophonie le 28 juillet lors de son concert populaire au Centre Pierre-Charbonneau. Les musiciens se rendront ensuite au Domaine Forget, puis à Chicoutimi, avant de revenir à Montréal pour le grand concert Mahler du 7 août.

Formateur et ambassadeur

L’OF vise à préparer les jeunes diplômés francophones à une carrière de musiciens d’orchestre. Parmi les nombreux ateliers, certains visent même spécifiquement à optimiser la préparation des cruciales auditions, couperet ultime avant la carrière.

Dans son credo, l’OF s’attribue « une mission aux couleurs sociales portée par un désir de promouvoir la langue française, la diversité culturelle, la paix, la démocratie, d’appuyer l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche tout en offrant une expérience de solidarité ».

Si la chose est intéressante pour les jeunes artistes, elle l’est aussi pour les mélomanes, car de ces immersions musicales approfondies, avec des temps de préparation supérieurs à ceux des orchestres professionnels établis ou constitués, sortent souvent de surprenantes choses en concert.

Alors que le culte de l’ego et de l’image est monnaie courante dans ce métier, un entretien avec Jean-Philippe Tremblay fait rapidement place nette : la vedette de l’OF, ce n’est pas lui, c’est le projet ! « Le répertoire est choisi avec les professeurs en fonction de ce qui est formateur et répond à nos objectifs : apprendre, innover et partager. »

Pendant dix jours en résidence au Conservatoire de Montréal, répétitions, ateliers et conférences se sont succédé. « À la SAT, nous aurons trois jours d’ateliers, un projet-pilote avec trois jeunes compositeurs dans un climat détendu. Cela aussi, c’est bien pour les jeunes musiciens : chercher à comprendre comment cela fonctionne dans les synapses des compositeurs ; voir aussi que, parfois, on peut changer des choses en leur parlant. » Ce volet « laboratoire de musique », Jean-Philippe Tremblay cherche à le développer dans l’avenir.

Francophonie élargie

En 2016, 65 jeunes musiciens d’origines diverses (Canada, France, États-Unis, Israël, Brésil, Suisse, Australie, Espagne et Italie) partagent au Québec l’expérience d’une académie d’orchestre francophone. Cela marque une évolution par rapport à la « francophonie canadienne » des débuts.

Ainsi, Jean-Philippe Tremblay se réjouit de la présence de six musiciens australiens, mais a un pincement au coeur en évoquant un « beau projet avec le Congo, un orchestre à Kinshasa » qui ne s’est pas concrétisé. « Six musiciens devaient passer l’été avec nous, mais ils n’ont pas réussi à obtenir leur visa à temps. » 2016 n’en reste pas moins l’année où le travail de recrutement en terres étrangères a porté le plus de fruits, au point de voir 16 jeunes Français figurer dans le groupe, constitué désormais pour moitié de citoyens canadiens.

Pour un projet-pilote lié à l’Organisation internationale de la Francophonie, Jean-Philippe Tremblay s’est inspiré d’un programme de l’Orchestre des jeunes des Amériques. Les « ambassadeurs OF » sont « des anciens stagiaires que l’on envoie dans diverses missions musicales, par exemple à Haïti dans un orphelinat. Trois ou quatre fois par an, un voyage à quatre ou cinq musiciens permet d’organiser un camp musical axé sur la formation de professeurs. Car si l’on forme un professeur, on s’assure de former un paquet d’élèves ensuite ! » Le programme des « ambassadeurs OF » est une manière de développer le volet « mandat social » de l’institution et, pour les anciens, de redonner un peu de ce qu’ils ont reçu.

Il n’en demeure pas moins que, même si, au chapitre du financement, les organismes fédéraux et quelques mécènes, tel Canimex, bien connu dans le milieu musical, s’engagent à moyen terme, « il faut aller chercher chaque année les deux tiers du budget en expliquant inlassablement pourquoi le projet est important. » Cela nuit à la visibilité et à la planification à long terme : un OF stabilisé pourrait développer bien des partenariats.

Le 7 août, la 2e Symphonie de Mahler, jouée dans la réduction de Gilbert Kaplan, permettra d’associer des anciens aux musiciens du millésime 2016. Le concert sera diffusé en direct sur Internet par Radio-Canada.

Dans son « monde idéal » pour la 16e saison, Jean-Philippe Tremblay ne parle toujours pas de lui : « Il faut développer le laboratoire musical, le travail avec la SAT, continuer le travail dans la francophonie pour avoir un orchestre ancré dans une quinzaine de pays. » Ah, si, finalement, on apprendra que « travailler avec ces jeunes extraordinaires » permet de « recharger, moralement et physiquement, les piles » du chef de 37 ans.

2e Symphonie de Mahler (réduction Kaplan / Mathes), le 7 août à 15 h (et à 15 $, prix unique !) à la Maison symphonique de Montréal. www.orchestrefranco.com