Dead Obies, Aluna George et cie au FEQ: D’un îlot de chaleur à l’autre

Le groupe Dead Obies le 13 juillet à Québec
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le groupe Dead Obies le 13 juillet à Québec

C’était rap au Pigeonnier, funk et soul place D’Youville, électronique sur les vastes Plaines, et beaucoup plus paisible autour de la scène devant la fontaine de Tourny, destination coup de cœur du festival. Y’avait peu de toutes les musiques pour tout le monde hier soir, et en cette seconde torride et magnifique soirée d’affilée, tout Québec s’était donné rendez-vous pour écouter de la musique. Suffisait de bien planifier son itinéraire pour attraper le meilleur de ce que cette septième journée du Festival d’été de Québec avait à proposer. Voici le nôtre, de la Haute à la Basse Ville.

Dix-neuf heures, Plaines d’Abraham. Les jeunes assoiffés d’EDM sont encore peu nombreux devant la grande scène, mais les files d’attentes aux trop peu nombreuses fontaines publiques s’étirent déjà puisque cette année, il est défendu d’entrer avec sa propre bouteille d’eau. À plus de 30 degrés Celsius ? Alors qu’on s’apprête à danser jusqu’à minuit ? Quelle sadique idée.

 

Ceux qui n’attendaient pas pour de l’eau ont plutôt attendu le duo londonien AlunaGeorge, arrivé avec trente minutes de retard sur scène. Dommage : la plus intéressante proposition de l’affiche ElectroFEQ 2016 a alors dû amputer sa performance de trois chansons pour cause de crevaison en chemin vers les Plaines. Le duo – Aluna Francis, chanteuse, George Reid, tout le reste – était accompagné d’un batteur d’appoint, histoire d’ajouter un peu de ressort à sa judicieuse pop-dance-r&b.

 

Après la caressante Attracting Flies, tiré de Body Music (2013), l’album qui les a fait connaître, AlunaGeorge a augmenté la cadence et balancé l’excellente White Noise, sa collaboration avec Disclosure. On sentait alors la précipitation dans cette performance : sono pas au point, chant nerveux d’Aluna, manque de punch dans l’interprétation. La tropicale I’m in Control, collaboration sucrée avec le Jamaïcain Popcaan, a remis le groupe d’aplomb, et deux trop courtes chansons plus tard, c’était déjà la fin du spectacle.

 

On a alors filé du côté du parc de la Francophonie assister à l’événement de la soirée : le retour dans la Capitale de Dead Obies, qui avait reçu plus tôt cette semaine le prix Espoir FEQ, doté d’un chèque de 10 000$. Le parc était presque à capacité, de fans purs et durs et de curieux, et il était facile de distinguer les deux : une masse compacte, sautillante et bras en l’air, devant les rappeurs, et les autres qui se donnaient assez d’espace pour bien transpirer sous les 30 degrés.

 

Le meilleur de l’ambitieux album Gesamtkunstwerk, paru en mars dernier, était au programme, livré à cinq MC et un DJ. De lourd et dansant aux premiers titres, Dead Obies est revenu à ses anciennes habitudes lourdes tout court en milieu de parcours, et on pouvait sentir la pelouse s’enfoncer de quelques centimètres à chaque chanson sous les sautillements des purs et durs. Amirals d’un vaisseau spatial rap, les Obies ont mené leur party à bon port, et c’est sans regrets que nous avons fui House of Pains, venu relever Mac Miller absent, avec l’assurance que les rappeurs de la Rive-Sud montréalaise avaient volé le show.

 

Hop ! On retourne voir du côté de l’ElectroFEQ si le duo montréalais Adventure Club est aussi bruyant qu’on l’anticipait. Il l’est, sans se distinguer de ses influences (Skrillex, Deadmau5, etc.). C’est plutôt le spectacle des gardiens de sécurité escortant des festivaliers en mauvais état, et celui des infirmiers de service prodiguant les premiers soins aux victimes de coups de chaleur ou d’intoxication qui retient l’attention. Le bal des civières se déroule sous l’avalanche de basses fréquences, aux cadences tellement prévisibles, distribuées par les deux lascars sur scène. Vite, allons voir ailleurs si la musique est meilleure.

 

En route pour le concert du vétéran chanteur soul Lee Fields The Attraction (très bon, comme d’habitude, sur une place D’Youville archi-bondée et enjouée), on s’arrête un instant faire une pause au nouveau Cœur du festival, sise fontaine de Tourny. Elle reviendra l’an prochain, cette nouvelle scène, c’est certain : plus qu’un lieu de spectacles, c’est aussi une terrasse à ciel ouvert, joliment aménagée, avec un peu plus de choix de bières et de bouffe que d’habitude. Un lieu de découvertes musicales, aussi : mardi soir dernier, par exemple, The Strumbrellas y a fait un tabac, après s’être gagné de nouveaux fans la veille, place D’Youville. Lorsque l’accès devient interdit aux voitures en début de soirée, le festivalier s’accapare ces lieux beaucoup plus reposants que ceux de la Grande Allée.

 

Pour terminer, on a triché le FEQ pour ne pas manquer l’escale québécoise de l’Ontarienne Jessy Lanza, au Cercle, dans la série indépendante du festival Signaux de nuit. Dans le bas de la ville, la rue Saint-Joseph grouillait de monde ; nous étions près d’une centaine dans la petite salle, découvrant d’abord les Québécois Fjord et leur pop électronique minimaliste et racoleuse, en attendant Lanza.

 

Elle s’est présentée passé minuit et demi, accompagnée d’une batteuse. Superbe performance, dynamique, assumée, rythmée – ça, c’est de la musique électronique, mesdames et messieurs ! On mesurait tout le chemin parcouru par ce jeune phénomène depuis ses débuts, il y a trois ans : auparavant coincée derrière ses machines, la voilà devenue une performeuse d’envergure, qui danse et chante avec un charisme inédit. La direction plus house, voire techno, des chansons de son tout récent (et recommandable) album Oh No a transformé son répertoire, même celui plus doucereux de son premier album r&b futuriste, Pull My Hair Back (2013). Chaleureuse fin de soirée !