Julien Clerc: Ma préférence, la scène

Julien Clerc a 68 ans, c’est à peine croyable, tellement il incarne une certaine idée de la jeunesse soixante-huitarde. Même en vieillissant il est devenu tout au plus un élégantissime monsieur sans âge.
Photo: Loic Venance Agence France-Presse Julien Clerc a 68 ans, c’est à peine croyable, tellement il incarne une certaine idée de la jeunesse soixante-huitarde. Même en vieillissant il est devenu tout au plus un élégantissime monsieur sans âge.

Longtemps, je l’ai cru distant, froid. Qu’il se prenait, lui, au sérieux (trop beau pour ne pas se mirer dans les glaces, supputais-je) : je comprends, à lui parler du spectacle qu’il présente ce jeudi sur les plaines d’Abraham dans le cadre du Festival d’été de Québec, que c’est la chanson qu’il prend au sérieux. Et le public qui le suit depuis quatre décennies et demie, sur disque et surtout sur scène.

« C’est mon métier dans la vie. Quand j’écris une chanson, dès l’abord, je pense à la scène. Parce que j’ai compris depuis l’âge de 20-21 ans [dès La cavalerie, premier succès en 1968], que c’est par la scène que j’aurais une chance de durer. Et que mes chansons pourraient durer. Ma vérité première, c’est d’être assis à mon piano et d’écrire une chanson qui soit appelée peut-être un jour à être jouée devant dix personnes… ou 10 000 ! »

Je ne me demande pas qui vient au concert. C’est le public. C’est une entité sans âge. Ce sont les gens qui vous apprécient, pour différentes raisons.

 

Notez le « peut-être » qui vient relativiser le propos. Si son Palais des sports de l’an dernier alignait une saine trentaine de ces chansons qui ont franchi le Rubicon de la pérennité — il y en aura un peu moins sur les Plaines, programme double avec Fred Pellerin oblige —, la réussite de chaque titre demeure pour lui « un miracle ».

Oui, ça importe, le sérieux de l’artisanat chansonnier du compositeur. Oui, c’est essentiel, l’apport de paroliers plus que doués : quinze ans de parfaite complémentarité avec Étienne Roda-Gil, sans oublier Luc Plamondon et, plus récemment, un Alex Beaupain. Et oui, ça compte dans l’équation, l’attrait physique, le charme, mais Julien Clerc insiste, « un artiste populaire c’est inexplicable ». Il ajoute : « Dieu merci, à une époque où l’on essaie d’avoir des recettes pour tout, pour ça on n’a toujours pas trouvé… »

L’épreuve du temps

Et chaque nouvel album est pareillement soumis à l’épreuve du temps. « J’ai connu une très riche décennie [ses années 1970, en gros], mais c’était aussi ma période de plus grande productivité, on sortait un album tous les ans ! Et ce sont les chansons de cette période que les gens viennent m’entendre chanter : c’est un peu un rendez-vous avec leur vie, et on ne peut pas trahir ça. Maintenant, s’il y a une chanson ou deux qui survivent à la courte actualité d’un nouvel album, c’est déjà beaucoup. Alors on en joue quelques-unes, dans l’espoir qu’elles s’ajoutent aux incontournables, mais en toute humilité. » Rires étouffés de Londres, où Julien Clerc séjourne chez des amis. « On devient humble avec le temps qui passe… »

Julien Clerc a 68 ans, c’est à peine croyable, tellement il incarne une certaine idée de la jeunesse soixante-huitarde. Même en vieillissant il est devenu tout au plus un élégantissime monsieur sans âge. Ça le fait rigoler, cette impression très figée, je ne vois pas au téléphone les pattes d’oie qui la dénonceraient.

« Ceux qui m’ont influencé, ce sont tous des artistes qui s’inscrivaient dans la longueur. Mis à part les Beatles, avec leur carrière géniale et météorique. Mais c’était un groupe : McCartney a toujours dit qu’il ferait des chansons toute sa vie. » Il aime dire qu’il vient des Beatles et de… Brassens. « Même pas les mots de Brassens : ses musiques. Ma mère était une très grande fan. Enfant, j’allais chez elle pendant le week-end parce que mes parents étaient séparés, elle faisait jouer du Brassens. À huit ans je ne comprenais pas trop les mots, qui n’étaient pas tellement destinés aux enfants. Mais la musique, les mélodies ! Je pense qu’il y a eu là pour moi le début d’une envie. Les gens dont les oreilles ne marchent pas n’ont pas toujours compris quel merveilleux musicien il était. »

Une entité sans âge

Je profite de l’anecdote Brassens pour constater : ses fans à lui vont le voir avec leurs enfants et, de plus en plus, leurs petits-enfants. Ça se transmet dans la famille, du Julien Clerc. « Ce qui continue de me surprendre. Mais je n’y pense pas beaucoup, et ce n’est pas de l’indifférence, plutôt de l’inconscience. Je ne me demande pas qui vient au concert. C’est le public. C’est une entité sans âge. Ce sont les gens qui vous apprécient, pour différentes raisons. » Pas d’étude de marché : tant qu’ils viendront, il chantera. « La seule chose dont je suis vraiment conscient, c’est d’avoir toujours souhaité plaire au plus grand nombre. Et que chaque spectacle est une nouvelle pierre à l’édifice. »

Julien Clerc

Dès 19 h 30 sur les plaines d’Abraham, en programme double avec Fred Pellerin

1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Abonné 14 juillet 2016 05 h 15

    Merci monsieur Cormier pour cette superbe...

    ...rencontre avec un pan de beauté humaine tout court sans fard ni artifice.
    À toutes celles, je pense aux muses et ceux cités dans votre fort chaleureux rendez-vous, un simple mot: merci.
    Dame beauté est certes heureuse....
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages.
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.